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On accompagne depuis quelques temps Alain Bernaud dans ses randonnées géopoétiques, voici de nouveaux poèmes, inédits, après Sur l´arête des pierres publié en 2002 (voir plus bas)

              

Le  papillon  du  sommet

 

 

Rien de bien spectaculaire

concernant les oiseaux migrateurs

en montagne…

 

 

Sur une chaîne de plusieurs centaines de kilomètres

deux, trois cols

propices au franchissement

 

 

Deux, trois cols

retentissant de vent à l’automne

saisis déjà par le gel

voies d’échanges

pour les feuilles d’arbres lointains

pour les nuages

et les lumières

 

 

Si les vents tournent au nord 

faisant la bonne fortune des oiseaux  

ces cols deviennent des portes royales

pour les espèces descendant de Scandinavie

en route pour l’Afrique ou le Moyen-Orient

 

 

Mon plus beau souvenir

d’oiseaux migrateurs rencontrés en montagne

c’était sur une crête herbeuse du Binntal

dans les encres légères d’un jour d’octobre

 

 

Un oiseau élégant

assez haut sur pattes

extraordinairement exotique

sortit du brouillard épais

piochant de son bec

dans les herbes étroites du sommet

 

 

 

 

Ma vue ne lui causa aucun effroi

il vint même à ma rencontre

curieux

 

 

Après tous ces espaces

d’abstraites solitudes

il serait presque venu

picorer dans le creux de ma main

comme un pigeon

 

 

Si toutes ces pensées d’oiseaux et de trajectoires

me viennent à l’esprit

ici sur le sommet

c’est parce que tout à l’heure

j’ai vu le glacier jonché

                       de papillons morts

 

 

Me demandant quel instinct

avait pu les pousser

en de si hostiles contrées

j’ai songé

à l’ultime migration –

le cimetière des papillons ?

 

 

Mais ici sur le sommet

bien au-dessus du glacier

je suis des yeux

un papillon philosophique

qui n'en finit pas de monter…

 

 

 

 Cryosphère

                                                                        

      Partie de la surface terrestre gelée en 

    permanence, recouverte ou non par les glaces.

                         

                                                              Dictionnaire de géologie

 

À tous les étages de l’air

curieusement

pas un souffle

aujourd’hui –

rien d’autre

que de la lumière 

 

 

Sur l’écharpe rude des névés

les influences captées

sont instantanément

renvoyées par réfraction

 

 

Des torrents

bleus diaphanes

palpitent

sur les sentiers opalescents

de la glace

 

 

Les rauques parois

alentours

respirent :

lignes de fracture

éboulis

 

 

Pierres brûlantes le jour

pierres qui gèlent la nuit

sur un substratum

pris en permanence :

 

 

 

 

un désir

informe

ces grands sols

que la déclivité

strie

 

 

Le pied des hautes faces recueille

l’impénétrable délabrement des pierres

coupantes

émoussées

aux équilibres coriaces –

gélifraction des cimes

 

 

Poussières grises

cendres austères des monts

mêlées à la glace –

érosion éolienne

 

 

Visibles sur la neige

algues roses

paléobiologiques

vies sporadiques

 

Alain Bernaud

Voir la page consacrée à l´auteur sur D´autres espaces
et sur le site des éditions du héron