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L´an passé, Alain Bernaud publiait Sur l´arête des pierres aux éditions de l´Atelier du Héron. Auxeméry nous fait part de ses impressions et réflexions à la lecture de ce recueil. On peut lire des extraits de ce livre sur D´autres espaces: La dune et la moraine, Sur l´arête des pierres

 

 

Sur l’arête des pierres, d´Alain Bernaud

par Auxeméry

 

 

            Ce petit recueil n’est pas indigne.

A la lecture suivie (pas celle qui isole les poèmes pris un à un, mais celle qui les fait tenir & vivre en leur continuité), il semble qu’une sorte de lyrisme s’installe, fait d’ingrédients qui ne sont pas d’ordre technique.

En effet, le livre en son ensemble, et la composition des pièces, ne se distinguent pas par une recherche formelle très originale : chaque strophe, telle qu’elle est inscrite su la page, hésite entre deux tentations – celle du haïku, et celle du pur paragraphe descriptif, narratif ou aphoristique.

Ce que soulignent les photographies – qui hésitent, elles, entre illustration et icône à valeur symbolique. Et restent là, suspendues comme bornes au regard – pas objets de contemplation, à peine lieux ou supports de méditation,   mais  simples images témoignant du monde : sur la page de gauche, ces images servent de ponctuation (à fonction respiratoire) au texte.

 

Mais j’en reviens à mon idée première : le lyrisme contenu de ce petit livre…

Cela tient à son aspect de bréviaire, sans qu’il y ait à donner à ce terme une connotation autre que celle de simple ouvrage de référence : là sont condensées des observations précises, sont dites des vérités, des données brutes (non élaborées par l’artifice) du monde réel – et ce qui est le plus frappant, c’est que l’humanité n’est présente dans ce monde que par l’usage de la parole.

Le poète ici est donc celui qui dit ce que le regard (l’objectif fait regard) voit, ce que le corps ressent devant le spectacle des choses telles qu’elles sont, ce que le temps façonne dans le minéral, ce que l’air véhicule dans le ciel, etc. ––––––

Bref, on peut tenir ce livret comme un vade-mecum – un carnet d’observations aiguës, une collection discrète (au sens quasi-mathématique, de la discontinuité formant cependant ensemble) de visions du réel aiguisées par la seule passion de voir. Ou de vivre, simplement, en accord avec ce qui est vu – et représente peut-être l’état premier de la beauté, su ce terme convient. Du moins, un état originel de l’interrogation humaine face au monde où la vie commence dans l’élémentaire.

Son lyrisme, au bout du compte, vient d’une double note tenue pendant toute la durée du livret : voir/dire.

Sur l’arête des pierres se tranche ce débat entre regard et parole, entre constat sensible et interrogation tendue vers l’essentiel…

Ce monde est le monde, et en désigner les lignes vives, est-ce donc bien vivre, cela ?

Oui, certes ; mais, dans le fond de la scène, une autre voix se dessine. Elle est muette, sans doute, mais sa présence est sûre.

Elle dit, elle, que la parole poétique, si elle vise à la certitude, ne saurait toutefois être mûre qu’en portant en elle l’interrogation du monde à l’endroit de la présence humaine en lui !

Géopoétique ?

Laissons les étiquettes.

Evidemment, Alain Bernaud n’est pas un adepte des jeux de langue aléatoires, à la mode en des temps de vanités démonstratives.

Son livre fait état de développements d’épreuves sensibles, tirées du contact de paysages composant la carte de son pays intérieur, dont les éléments se trouvent dans le monde réel. Son chant naît, enfin, de l’unité de sa partition, tendue vers cette « résonance lumineuse de l’air » qui accompagne le marcheur., qui regarde.

 

                                                                        Auxeméry29/03/02