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L´ATELIER D´ANDRÉ BRETON, OU L´ART MAGIQUE

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Le 42, rue Fontaine représente l´un des espaces majeurs de la création surréaliste. Par l´assemblage de fétiches, de masques, de tableaux et de livres, Breton a fait de ces 80 m2 un lieu de désirs, qu´il serait criminel de disperser. Jean-Claude Blachère, universitaire spécialiste de Breton, nous présente l´art magique du poète dans son livre Les Totems d´André Breton paru chez L´Harmattan en 1996. Quelques extraits….

 

Un rapport passionnel

Le dénombrement des pièces acquises ou revendues peut bien aiguiser l´appétit des chercheurs ou exciter la curiosité : il ne concerne pas la nature de la relation poétique. D´ailleurs, l´exercice même de l´inventaire est vain : Breton a entretenu des rapports passionnels avec ses objets, comme avec une femme. Pendant un grand demi-siècle, il a acheté par coup de foudre, traquant la beauté insolite à travers l´Europe et le Nouveau Monde. Il a revendu par déchirement, vivant chaque séparation comme une rupture, et non pas comme une « affaire ». Il a peuplé ses maisons (rue Fontaine, Saint-Cirq Lapopie) au gré de ses passions.

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Masque eskimo, collection Breton

 

Adresse aux marchands

Les marchands méritent le mépris : « leur talent majeur est de savoir sonder une poche ». Ils tiennent commerce de vanité, exploitent la sottise ; ils ne voient dans la pièce à vendre que l´occasion de « vider » ladite poche « par pure concession au snobisme ». Plus encore que le musée, ils suscitent le désir : leurs objets sont disponibles. Mais l´obstacle qu´ils dressent  est pire que la vitrine. L´argent désacralise l´amour comme la vénalité tue le désir : ce qui est vrai de la sexualité surréaliste l´est du rapport à l´objet sauvage. Loin des piétinements devant le musée de l´Homme, la jouissance personnelle du masque arraché au marchand apparaît comme la seule approche tolérable. La collection de la rue Fontaine est la réponse que Breton oppose à la froideur des vitrines, à l´odeur de deuil qui émane des musées, comme le notait Julien Gracq dans ses Lettrines ; le contact intime avec l´objet constitue sa réplique au cynisme des marchands du temple.

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Poupée hopie, collection Breton

Enrichi par le commerce des œuvres d´art, André Breton ?

Breton, n’en déplaise à ses détracteurs, ne s’est pas enrichi avec ses fétiches. L’enjeu de son commerce d’esprit avec l’objet sauvage était d’un autre ordre (...). Jacqueline Lamba reproche même à Breton, dans les années de misère, de s’être refusé à vendre.

 

La cuillère, aux enchères elle aussi

Dans L´amour fou, Breton relate l´histoire de la « cuillère-Cendrillon », objet d´ «éxécution paysanne » (fort semblable d´ailleurs à nombre d´objets sauvages à manches zoomorphes, sculptés par les Indiens Tlimkit et présentés à la vente Éluard-Breton, de 1931). Breton avait rêvé d´un objet improbable (un « Cendrier Cendrillon »). Il avait réclamé, en vain, à Giacometti de lui fabriquer « une petite pantoufle qui fût en principe la pantoufle perdue de Cendrillon ». Une promenade au Marché aux Puces lui procure cette cuillère : d´emblée, la trouvaille remplit un « manque ». L´histoire de la collection de Breton – c´est-à-dire la succession des acquisitions – n´est pas tissée d´autre chose que d´une suite de trouvailles où l´objet vient remplir une place dès longtemps marquée dans l´imaginaire du poète.

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Le 42, rue Fontaine ou le « vrai savoir »

Une visite à l´appartement de Breton suffit à comprendre que l´ordonnateur a voulu composer un gigantesque pentacle, où les signes occupent des position symboliques, où les signifiés sont engendrés par les rapprochements et les oppositions. (…) L´approche qu´il privilégie n´est pas d´ordre intellectuel. Elle est plutôt une indiscrétion, comme d´un qui se glisse dans une conversation, avant d´y prendre part à son tour. Elle est constitutive d´un savoir affectif, d´un « vrai savoir » où l´objet tribal parle de lui-même et des énergies magiques qui l´animent, en même temps qu´il libère la parole de celui qui sait accueillir ces énergies. (…) Il faut inventer le mouvement perpétuel – c´est-à-dire changer souvent les objets de place ; il faut réserver les droits du mystère, afin que le masque continue de manifester qu´il n´est pas de notre monde, qu´il est même le signe visible de ses limites. Breton le reconnaît ; l´objet « me touche particulièrement », dit-il, « dans la mesure même où je n´en connais ni l´origine ni les fins ». Il insiste souvent sur l´aura (« telle qu´elle laisse toutes marges à l´interprétation »), sur ce « halo » qu´il faut savoir ne pas dissiper.

Jean-Claude Blachère, Les Totems d´André Breton

 

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@ L´Harmattan, 1996