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SUR L´ARÊTE DES PIERRES

 

Alain Bernaud

 

 

 

Dans la vallée désolée

je me sens minuscule

sous l´influence des cimes et du vent

 

Dans le grand almanach poétique japonais

chaque vent de saison a son nom et sa fonction :
le « vent bleu du sud » est une brise d´été

vigoureuse et pure qui se glisse dans les feuillages

à l´époque de leurs premières couleurs

 

Mais ce vent qui me vient

du bout de la désolation

n´a pas encore été nommé

tant il diffère de ceux

qui secouent les arbres de nos parcs urbains

ou de ceux, délicieux

que l´on goûte les soirs d´été

ou encore de ceux, déjà lointains

qui emportent les feuilles automnales

 

Peut-être ce vent est-il la face occidentale

de celui qui, venu du sud-est

touche les côtes japonaises en juillet

et que l´on nomme « vent des moineaux d´or »

 

Ce vent, dit-on, ferait remonter à la surface

les poissons du fond de l´océan

et les métamorphoserait

en moineaux dorés…

 

Mais ce vent-ci

ne vient de nulle part

il s´engendre lui-même dans l´instant

s´interrompt

repart dans un tourbillon

glacial, inarticulé

sans mélodie aucune

sans rime ni refrain

 

Peut-être est-il fait

pour d´autres oreilles que les miennes

comme celles du corbeau ou du lagopède

et cependant

quel fond plus sonore, quelle musique

quelle langue plus lumineuse

que ce vent

effeuillant comme les pages d´un livre

ces hautes crêtes d´ardoise

 

Autant de vents, sans doute

que de choses affleurantes

à la surface de la terre…

 

Le bruit du vent sur les lichens

est inconnu des pierres nues

 

le bruit du vent sur les pierres nues

est unique

 

pour chaque pierre

 

© Alain Bernaud et les Éditions du Héron

 

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