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BENARES VARANASSI

Anton Alain

 

Essai pour ne pas perdre la poussière

Celle des ruelles où tu t’avances puisque c’est l’heure et que tu as tout oublié de ta raison, celle de la société d’où tu viens et que tu portes et dont tu te défends, là parmi ces autres, et chez toi tu te sentais chez toi ?
cela tu l’as oublié aussi


L’évidence c’est ici, cette ruelle, ces échoppes, ces bruits de marteaux, ta faim.
Comment décrire, comment percevoir ?
Le rythme tu ne pouvais l’imaginer ni le souhaiter
comment comprendre partager un peu
comment décrypter ?

Voici le Gange, le fleuve si réputé que tu cherches avidement jusqu’à ce qu’enfin accosté, un guide à demi moqueur t’emmène vers l’hôtel accueil où tu pourras vivre.

Je n’aime pas décrire, mais ici il le faut, car ce lieu m’a arrêté, interrogé comme je l’interroge.

Varanassi, Kashi, Lumière,
la vieille ville du fleuve où tu marches en ce Noël, où tu remontes le temps, où tu ressens le battement d’un cœur au centre d’un autre savoir.

 

 

Palais temples mosquées dominant le fleuve

Ruelles qui descendent à pic vers l’eau

Mouvement incessant des hommes à la rivière

Hommes des rues qui se mélangent

Aux bœufs et aux vaches

Ville commerces échoppes forges marchés

Rives construites rives désertées

La coudée intime l’ordre

A la nature à l’homme

De s’arrêter enfin.

 

Le Gange ganga la déesse lente la débordante

Charriante de sa nef

La face construite des hommes

Et la rive émerveillée d’en face

Nue

Sacrée

Sable

Carcasse des bateaux ces mirifiques

Venus des temps

Leurs lourdes rames

Aucun moteur ne hante Ganga

Immuable

La baignade des buffles et des enfants

La ville marécage

Bords du monde

campements agités de feux

tremplins d’étoiles

la nuit accueille en sa serre d’été les maudits et les

nombres

 

Qu’as-tu à écrire sur ce golfe de Gange

là où cela s’arrête

et qu’il te semble mourir

à la vie éternelle

accueilli des foules ici rejointes

accueilli

en ce repos

Terre plein sacré des barques sous la lune

Hymnes chantés toute la nuit d’une voix rauque

Qui dira la science de dieu

Qui la témoignera ?

 

 

morts marqués de Ram

baignant sous l’étoffe

couronnés

attendant le pyré

les yeux des calcinés rongent la nuit

éclatent de rigueur

 

 

Ramayana le tambour et la voix

Ramayana

Les doigts habiles sur les touches de l’harmonium

Ramayana

Tu es le mythe chanté à un carrefour actuel

Répété guide

Du nom de Ram

Quel souvenir

L’homme

L’homme fait de bruits et de ramayana

 

Le cortège maintient le mort

Les passants se serrent à son passage

Corps de bandelettes tressautant sur sa barque

 

Palais temples mosquées dominant le fleuve

Ruelles qui descendent à pic

Vers l’eau

 

La première fois

je retins mon souffle

la seconde

j’expirai

et fus dedans

 

Je descends les marches

je contemple l’eau le Gange

le sol est chaud

endormi lieu

celui-ci t’a-t-il semblé absolu

autres chemins j’y cours

sans cesse

je prie je crois j’escalade

je bois du lait j’ai peur

je tourne dans des rues frappées de rouge

de requins

et de sifflets de rires quolibets

de calmes et de fouets

chiens crevés extases fureurs commerces

ustensiles pneus routes ponts

scandés de trains

trains immobiles dans des campagnes

carrefours lieux

voyageurs entassés dans des gares

sadhous nus

entrée des pauvres

Kashi lumière

Portes vers…

 

Je tremble j’appelle

où est mon corps

et les messages écoutés

les sarcasmes essuyés

les échanges monétaires

Drames des naissances organismes jetés dans la

fournaise

 

 

Je marche sur des épines

je me fonds en un tout

révélé épris de joie

est-elle si facile cette boisson monotone

que fermente cette coupe

en moi mes lèvres débordent

des enfants jouent au cerf volant

je suis accroché à cette ficelle

et si elle craque

ma foi je n’en sais trop

peut-être le vent me poussera-t-il ?

haut

j’aurai si peur

je suis en un corps sans nom

je marche sur la grève

si loin que je pourrai

cerclé de mer

un crépuscule désert

je suis perdu

enfiévré

 

Lune saison nouvelle

Soir soir jour mémoire

Lequel est une extase

 

Quand je penserai à toi

Je m’unirai à toi

Tu seras la lumière équilibre

Une plénitude

Secret

Je campe avec mes biens imaginés

La force qui m’a poussé

En cet instant

Où est-elle ?

Une voix se souvient

Une main prend la mienne

 

Les femmes par centaines de barques

Se rendent pour la fête

Vagues pulsions chants

Battements qui planent

Essor

Théâtre lueur

Sur la tête des femmes

Qui portent ces lampes

Agiles

 

Corps couloirs labyrinthes pensées

Ah cessez ce pêle mêle

Je veux comprendre hurle le saint

Il s’assoit psalmodie

Dix ans

Non je n’y comprends rien

Il se fait musicien

Eplucheur de légumes

Marcheurs

Extase de la démarche

 

Marcheurs proches

Egarés dans votre lutte

A ne plus penser que de l’être

L’être tellement à ne plus savoir

Acte

Agissant encore

Indifférent

 

Brûle l’acquit gonflé protégé

De ce feu

Qui dévore et annule

Invisibles et sans nom

Les pêcheurs d’âmes ont rejeté leurs filets

Que cherchent le sorcier

Et celui qui l’épie

Quel pain fondent-ils en un corps si peu commun

Qu’ils se renvoient leurs égarements multiples ?

 

Cette trace d’un pas

Sur quelle poudre de cendre

Quel balbutiement

Quelle gifle de colère ?

 

 

Je contemple la lune

ma femme m’a révélé la vie

je regarde la lune

la légende hésite se souvient

et te commande

une commande

je la décorerai je l’enluminerai

je ferai de la lune une épée

j’apprendrai les symboles

 

l’amour la nuit

le poème donne à l’autre

la coupe avec le vin

soit ce qu’il contemple

de l’invisible esprit ou danse

le temps ne s’arrête qu’afin de t’inviter

à chaque instant

à mesurer tes secondes

à l’eau de là

 

 

Corps constamment rejetant sur ses épaules

La même tâche

Vivre et encore vivre

Au milieu de l’égarement et de la vieillesse

La terreur de l’évidence

 

La course enflammée de mon cerveau

n’arrête pas les bœufs

un bœuf vague erre et bouffe à l’étalage

une saison roule et change de voyage

je rencontrai cette route et me laissai rouler

sans imprécation ni hurlement moqueur

vers cette Chair

 

les gestes des vivants

les gestes des statues

se répondent

multitude des sentiers

tous divinisés

 

 

Marques mille fois répétés

Regagnées sur le fleuve

Qui efface

Glissante eau signifiante

 

Cloches Cloches Rites Cloches

Peuplés des nuits

Le rite accompli

Marque un temps

Qui lui aussi

Accompli devient

Indifférent

 

 

Le lieu nasse t’attrappe te protège et te relance

Dans la fusion du muable

Un lieu d’immuabilité

Tenu.

 

anton alain

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