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André Breton vivant... un appel

 

Fin décembre: Très vite, François Bon met le dossier sur remue.net, accompagné d´un texte de Julien Gracq, suivi le 3 janvier d´un appel et d´une pétition signée en quelques jours par plus de 500 artistes, écrivains et intellectuels, dont Jacques Derrida, Michel Deguy, Jean-Luc Nancy, Michel Butor.

A travers "D´autres espaces", nous avons recueilli quelques soutiens significatifs, surtout du réseau géopoétique. Dès le 23 décembre, Kenneth White nous écrivait:

Cher Laurent,

Merci de tes messages.

J'étais scandalisé par l'annonce de la vente aux enchères du contenu de la
maison de Breton et j'ai tout de suite pensé que c'était un musée Breton
qu'il fallait créer quelque part.

Je suis donc tout à fait d'accord avec l'action que toi et tes amis allez
entreprendre.

Je t'enverrai ces jours-ci le petit texte que tu me proposes de faire et
nous verrons pour la suite.

Amitiés,

Ken


D´autres messages de soutien nous sont assez parvenus, plusieurs des Etats-Unis, mis en ligne sur remue.net

Une contribution de Nathaniel Tarn du 23 décembre également mérite d´être notée:

POETE AMERICAIN NE ET ELEVE EN FRANCE, ETUDES SUPERIEURES EN FRANCE, MEMBRE A UN CERTAIN MOMENT (1949-50) DU GROUPE SURREALISTE, J'AI LU AVEC UNE SURPRISE CROISSANTE LE JOUR DE SA PUBLICATION L'ARTICLE DU NEW YORK TIMES SUR LA VENTE BRETON. SLAVISTE ACTUELLEMENT, JE PENSE AUX CENTAINES DE MAISONS D'AUTEURS ET D'ARTISTES QUE LA RUSSIE CONSACRE IN TOTO A LA MEMOIRE D'UN DE SES FILS OU FILLES CELEBRES. IL ME PARAIT INCROYABLE QUE LA FRANCE, "MERE DES ARTS," NE SOIT PAS CAPABLE DE SAUVER L'IMPORTANTE MAISON BRETON, AVEC SA COLLECTION ENTIERE IN SITU. LE SURREALISME, NE EN FRANCE EST UN DES MOUVEMENTS SUPREMES DU XXEME SIECLE ET SON INFLUENCE REPERCUTE INTERNATIONALEMENT DANS LA PRODUCTION ARTISTIQUE, DANS L'ENSEIGNEMENT, DANS LES ACTIVITES DES MUSEES, DANS LA VIE ENTIERE DOIT-ON DIRE POUR FAIRE HONNEUR A CETTE IMMENSE DEMARCHE DONT LE BUT CONSTAMMENT AVERE ETAIT PRECISEMENT DE CHANGER NON PAS LA CULTURE MAIS LA VIE ENTIERE. NATHANIEL TARN

Peu à peu, le surréalisme et l´oeuvre d´André Breton se révélent être le dénominateur commun de plusieurs artistes et courants de pensée...

Deux autres messages:

Cher Monsieur
J'ai lu avec intérêt votre texte sur la vente à venir de la collection André Breton. Dans son "Rapport sur la construction des
situations..." (1957), Guy Debord proposait déjà une analyse très pertinente sur la "récupération" et la domestication du
surréalisme par la société marchande. Sa transformation en produit de consommation se poursuit donc, et d'expositions en
salles des ventes, il semble bien en effet que sa mise sur le marché s'accélère.

Olivier Penot-Lacassagne, Université de Reims (9 janvier 2003)

Voir notre dossier Guy Debord et André Breton

 

Cher Laurent Margantin,

Je signe des deux mains tout ce qui parle en l'honneur d'André Breton, l'une des voix et des pensées qui ont le plus compté pour moi, l'une des images humaines les plus paradoxalement fraternelles du terrible 20ème siècle. L'une de celles aussi qui donnent envie d'être français, lorsque comme moi on est né étranger. On préfèrerait être "exclu" par un homme comme lui que d'être accueilli par bien d'autres! Je ne connais pas la maison de la rue Fontaine, et j'irai certainement y faire un tour un de ces jours. Pourquoi ne pas y organiser un rendez-vous sauvage à la pleine lune pour y déposer chacun un objet qu'il aurait pu aimer!

Georges Amar (14 janvier 2003)

Mais c´est surtout le texte de Kenneth White intitulé "Le grand atelier surréaliste" qui a placé la protestation dans sa dimension la plus essentielle, texte mis en ligne sur remue.net et la revue des ressources. White place Breton et le surréalisme dans un contexte plus large, extérieur au champ littéraire classique: "....Breton ne nageait pas dans le bain tiède de l’autosatisfaction partagée et de la convivialité générale. Non seulement il se situait ailleurs, mais il proposait un programme radicalement différent, qui consistait à ouvrir un tout autre champ. Breton ne parlait pas, par exemple, de « littérature » (« déluge sans colombe », disait déjà Marcel Schwob), mais de champs magnétiques."

20 janvier: la barre des 1000 signatures est dépassée, articles dans "Orient le Jour", "ART - das Kunstmagazin" pour février et mars, un article en ligne sur le site "Le monde des arts", soutien de Jean-Michel Maulpoix et de Jean-Claude Pinson.

21 janvier: la Société des Gens de Lettres se joint à notre appel

La Société des Gens de Lettres de France et ses milliers d'adhérents auteurs de l'écrit, s'élèvent vigoureusement contre le  projet de vente aux enchères du musée privé d'André Breton et de ses trésors. Une telle dispersion, si elle avait lieu, ne ferait que démanteler et saccager un lieu "magique", que le devoir de l'Etat est au contraire de préserver tel qu'il a été légué à notre mémoire littéraire. Elle n'aboutirait qu'à l'amputation de notre propre patrimoine artistique, dont la singularité est la composante essentielle de notre spécificité culturelle. Ce lieu de vie et de création, ensemble inestimable d'objets d'art, de dessins, fragments et autoportraits, témoins du rayonnement dans le monde du mouvement surréaliste, appartient à notre collectivité nationale, et ne saurait être dépecée, éventuellement hors de France, au profit des plus offrants. Notre Société y veillera avec la plus extrême rigueur.

                                                                 
Alain ABSIRE
                                                                                  Président de la Société
                                                                            des Gens de Lettres de France

Quelques articles en ligne, un sur le site internet Le monde des arts

l´autre en allemand sur le site de la revue de Hambourg ART - das Kunstmagazin 

http://www.art-magazin.de

26-31 janvier 2003:

Ecriture en interne d´une première déclaration du Comité André Breton, à reprendre. Avis de Serge Velay et Olivier Cazeneuve concernant l´idée d´une fondation.

Nouveaux soutiens individuels, parmi eux Lorand Gaspar, la famille du peintre Georges Malkine, Alain Borer, Dominique Noguez, Béatrice Commengé, Alain Borer, Pierre Bergounioux, du poète Salah Stétié, du peintre Fred Zeller... et de nombreux lecteurs. Nous avons passé le cap des 1500 signatures...

Bulletin du 31 janvier:

Beaucoup de réflexions, de discussions toute cette semaine sur les problèmes techniques liés à la création possible d´un musée ou d´une fondation Breton, problèmes qui devront être résolus. Consultation de juristes, de spécialistes: on le savait déjà - mais c´est mieux de l´avoir en tête -, il y de nombreux obstacles pratiques à surmonter, raison de plus pour demander aux pouvoirs publics de prendre leurs responsabilités en faisant d´abord, et très vite, que l´Etat préempte la totalité des lots, interdisant ainsi la sortie du territoire des oeuvres, et déclare le musée privé d´André Breton "trésor national".

C´est dans cette optique que nous allons faire appel dans les prochains jours aux parlementaires et aux plus hautes instances de l´Etat pour que la place symbolique du 42, rue Fontaine soit respectée.

Nous avons appris qu´une première question écrite avait été transmise par un sénateur au Ministre de la Culture, Jean-Jacques Aillagon.

Notre reconnaissance va aux amis italiens qui diffusent largement l´information, de plus en plus de signatures et de réactions nous viennent d´Italie...

Nous avons recu hier 40 signatures d'étudiants en prépa littéraire à Poitiers, transmises par
Jean Renaud, professeur en khâgne à Camille-Guérin, aussi celles des étudiants du séminaire 'Surréalisme' du Prof. H.T.Siepe, Düsseldorf, en Allemagne - merci à eux tous.

Merci aussi à la librairie Kleber à Strasbourg qui rassemble également des signatures.

On a pu aussi entendre Alain Jouffroy, signataire de notre appel, sur France Culture mardi matin. On peut écouter l´émission sur:

Cela bouge aussi au Mexique, la Jornada vient de consacrer deux articles à la vente et à notre action

http://www.jornada.unam.mx/2003/ene03/030121/05an1cul.php?origen=cultura.html

http://www.jornada.unam.mx/2003/ene03/030122/05aa1cul.php?origen=opinion.html

 

31 janvier, le soutien aussi de Daniel Cohn-Bendit, mise en ligne d´un texte de Paz sur une rencontre nocturne avec André Breton.

 

1er - 8 février

Les événements s´accélèrent: Bonnefoy dans Le Monde, comité de vigilance...

3 février, "La culture ne doit pas plier devant le commerce"

De qui cette belle phrase ? Non, pas d´un militant antimondialisation irréductible... mais de Jacques Chirac en personne, lundi dernier ! Gageons qu´il saura faire appliquer ce principe concernant André Breton...

Dans le Monde, on peut lire

Le président de la République propose l'adoption par l'Unesco, au plus tard en 2005, d'une convention mondiale qui proclamerait l'égale dignité de toutes les cultures. Il réaffirme que "les œuvres de l'esprit" doivent être mises à l'écart des négociations commerciales internationales.

Une musique assez douce aux oreilles du monde culturel a retenti, dimanche 2 février, sous les ors de l'Elysée."La culture ne doit pas plier devant le commerce", a notamment dit Jacques Chirac aux acteurs, cinéastes, chanteurs, écrivains et producteurs, qui avaient répondu à son invitation, à l'occasion des deuxièmes Rencontres internationales des organisations professionnelles de la culture, organisées du 2 au 4 février par le Comité de vigilance pour la diversité culturelle.

Le slogan de ces Rencontres, "la culture n'est pas à vendre", n'est ni étranger ni nouveau pour le président de la République. Répondant par avance au débat sur la mondialisation libérale, sous-jacent sous cette expression lapidaire, M. Chirac avait déclaré à l'hebdomadaire américain Time le 4 décembre 1995 : "Je ne veux pas que, pour des raisons économiques, et qui n'ont rien de culturel, la culture européenne soit stérilisée ou effacée par la culture américaine."

Sept ans plus tard, dans un contexte particulier où la France tente de résister aux Etats-Unis sur la scène diplomatique, le chef de l'Etat a développé un thème désormais familier : celui de la "mondialisation maîtrisée", en l'occurrence dans le domaine de la culture et de la création, "activités irréductibles aux lois du marché".

M. Chirac a ainsi proposé que la communauté internationale adopte, avant 2005, une "convention mondiale sur la diversité culturelle" préparée par l'Unesco. Il a réaffirmé une ferme opposition au vote à la majorité qualifiée dans les négociations des accords commerciaux internationaux portant sur les services culturels et audiovisuels et appelé de ses vœux une "Europe de la culture".

5 février: Yves Bonnefoy signe un article dans Le Monde: "André Breton à l´encan: vulgaire"

6 février, annonce de la création du comité de vigilance

Chers amis et amies,

1700 signatures parvenues en moins d'un mois à l'appel lancé par Mathieu Bénézet.

Le débat mis sur la place publique (voir l'intervention d'Yves Bonnefoy dans le Monde d'hier), l'attention déjà requise de la presse.
Nous avons sollicité quelques personnalités pour constituer un "comité de vigilance". La réflexion et les initiatives, grâce à cette liste d’information, pourront continuer de s'effectuer en commun.

Dire fortement aux pouvoirs publics notre volonté que la collection Breton, parce qu'elle symbolise l’ensemble du surréalisme, ne soit pas dispersée et reste en France. Qu'une solution puisse être trouvée, via les collections publiques, la constitution éventuelle d'une fondation: les contributions reçues, le très fort engagement des bibliothécaires et conservateurs, nous ont montré que c'était possible, à condition que le premier point soit satisfait.

La procédure de classement en "trésor national", par exemple, pourrait en être le support.

Nous vous communiquons ci-dessous le texte, délibérément bref, que notre comité se propose dès maintenant de transmettre aux pouvoirs publics. Il sera accompagné d’un dossier incluant liste intégrale des signataires, des textes de soutien reçus, et de quelques extraits de la discussion collective. Ce dossier sera téléchargeable d’ici quelques jours via notre page http://www.remue.net/litt/breton_01.html

Nous vous appelons à continuer de propager notre appel, continuer la collecte de signatures.

Ce "mur" de signatures, nous souhaitons le diffuser aussi par voie de presse. Pour acheter l'espace nécessaire dans les quotidiens nationaux, nous lançons une souscription, dont nous vous rendrons précisément compte. Vos versements peuvent dès à présent nous parvenir à l'ordre de remue.net association, BP 145, F 37541 Saint-Cyr sur Loire Cedex, sous contrôle du comité. Merci de préciser au dos du chèque "appel Breton".

Les semaines à venir vont être cruciales pour faire pression et avancer. Les 1700 signatures reçues, l'ensemble des messages, tout concourt à nous donner la confiance nécessaire.

Mathieu Bénézet - François Bon - Laurent Margantin

Vos e-mails et contributions toujours à l'adresse suivante: appel_breton@remue.net


constitution d'un comité de vigilance

Alain Absire (président de la Société des gens de lettres), Michel Deguy, Jacques Derrida, Yves di Manno, Alain Jouffroy, Guy Goffette, Bernard Noël, Jean-Yves Tadié, André Velter, Elliott Weinberger et Kenneth White ont accepté de participer au comité de vigilance fondé par Mathieu Bénézet, François Bon et Laurent Margantin.

Nous reprenons aujourd'hui les termes de l'appel du 7 janvier 2003, tel qu'il fut signé par plus de 1700 personnalités des arts et lettres, bibliothécaires, universitaires, de France, d'Europe, des Etats Unis, du Mexique, du Canada, d'Afrique, d'Amérique du Sud ...

Nous appelons à soutenir ce Comité de vigilance qui sera chargé de négocier auprès des autorités culturelles françaises:

  • dans un premier temps l'interdiction de sortie du territoire de tout ou partie des collections d'André Breton, rue Fontaine;
  • dans un deuxième temps, notre Comité tentera d'obtenir des acteurs culturels, dont certains y sont déjà favorables, un groupement destiné à l'achat de la quasi-totalité des lots mis en vente à l'Hôtel Drouot grâce au droit de préemption.


Pour ce faire le Comité sera amené, au plus vite, à solliciter une rencontre avec M.le Président de la République, M. le Ministre de la Culture, M.le Ministre des Affaires étrangères et M.le Maire de Paris.

 

8 février, anagramme:

 

Ce matin, lisant les textes sur la vente du premier avril, m'apparaît soudain l'anagramme suivant, dans le nom d'André Breton :

"TE BRADER, NON"

Didier Daeninckx

Votre soutien s’accentue. Nous continuons de recevoir des dizaines de messages de soutien et de signatures à l’appel. Lundi matin, nous l’adresserons officiellement au président de la République, au ministre de la Culture et au maire de Paris, ainsi qu’à l’assemblée nationale et à la presse. Nous formons le voeu que les bibliothécaires et conservateurs, dont plusieurs centaines ont signé l’appel, en fassent de même via leurs organisations professionnelles, pour participer en tant que tels aux rendez-vous à venir. L’ouverture de Drouot au dépeçage Breton (“Breton à l’encan: vulgaire”, selon la phrase d’Yves Bonnefoy) ne se fera pas dans la discrétion souhaitées par les nantis. Nous souhaitons publier très vite notre “mur” de signatures (2000, c’est possible) dans une pleine page d’un quotidien national: si 1000 des signataires envoient chacun 1 euro c’est bien, si 100 signataires envoient 10 euros, on peut y arriver aussi.

MB/FB/LM pour le comité de vigilance


Adresse pour la coordination:
“appel Breton”
remue.net association – BP 145 – 37 541 Saint-Cyr sur Loire Cedex

sur le Net : http://www.remue.net/litt/breton_01.html
vous pouvez faire circuler ce message



9 -21 février

 

 

Nouveaux soutiens:

 

Contre la dispersion de la collection Breton :
« Le Poisson ne doit pas être dissout à Drouot »

« La collection de l'auteur du Poisson soluble, André Breton, ne doit
pas être semée aux quatre vents.

C'est une collection unique par chacune de ses pièces. C'est une
collection unique aussi parce qu'elle est l'histoire et l'oeil d'un homme
exceptionnel pour le patrimoine de la création française.

Le Parti communiste français s'associe pleinement à l'appel lancé par
plusieurs centaines d'intellectuels, par des responsables politiques
contre la vente à Drouot de la collection Breton.

Breton et sa collection appartiennent à notre patrimoine national. Le
Ministère de la Culture ne doit pas accepter cette vente en pièces
détachées de la collection d'André Breton. »

Michel Duffour,
Ancien Secrétaire d'Etat
au Patrimoine et à la décentralisation culturelle
Dirigeant national du Pcf

 

 

L'Equipe de Recherche interdisciplinaire sur Elsa Triolet et Louis Aragon,
- mesurant le préjudice que représenterait, au regard du patrimoine littéraire, la mise à l'encan du Musée André Breton,
- et songeant aussi à l'indifférence qui entoura jadis la disparition de l'appartement d'Aragon, rue de Varenne,
s'associe pleinement à la pétition qui demande, entre autres, à  l'Etat d' exercer son droit de préemption.

Parmi les membres de l'Association ERITA:

Michel Apel-Muller, ancien directeur du Moulin de Villeneuve.
Edouard Béguin , Docteur de l'Université de Lyon 2.
Hervé Bismuth, Maître de Conférences à l'Université de Bourgogne ( Vice-Président).
Lionel Follet, ancien Maître de Conférences à l'Université de Franche-Comté.
Marianne Delranc-Gaudric, Docteur de l'Université Paris 3.
Corinne Grenouillet, Maître de Conférence de l'Université Marc Bloch de Strasbourg.
Annick Jauer, Docteur de l'Université de Provence.
Reynald Lahanque, Maître de Conférences à l'Université Nancy 2 (Président).
Franck Merger, Docteur de l'Université de Paris 4.
Suzanne Ravis, Professeur émérite à l'Université de Provence.
Patricia Richard-Principalli, Docteur de l'Université Paris VIII, (Trésorière).
Léon Robel, Professeur honoraire de russe.
Maryse Vassevière, Maître de Conférences Paris 3.
Luc Vigier, Docteur de l'Université de Provence (Secrétaire).

 

 

Surréalisme ? A vendre...

Chronique du 11 Février 2003
(France Inter)

C'est toujours un triste, un musée qui ferme. C'est une mémoire qui flanche et finit par s'évaporer. L'atelier dans lequel André Breton a vécu de 1922 à sa mort en 66 n'était pas un musée en soi, il était fermé au public, mais l'antre du poète contenait des milliers d'objets hétéroclites. Par leur accumulation, ils étaient en soi le surréalisme. En 44 ans de présence dans son deux pièces de la rue Fontaine, le poète n'a cessé de rapprocher les contrastes. Des tableaux, 400, signés Tanguy, Picabia, Duchamp, Miro ou le Douanier Rousseau cotoyaient des masques esquimaux; les murs étaient couverts de livres, de photos de Man Ray ou Raoul Ubac. Des oiseaux empaillés regardaient des poupées des indiens Hopi. Breton avait le génie accumulateur. Yves Bonnefoy, le poète, dit qu'il ne "rassemblait pas des objets, mais il reconnaissait des présences". Lui même ne cherchait par cette compression de sa pensée qu'à susciter désir et surprise dans l'oeil du visiteur. Curieusement, depuis sa mort, aucun gouvernement, aucune institution n'a cherché à faire de cette collection une fondation du surréalisme, comme le souhaitait la veuve du poète, morte en 2000. L'Etat a acheté des objets dont l'un des murs de l'atelier exposé déja au centre pompidou, mais la totalité de ce trésor poétique, faute d'un large soutien public, va se disperser. 5000 lots vont être vendus et devraient rapporter 30 millions d'euros. Du 1er au 18 avril prochain, la poésie sera brisée par le marché. Où iront les objets? Au mieux, dans des collections publiques, au pire, et c'est à craindre, dans les coffres forts des riches banquiers américains. Surréalisme? A vendre... La colère monte chez les écrivains, français et américains, chez les universitaires, les bibliothécaires, même les simples amoureux du patrimoine s'indignent. Ils sont presque 2000 à avoir signé la pétition lancée par les écrivains François Bon et Mathieu Bénezet. Pétitions qui se veut un coup de gueule contre ce désengagement culturel. Un comité de vigilance a été mis sur pieds. Des idées naissent. Pourquoi ne pas remonter l'atelier ailleurs, comme à Beaubourg l'atelier Brancusi? Pourquoi ne pas empêcher la dispersion en classant la collection Trésor national? Jacques Chirac disait récemment : "la culture ne doit pas plier devant le commerce". Belle occasion pour le ministre de la culture de montrer l'exemple afin qu'on entende toujours et sans rougir la définition que Breton donnait en 1950 du surréalisme et au delà, de sa collection :"Tranchons-en : le merveilleux est toujours beau, n'importe quel merveilleux est beau, il n'y a même que le merveilleux qui soit beau". André Breton en 1950.

Pour connaître le dossier, pour être au courant de la vente CalmelsCohen, pour éventuellement signer la pétition contre la dispersion, contactez le site de france culture, franceculture.com.

Vous pouvez vous rendre aussi sur le site de l'écrivain Francois Bon : www.remue.net/litt/breton 01.html
courrier électronique : appel breton@remue.net

Enfin, pour connaître les lots en vente, consultez le site de l'étude : www.calmelscohen.com

14 février:

 

 

Veuillez trouver ci-dessous le communiqué du ministre de la Culture à l’AFP, et notre propre réponse.
Ce communiqué prouve que notre action de mobilisation porte ses fruits, prouve qu’elle est fondée dans ses arguments, mais qu’il reste un vrai enjeu à conquérir, pour la non-dispersion de la collection Breton.
“Comprendre que ces objets ne valent qu’ensemble, et non pas arrachés à ce qui fait leur champ de force” (André Velter).

En réponse à M. Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture

Le communiqué du ministère de la Culture nous laisserait rêveur, s’il nous laissait pas d’abord pantois.
Il entérine de fait le démantèlement, la dispersion du 42 rue Fontaine, où André Breton vécut et oeuvra durant 44 ans.
Si nous savons lire, pour avoir une idée vague de l’atelier Breton, vous n’aurez qu’à vous rendre au Centre Beaubourg pour voir le mur qui était devant le bureau, au cas où le mur serait exposé lors de votre passage. Puis vous irez à la bibliothèque Doucet, dont l’accès est semi-public, pour voir ledit bureau. Pour les livres on ne sait pas encore. Pour les objets océaniens et africains, vous irez au quai Branly (on imagine qu’un gardien sera en lieu et place pour vous les indiquer). En suite de quoi, braves gens, vous n’aurez qu’à acquérir le CD Rom sur l’atelier de la rue Fontaine, CQFD.
Le communiqué du ministère de la Culture prend acte de l’importance nationale de ce que symbolise la collection Breton, et se refuse à la décision politique qui permettrait d’empêcher sa dispersion mercantile.
Nous renouvelons solennellement notre appel au président de la République, au ministre de la Culture et au maire de Paris pour qu’ils agissent afin que le trésor national de la rue Fontaine soir maintenu indivis, et pour le moins interdit à la vente à l’étranger.
Par ailleurs, nous aimerions, nous sommes en droit de demander au ministère la liste des achats “insignes” prétendument programmés.

Pour le comité de vigilance, jeudi 12 janvier, 23h30
Mathieu Bénézet, François Bon, Alain Jouffroy, André Velter.

L’appel lancé le 7 janvier a été signé à ce jour par plus de 2200 personnes.
En ligne : http://www.remue.net/litt/appel_breton.html





MINISTERE DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATION

3, rue de Valois 75001 Paris

COMMUNIQUÉ DE PRESSE


L'Etat accepte la dation du "mur" de l'atelier d'André Breton

 

Le Ministre de la culture et de la communication, Jean-Jacques AILLAGON, annonce que l'Etat vient d'accepter la dation du "mur" de l'atelier d'André Breton, en paiement des droits de succession d'Elisa Breton, veuve de l'artiste. Le Ministre de la culture et de la communication tient à remercier son collègue Alain Lambert, Ministre du budget. Il remercie également pour son travail la commission interministérielle d'agrément pour la conservation du patrimoine artistique national, présidée par Monsieur Jean-Pierre CHANGEUX.

Extraordinaire "¦uvre d'art total" composée de plus de 200 ¦uvres et objets rassemblés et organisés par André Breton, le "mur" était d'ores et déjà déposé dans la collection du Centre Georges Pompidou. Il était présenté dans l'accrochage de la réouverture du Centre, le 1er janvier 2000. Il figurait également dans l'exposition "La révolution surréaliste" présentée à Paris et à Düsseldorf. Alors que s'annonce la vente André Breton du mois d'avril, la dation du "mur" illustre l'action que mène l'Etat pour mettre à l'abri des collections nationales, en concertation avec la famille Breton, les ensembles les plus insignes de "l'atelier Breton"

Il est d'abord à rappeler que c'est André Breton lui-même qui décida le legs de toute sa correspondance à la bibliothèque Doucet, à l'exception de ses lettres à sa femme Elisa et à sa fille Aube. Par ailleurs, depuis 1975, soit plus de 25 ans, des achats ont eu lieu sans interruption par le Musée national d'art moderne, permettant la conservation et la présentation au public d'¦uvres majeures de Miro, Tanguy, Ernst, Duchamp, Man Ray ou encore Dali, dont le "Guillaume Tell" a été acquis en 2002. En 1983, Elisa et Aube Elleouet-Breton ont en outre fait don au Musée national d'art moderne de "Hasard objectif", ¦uvre d'André Breton. En 1999, le musée du Quai Branly a, quant à lui, acquis un ensemble d'effigies et de masques primitifs présentés actuellement au Pavillon des sessions du Louvre.

Plus récemment, en même temps qu'elle annonçait son intention de mettre en vente le patrimoine Breton encore en sa possession, Aube Elleouet-Breton a fait part de sa décision de faire un don. Ce don est considérable. Il porte sur "la danseuse espagnole" de Miro, ¦uvre capitale et sans conteste la plus importante parmi celles dont elle était encore propriétaire, ainsi qu'un Matta et un Brauner exceptionnels pour le centre Georges Pompidou, et le bureau d'André Breton avec les objets qui l'accompagnent pour la bibliothèque Jacques Doucet.

Chacun sait que les collections Breton ne pouvaient pas, sans risque, rester dans un appartement de 80 mÇ, au 3ème étage d'un immeuble de la rue Fontaine, au surplus inaccessible au public. Le souci de l'Etat est dans ce contexte de maintenir dans le patrimoine public les éléments essentiels de cet ensemble. Les ministres successifs qui y ont pris part ont fait leur devoir, et les réactions de certains d'entre eux ne manquent donc pas de surprendre.

Le Ministre de la culture et de la communication et Madame Elleouet-Breton ont été d'accord pour que la vente ait lieu à Paris. Cette localisation permettra à l'Etat de suivre cette vente avec toute la vigilance qui convient.

 

 

Cet article qui vient de paraître dans Le Monde (édition du 15.2)

 

 

Mobilisation de dernière minute pour sauver les trésorsd'André Breton

Quelque 4 000 lots provenant de l'atelier du poète surréaliste doivent être dispersés à Drouot en avril. Un Comité de vigilance demande aux pouvoirs publics de préserver ce patrimoine

 

Le comité de vigilance animé par Mathieu Bénézet, François Bon et Laurent Margantin a réuni plus de deux mille signatures sur l'appel lancé par ces écrivains contre la dispersion des collections d'André Breton, en avril, à Paris, par la maison de ventes Calmels-Cohen. Dans une lettre au ministre de la culture, il lui demande de "prononcer l'interdiction de sortie de territoire" des livres, objets et œuvres d'art de l'atelier du 42, rue Fontaine, à Paris, où vécut le poète de 1922 à sa mort en 1966 (Le Mondedaté 22-23 décembre 2002). "Dans un deuxième temps", le comité "souhaite obtenir des acteurs culturels, dont certains y sont déjà favorables, l'acquisition par les pouvoirs publics des lots mis en vente à l'hôtel Drouot grâce au droit de préemption".

La prise de position d'Yves Bonnefoy (Le Monde du 5 février) a donné un éclat particulier à une émotion collective légitime. Elle devrait inciter les pouvoirs publics à dépasser le cadre des arrangements déjà prévus (donations, acquisitions de certaines pièces) dont le ministère de la culture rappelle la liste en précisant que la dation du "mur" de l'atelier vient d'être acceptée par les services fiscaux.

Car cette mobilisation de dernière minute ne peut faire oublier une indifférence de vingt années à l'égard d'un patrimoine dont l'existence était connue. Elisa Breton, jusqu'à sa mort en 2000, et Aube Elleouët-Breton, fille de l'écrivain et de Jacqueline Lamba, ont tenu bon pour protéger son intégrité tout en l'ouvrant aux chercheurs, dans l'attente d'une initiative publique pour conserver ensemble les objets, livres, peintures, etc. réunis par le chef de file du mouvement surréaliste. "Nous ne nous battons pas pour une muséification de notre mémoire littéraire", notent les auteurs de l'appel du 7 janvier. "Protester contre le dépeçage marchand de cette mémoire, organiser une action symbolique au moment de la vente, c'est revendiquer pour ce qui nous soude, le sens même de la littérature, tout simplement qu'elle soit action."Jacques Derrida, Michel Butor, Annie Ernaux, Alain Jouffroy, Jean Ristat, Valère Novarina, Kenneth White figuraient parmi les premiers signataires, auxquels se sont joints de nombreux lecteurs, artistes, étudiants, libraires et bibliothécaires (appel breton@remue.net). "Cette affaire nous est tombée dessus, on en ignorait tout jusqu'à l'annonce de la vente", souligne François Bon.

LE "MUR" À BEAUBOURG

Concernant les responsables culturels, l'argument de la surprise ne tient pas. Quand Michel Duffour, ancien secrétaire d'Etat au patrimoine, prend position au nom du Parti communiste ou quand Jack Lang, ancien ministre de la culture, écrit à Jean-Jacques Aillagon pour lui demander des mesures de protection, ils sont loin de découvrir la menace. De 1982 à 1993, l'association Actual, présidée par Jean Schuster et parrainée par les acteurs du mouvement (Leiris, Masson, Matta, Gracq, Soupault), a mené un considérable travail sur les archives et tenté de trouver, auprès de l'Etat ou de la Ville de Paris, un lieu d'accueil pour une fondation.

L'écrivain Jean-Michel Gontier, ancien secrétaire de l'association Actual, se souvient que Jack Lang visita l'atelier de la rue Fontaine, quelque temps avant François Mitterrand, qui y fut reçu au début de 1989, du vivant d'Elisa Breton. "La gauche n'a rien fait quand elle pouvait le faire", indique Jean-Michel Gontier. L'association n'a pas obtenu des pouvoirs publics le soutien nécessaire pour créer un lieu qui aurait perpétué, autour des collections historiques, "l'esprit du surréalisme".

Outre la correspondance privée léguée par André Breton à la Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet qu'il avait contribué à créer, des pièces majeures sont toutefois entrées dans les collections nationales. Le futur musée du quai Branly a acquis plusieurs grands masques. Des donations sont en cours : le bureau d'André Breton rejoindra la Bibliothèque Doucet ; La Danseuse espagnole de Miro, un portrait de Hitler par Victor Brauner et une toile de Matta sont destinés au Centre Pompidou, qui s'apprête à réinstaller, en mars, le "mur" entré par dation dans les collections publiques selon le vœeu d'Aube Ellouët-Breton et qui comprend deux cents oeuvres. "C'est une pièce capitale, note Jean-Michel Gontier, le témoin de son regard sur les objets. Une charge poétique maldororienne, en écart absolu avec les accrochages traditionnels habituellement réalisés pour célébrer la marchandise culturelle qui demeurera comme rappel du rêve surréaliste."

Michèle Champenois

 

14 février

Dans un article du Figaro paru aujourd´hui, Jack Lang déclare n´avoir jamais signé cette «pétition d'intellectuels sincèrement inquiets» et faire «toute confiance à Jean-Jacques Aillagon». Même démarche aujourd´hui sur France Culture: solidarité avec le Ministre de la Culture.

 

Pour lui rafraîchir la mémoire, nous lui renvoyons une copie du mail qu´il nous a envoyé le 24 janvier dernier.

 

Lien de l´article du Figaro:

 

Nous regrettons infiniment cette manifestation éclatante d´opportunisme politique, qui coincide avec la sortie de l´article du Monde dans lequel on peut lire:

L'écrivain Jean-Michel Gontier, ancien secrétaire de l'association Actual, se souvient que Jack Lang visita l'atelier de la rue Fontaine, quelque temps avant François Mitterrand, qui y fut reçu au début de 1989, du vivant d'Elisa Breton. "La gauche n'a rien fait quand elle pouvait le faire", indique Jean-Michel Gontier. L'association n'a pas obtenu des pouvoirs publics le soutien nécessaire pour créer un lieu qui aurait perpétué, autour des collections historiques, "l'esprit du surréalisme".

Cela, Jack Lang l´a sans doute aussi oublié, c´est bien plus vieux que le 24 janvier dernier...

 

 

De : "Jack lang" <j.lang@wanadoo.fr>
Répondre à : <j.lang@wanadoo.fr>
Date : Fri, 24 Jan 2003 12:42:35 +0100
À : <appel_breton@remue.net>
Objet : Signature Pétition


Jack Lang s'associe de tout coeur à votre appel pour éviter la dispersion de
la collection André Breton et la vente du 42 rue Fontaine.
Il est tout à fait disposé à vous aider et à vous soutenir.

N'hésitez pas à entrer en contact avec Aymeric, son collaborateur, si vous
aviez besoin d'une aide quelconque.
Bien à vous,

Secrétariat de Jack Lang

 

Appel de la revue des Ressources pour une fondation Breton

Depuis maintenant deux mois, des écrivains, des intellectuels, des artistes, des lecteurs se mobilisent pour empêcher la dispersion du musée privé André Breton 42, rue Fontaine. De Jacques Derrida à Michel Butor, de Lorand Gaspar à Yves Bonnefoy, tous les courants de pensée et toutes les tendances artistiques sont représentés dans ce mouvement de protestation qui se reconnaît une dette à l'égard du surréalisme et de son plus grand représentant.

La vérité est que pendant de nombreuses années, les hommes politiques et les pouvoirs publics ont été interpellés et n'ont rien fait. De 1980 à 1993, Jean Schuster défendit le projet d'une fondation Breton auprès de l'Etat, dans le cadre d'une association baptisée Actual. Toutes ces années, la femme de Breton conserva l'appartement de la rue Fontaine en l'état, et espéra la création de cette fondation. Plusieurs proches d'Elisa Breton nous assure qu'elle aurait soutenu l'action en cours.

Selon le communiqué de presse du Ministère de la Culture du 13 février 2003, l'Etat se déclare vigilant, mais affiche son indifférence à l'égard de la dispersion probable de la collection Breton. Or, au-delà des déclarations d'intention, ce que nous voulons, c'est la création d'une fondation André Breton au sein de laquelle le musée privé du 42, rue Fontaine pourrait être accueilli.

Nous attendons donc des autorités culturelles qu'elles annoncent avant la vente à l'Hôtel Drouot la création de cette fondation. Sans cela, nous pouvons nous attendre au pire, c'est-à-dire à un démantèlement d'une des œuvres essentielles du surréalisme et à une dispersion dans différentes collections, en France ou à l'étranger.

La rédaction de la revue des Ressources

14 février 2003

http://www.larevuedesressources.org/article.php3?id_article=142

 

 

 

Communiqué du Ministre de la Culture, articles sans Le Monde, dans Le Figaro, émissions de radio (France Inter et France Culture), l´alerte Breton a été entendue suite à notre action engagée en décembre dernier et elle est d´ores et déjà un succès en terme d´audience publique.

 

Cependant, tout cela est encore insuffisant, tant qu´une volonté politique ne s´exprimera pas pour affirmer la nécessité de maintenir ensemble les oeuvres du 42, rue Fontaine et de créer un lieu et une structure pour les accueillir. C´est dans cette perspective politique qu´il faudra agir dans les prochaines semaines, en demandant à l´Etat de prendre ses responsabilités et de ne pas se comporter en spectateur du marché, comme si les enchères avaient déjà eu lieu.

 

Comité André Breton

et remue.net pour coordination

www.remue.

 

"Tout arrive" (en effet)

 

 je vous précise que l'émission "Tout arrive" de vendredi 14 février est
deja en ligne
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/toutarrive
ainsi que sur le site spécial sur la vente Breton
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/dossiers/breton/

 

Stéphan Allègre

 

16 février

 

 

La revue des Ressources crée un dossier sur le thème du musée et des maisons d´écrivain, en soutien à l´action lancée par le Comité Breton. On y trouve notamment un appel en faveur d´une fondation Breton, sous forme de pétition qu´on peut signer en ligne:

 

Aussi une réflexion d´Olivier Cazeneuve, juriste, sur la possibilité d´une fondation pour la sauvegarde du 42, rue Fontaine:

 

et un appel important de Jean Mennecier du Comité Patrimoine & résistance qui s´insurge contre le désengagement de l´Etat de plusieurs musées et collections publiques.

 

 

La presse est souvent loin d´être à la hauteur de l´enjeu que représente la prochaine vente aux enchères de la collection Breton. Elle célèbre parfois "l´événement le plus remarquable de ces dernières années sur le marché de l´art" (Le Point), et cherche des justifications à cette vente dans la vie même du poète (lui qui aimait acheter des oeuvres pour sa propre collection, voire revendre - CQFD).

 

 

On signalera aussi le ton assez méprisant du Figaro à l´égard de notre action aux "2000 signataires - à 95% des agents de l´État, documentalistes et archivistes" - avec de tels articles, Drouot est bien gardé !

Bien sûr, il va sans dire que nous nous sentons honorés d´être massivement soutenus par la profession des documentalistes et archivistes, mais aussi par de nombreux grands noms du monde culturel et artistique... 

http://www.lefigaro.fr/culture/20030214.FIG0064.html

 

 

 

 

Paris capitale du surréalisme

 

Contactés par des élus communistes de la capitale désirant présenter aujourd´hui un texte au Conseil de Paris, nous leur avons proposé de défendre le sauvetage des oeuvres d´André Breton en évoquant la place centrale que représente Paris dans la vie du poète et dans le surréalisme en général en baptisant Paris "capitale du surréalisme".

 

Le texte suivant, à la rédaction duquel nous avons contribué, a pris la forme d´une question écrite adressée ce jour au Ministre de la Culture pour que l´ensemble des oeuvres soit préempté, et qu´une structure puisse les accueillir dans un partenariat entre la Ville et l´Etat.

 

Laurent Margantin

Pour le Comité André Breton

 

   

Madame Nicole Borvo attire l’attention de Monsieur le Ministre de la Culture sur le fait que les collections de l’atelier de la rue Fontaine, dans lequel André Breton a vécu jusqu’à sa mort, devraient être vendues aux enchères en avril prochain. Il s’agit de plusieurs milliers de pièces, objets, tableaux, livres, œuvres diverses, que le poète a réuni sa vie durant et qui sont un témoignage inestimable de l’histoire du surréalisme, notamment à Paris.

Depuis vingt ans sa famille puis de nombreux artistes, écrivains, intellectuels ont essayé de trouver des solutions auprès des pouvoirs publics pour préserver ce patrimoine, en même temps qu’un travail important était réalisé au fil des ans sur les archives. Aujourd’hui le Comité de vigilance qui s’est constitué intervient auprès du Ministre de la Culture pour sauver ces collections.

Certaines pièces sont déjà préservées, ayant fait l’objet de legs d’André Breton lui même, comme sa correspondance à la bibliothèque Jacques Doucet, de donations ou d’achat par des musées.

Mais l’essentiel des collections sera dispersé si les pouvoirs publics ne prennent pas leurs responsabilités vis à vis de ce patrimoine.

André Breton est une des grandes figures littéraires et intellectuelles de Paris, des œuvres comme Les Pas Perdus et Nadja  évoquent avec force notre ville, capitale du surréalisme.

L’Etat doit assurer la sauvegarde de ce patrimoine national.

Il serait souhaitable que ces collections restent dans le domaine public et ne soient pas dispersées. Par conséquent elle lui demande si l’Etat compte prononcer l’interdiction de sortie du territoire des pièces de la collection, et user de son pouvoir de faire reporter la vente.

Il serait également souhaitable qu’une table ronde soit réunie d’urgence à cet effet par l’Etat avec les différents acteurs concernés, pour la recherche d’une solution partenariale, dans laquelle la Ville de Paris serait partie prenante. 

Paris, le 19 février 2003

Nicole Borvo, Sénatrice et Conseillère Communiste de Paris

Présidente du Groupe Communiste Républicain et Citoyen au Sénat

 

 

 

Article de l´Express qui vient de paraître

où l´on apprend que Madonna et Elton John sont intéressés par les enchères à Drouot (ca serait chic, un Magritte au-dessus de la cheminée)

que Breton écrivit son épitaphe "Je cherche l´or du temps" en prévoyant ces enchères (tout s´explique, chez les marchands)

que les politiques ont été bien nonchalants

 

que:

 

Pendant des semaines, des camions blindés ont convoyé ces milliers de trésors du 42, rue Fontaine en Mayenne, où ils ont été numérisés en vue du DVD. Puis, une fois expertisés, toiles, sculptures, livres et manuscrits rejoignent les hangars d'un transitaire parisien, en attendant la vente. «D'une certaine manière, en passant à Drouot, ces objets retournent un peu à leur origine, explique la commissaire-priseur Laurence Calmels, répondant ainsi implicitement aux opposants à la vente. Sa vie durant, Breton a chiné, acheté, revendu. Il a lui-même organisé de célèbres enchères à Drouot, notamment en 1931, avec Eluard

 

La belle époque, on vous dit !

 

http://livres.lexpress.fr/dossiers.asp/idC=6226/idR=4/idG

 

 

 

 

"le scandale croît autour de la prochaine vente Breton"

 

article important de Philippe Dagen dans le Monde daté du 21 février

 

Le surréalisme contre l'aliénation

Une exposition à la Tate Modern de Londres, suivie de l'exposition "La révolution surréaliste" à Beaubourg, reprise ensuite à Düsseldorf, et pour chacune des succès considérables : l'année dernière a été faste pour le surréalisme. Elle l'a été d'autant plus qu'ont aussi eu lieu des rétrospectives qui, de Giacometti à Zurich à Toyen à Saint-Etienne, ont contribué à préciser son histoire.

   

 

La tendance se maintient : le Jeu de paume célèbre Magritte, en attendant que Miro prenne possession du dernier étage de Beaubourg. Elle est aussi nette dans le champ de l'édition et de l'histoire de l'art.

Après un passage à vide de près d'un quart de siècle – peu d'ouvrages importants parus, peu de recherches novatrices entreprises –, le surréalisme captive à nouveau : celui de l'entre-deux-guerres évidemment, mais aussi celui de l'après-45, si longtemps décrié et négligé. Et pas seulement le français : mais aussi le belge, mais aussi le tchèque, qui ont été tout aussi déterminants.

Autre indice de cette faveur retrouvée : le scandale croît autour de la prochaine vente Breton. Lettres ouvertes, pétitions : disperser la collection du poète – le mot collection est du reste bien faible pour désigner cette œuvre en forme d'autoportrait – apparaît à beaucoup comme la victoire de la spéculation mercantile sur l'esprit. Quand, voici une décennie, la collection de Tristan Tzara a été dispersée, l'indignation avait été très discrète. Le surréalisme n'était pas encore alors la référence suprême qu'il est devenu.

Pourquoi ce mouvement ? Parce que l'écoulement du temps fait que l'intérêt devait se porter sur lui presque mécaniquement après avoir considéré les avant-gardes qui l'ont précédé ? Explication insuffisante.

Si une telle mécanique de l'histoire existait, elle aurait dû, avant de s'emparer du surréalisme, porter le cubisme sur le devant de la scène, après avoir ressuscité le fauvisme. Or il ne s'est rien passé de tel et le cubisme, réputé difficile, ne suscite pas un engouement général, loin s'en faut.

Il faut aller chercher plus loin les raisons, ou plutôt plus près : dans l'époque actuelle. Et revenir à Breton. Fondateur et premier théoricien du surréalisme, poète, critique, pamphlétaire, Breton réunit en lui l'écrivain qui crée avec ses mots, le philosophe qui vit pour ses idées, et le citoyen engagé qui n'évite ni la lutte politique ni le combat moral.

Qui, aujourd'hui, en France pourrait prétendre à une telle ampleur de vues, à une telle diversité d'actions, à un tel courage dans la controverse ? Les mouvements littéraires, avec manifestes, groupes, pétitions et colères ? Ils ont disparu, le marché préférant les auteurs télégéniques et consensuels. Ceux qui vénèrent Breton aujourd'hui – trop ? mal ? peu importe – reconnaissent en lui l'artiste et le penseur complet et libre, aussi indifférent aux honneurs et aux flatteries que le furent Bataille et Sartre. Les "intellectuels" d'aujourd'hui, quand ils ne peuvent se faire nommer ministres, deviennent au moins des vedettes : cela fait une différence.

Or, contre quoi le surréalisme et avant lui le dadaïsme – auquel une grande exposition sera consacrée à Beaubourg en 2005, comme par hasard... – se rebellaient-ils ? Contre le formatage des idées, contre le bourrage de crânes, contre toutes les formes de la propagande, que les pays occidentaux avaient pratiqués jusqu'à la nausée pendant la première guerre mondiale. Que refusaient-ils ?

FIDÈLES À EUX-MÊMES

Les mensonges patriotiques, les conformismes confortables, les loisirs programmés. Poètes et peintres défendaient, dans leur création, leur individu, leur absolue singularité, celle de leurs émotions, de leurs rêves, de leurs désirs.

Ils se souciaient peu d'être compris, encore moins d'être vendus. Ils n'aspiraient qu'à être fidèles à eux-mêmes. Par leurs créations, par leur exemple, ils incitaient leurs contemporains à se dégager à leur tour des habitudes collectives et à ne plus croire aux idées reçues et aux hiérarchies imposées.

Les similitudes, de ce temps au nôtre, sont évidentes – jusqu'aux rhétoriques nationalistes et guerrières. Il n'est même plus nécessaire d'en référer à Debord. La télévision diffuse son imagerie, supposée vraie, et ses divertissements, dits populaires.

C'est donc d'abord la liberté du regard qu'il faut défendre : celle de détourner les yeux, de ne pas s'en tenir aux apparences, de n'être plus superficiel. Breton, Picasso, Magritte, Miro, Ersnt, Picabia sont, en la matière, d'excellents stimulateurs, auxquels bien des artistes d'aujourd'hui – peintres, photographes, cinéastes – se réfèrent, non pour les imiter, mais pour se dégager de la pesanteur actuelle.

Dans quelles images baigne l'époque ? Dans celles, poisseuses, de la "télé-réalité", duplication aggravée de la trivialité, sans aucun ailleurs imaginable. Nous vivons sous la loi de l'immédiateté et de la proximité : au plus près des choses, au plus près du quotidien – de ce quotidien dont le surréalisme savait s'émanciper, de ces habitudes dont il savait s'affranchir. C'est là, aujourd'hui, son premier mérite : il montre comment prendre de la distance, le long de la ligne de fuite où filer.

On connaît le risque de la vogue surréaliste actuelle : que le mouvement, sacralisé par le musée, soit réduit à d'admirables œuvres d'art et que l'on oublie l'essentiel, sa fureur. Et que, objet de commerce et de profit, il ne soit plus que placements : le destin de la collection Breton a valeur d'avertissement sinistre. Mais la passion qu'elle suscite a, pour l'heure, quelque chose de réconfortant : l'aliénation et l'amnésie n'ont pas gagné la partie. Pas encore, en tout cas.

Philippe Dagen

 

 

Paris An 2003

 

En 1967, le poète Henri Gougaud écrivait pour Ferrat la
chanson "Paris an 2000" désespérément prémonitoire:

Des cages s'ouvrent sur des cages
Il y a dans l'air comme un naufrage
Un coeur quelque part ne bat plus
Paris
Un coeur quelque part ne bat plus
Paris

Nous n'irons plus flâner aux Halles
Au petit jour à peine pâle
Nous ne vous tendrons plus la main
André Breton, Apollinaire
Poètes de la ville lumière
Paris magique s'est éteint
Couleur de fer coule la Seine
Quelle injure crient tes sirènes
Capitale prostituée
Quand nos regards sans transparence
Noyés dans des tonnes d'essence
Pleurent des larmes polluées


Par ailleurs, Télérama consacre un article à la grande
braderie Breton et à l'appel dans son numéro de cette semaine.

Jean Villerd
étudiant, Montpellier



Rue Jean-Jacques Aillagon

 

Par mégarde c'est le premier brouillon et pas la version corrigé du texte de Wieland Grommes qui s'est glissée dans la liste la semaine passée, voici la version définitive

 

Je ne croyais  ni mes yeux, ni mes méninges en lisant le "communiqué
de presse" à propos de l'affaire BRETON, signé par (l'entourage d') un nommé
Jean-Jaques Aillagon, "Ministre de la Culture (sic)". Ce texte dépasse -- de
loin -- tous les "manifestes surréalistes" d'antan et les textes les plus
provocs sortis des machines à taper de Guy Debord et d'autres "lettristes
internationaux" de jadis (sans parler des célèbres actions "punk" des
"Sexpistols" contre l'image publique de la reine d'Angleterre"), de sorte
que, dorénavant, toute anthologie ou monographie sur le SURRÉALISME serait
incomplète sans citer ce "communiqué de presse", et, bien sûr, le superbe
texte "En réponse à M. Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture".

 

Dorénavant, l'importance historique de l'initiative louable de l' "appel
Breton" est confirmée par le fait qu'elle a réussi (au moins -- et ceci est
déjà énorme !) à provoquer l'exhibitionnisme, la mise à nu de ce que le
gouvernement francais pense sur la "culture" et le "patrimoine". Ceci
confirme surtout aussi le fait que nous ne vivons pas seulement dans une époque dite "post-moderne", prétendument "post-industrielle" (ce qui n'est PAS le cas!), mais surtout (et ceci est le cas!) dans une époque "post-démocratique" et, par conséquent, "post-culturelle" comme le disait, depuis des années, l'auteur (anti-)américain et lucide Gore Vidal.

 

Ce "communiqué de presse" gouvernemental semble confirmer également ce qu'un ami prof du département "esthétique et communication interculturelles" de je ne me rappelle plus quelle université allemande, que j'ai voulu recruter
comme co-signataire de l' "appel Breton", me disait à peu près:
"L'éparpillement, la vente ou la destruction du patrimoine Breton est sans
aucune importance ni danger pour le SURRÉALISME, parce que celui-ci sera
toujours vivant, et aussi du fait que nous ne vivons plus dans l'époque ou
on s'occupe de la conservation du patrimoine "réel" mais dans celle où on
la transforme en "information virtuelle" accessible pour tous sur le plan
mondial via Internet -- ou bien, à la rigueur, on la range, la "centralise" ou l'éloigne, de facon documentalisée dans les musées."

Quelle ne fut ma surprise de lire -- pourvu qu´il ne s'agisse pas d'une blague méchante ! -- des propos presqu' identiques dans ce "communiqué de presse".

 

Donc, qu'est-ce qu'on pourrait faire en faveur de Breton en détail et du
Surréalisme en général ? Deux mesures s'imposent en tout cas tout spontanément: 

À mon avis il serait "en phase" à la fois avec la ligne gouvernementale et
avec l'esprit SURRÉALISTE

a) de rebaptiser d'urgence la rue FONTAINE en avenue (ou boulevard) JEAN-JACQUES AILLAGON, avec, en dessous, l'explication habituelle: "Ministre de la Culture de ... à ..." 

b) de fixer dès maintenant et définitivement la date pour inaugurer publiquement, dans disons 100, 150 ou 200 ans, à l'endroit du MacDonalds, de la banque ou du parking qui remplacera la maison de Breton après sa démolition, une plaque commémorative indiquant qu'ici se trouvait jadis, au 3e étage, de ... à ... le célèbre appartement d'André Breton, surréaliste, démoli en ...

En tout cas, après avoir lu avec passion (pour l'évolution des commentaires et du nombre des signataires) et avec horreur (face à la menace de l'éparpillement du patrimoine de Breton conservé pour l'instant encore dans la rue Fontaine) tant de réactions internationales réunies par l' "appel Breton",

je ne peux que signer, d'urgence, moi aussi 

(si on ne l'a pas encore fait pour moi)

Wieland Grommes,
traducteur littéraire et peintre à Munich
dramaturge dans le "Groupe 33" à Bordeaux

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