ACCUEIL    SOMMAIRE    LES AUTEURS    RÉCITS    POÈMES
   RECHERCHES   ARTS PLASTIQUES  THEMES     INFORMATIONS    LIENS

 

 

Retour page Breton

André Breton vivant... un appel (suite)

 

Pas de réaction du ministère de la Culture à notre appel du 8 février,

mais nous continuons:

 

Bonne nouvelle,
le voeu vient d'être adopté intégralement et à l'unanimité du conseil de
Paris, y compris par les groupes UMP et UDF. Cela s'est d'ailleurs fait avec
le soutien actif de Christophe Girard, adjoint du Maire de Paris Chargé de
la Culture.
Les différents intervenants ont souligné l'importance de garder l'unité de
l'ensemble, et aussi celle d'aller vite, vu l'imminence de la menace. Le
Maire de Paris va intervenir très vite auprès du Ministre de la Culture dans
ce sens.
Seule la dernière phrase a été un peu modifiée mais sans que cela pose
problème; je vous joins le texte définitif.
amicalement
Catherine Gégout


 

Conseil de Paris des 24 et 25 février 2003

Vœu déposé par Catherine Gégout, Nicole Borvo

et les élus communistes

pour la sauvegarde des collections d’André Breton

 

(adopté à l’unanimité du Conseil de Paris le 25 février)

 

Les collections de l’atelier de la rue Fontaine, dans lequel André Breton a vécu jusqu’à sa mort, devraient être vendues aux enchères en avril prochain. Il s’agit de plusieurs milliers de pièces, objets, tableaux, livres, œuvres diverses, que le poète a réunies sa vie durant et qui sont un témoignage inestimable de l’histoire du surréalisme, notamment à Paris.

Depuis vingt ans sa famille puis de nombreux artistes, écrivains, intellectuels ont essayé de trouver des solutions auprès des pouvoirs publics pour préserver ce patrimoine, en même temps qu’un travail important était réalisé au fil des ans sur les archives. Aujourd’hui le Comité de vigilance qui s’est constitué intervient auprès du Ministre de la Culture pour sauver ces collections.

 Certaines pièces sont déjà préservées,  ayant fait l’objet de legs d’André Breton lui même, comme sa correspondance à la bibliothèque Jacques Doucet, de donations ou d’achat par des musées.

 Mais l’essentiel des collections sera dispersé si les pouvoirs publics ne prennent pas leurs responsabilités vis à vis de ce patrimoine.

 André Breton est une des grandes figures littéraires et intellectuelles de Paris, des œuvres comme Les Pas Perdus et Nadja  évoquent avec force notre ville, capitale du surréalisme.

 La Ville de Paris, qui s’est mobilisée dès qu’elle a eu connaissance du projet de vente, ne peut pas se substituer à l’Etat dans la sauvegarde de ce patrimoine national, mais elle se doit d’y contribuer.

Aussi le Conseil de Paris émet le vœu que le Maire de Paris s’adresse au Ministre de la Culture pour que ces collections restent dans le domaine public et ne soient pas dispersées. Il demande :

- que l’Etat prononce l’interdiction de sortie du territoire des pièces de la collection, et use de son pouvoir de faire reporter la vente,

- qu’une table ronde soit réunie d’urgence à cet effet par l’Etat avec les différents acteurs concernés pour la recherche d’une solution, car il s’agit d’un patrimoine national à caractère universel.

 

 

27 février, suite au décès de Maurice Blanchot

 

 

Chercher ce que, tous, nous devons à André Breton, ce que lui doivent peut-être surtout ceux qui, restant en dehors du mouvement, se sont donné l´illusion de le retrouver par un autre chemin, serait une tâche plus facile et presque heureuse dans le malheur, car reconnaître ce qui fut, faire acte de reconnaissance, c´est prolonger en présent le passé qui bientôt sera, dans la mémoire même, sans souvenir. Ce serait aussi rendre à nouveau possibles les rencontres toujours bouleversantes, évoquer la correspondance sans ombre et reconduire dans la lumière l´entente que, tout en lui gardant le sens le plus étendu, les circonstances, à partir de 1958, pour ne parler que de la proche histoire, spécifièrent en entente politique (il faut bien rappeler que l´opposition d´André Breton à de Gaulle, à son régime, à tout ce que représente ce régime et à tous ceux qui tiennent à ce régime de près ou de loin, a été immédiate, sans restriction comme sans lassitude - jusqu´à la fin).

Le surréalisme fut unique en Breton, dans la mesure où celui-ci le produisit au jour, lui prêta la vérité passionnée d´une existence, le fit commencer sans origine, d´une manière vivante, comme une vie commence (quand commence-t-elle ?), liée à une époque, à ce pouvoir de suspens et d´interruption qui fait de l´époque moins ce qui dure que l´intervalle déréglant la durée. En ce sens seulement, le surréalisme est un phénomène d´époque. Par lui, quelque chose s´est interrompu. Il y eut un hiatus, une césure d´histoire: le désarrangement en tout sens, le désarroi, que la négation est incapable de définir (d´où l´impossibilité de donner, comme on le voudrait par fatigue, par paresse, la prépondérance au dadaisme) et qui cependant ne s´accorde avec aucune affirmation prête à devenir loi, institution, fermeté proférable.

 

Maurice Blanchot, Le demain joueur

 

NRF, 172, 1er avril 1967

 

2 mars 2003

 

 

ci-joint la position adoptée par le Collectif national des poètes de Clarté-Poésie qui va immédiatement relancer le chef de cabinet de JJ Aillagon dès ce lundi ou mardi pour une entrevue.

Mes amitiés en poésie.

 

Alain Castets

 

 

Adresse à M. Jacques Chirac, Président de la République, à M. Jean-Jacques Aillagon, Ministre de la Culture et de la Communication et à M. Bertrand Delanoë, Maire de la ville de Paris.

Communiqué à l’AFP et à 250 groupements poétiques.

Le Surréalisme n’est pas à vendre !

L’immense « collection André Breton » doit être préservée de toute urgence par l’Etat, le Ministère de la Culture et la Ville de Paris !

                                                                             Je suis un des rouages les plus délicats de l’amour terrestre

                         Et l’amour terrestre cache les autres amours

                                                André Breton (Clair de Terre)

 La « collection André Breton » n’est pas une accumulation d’objets comme les autres : elle structure l’émergence et le déploiement de l’esprit du surréalisme. C’est un fait incontestable : le surréalisme  reste l’un des ferments les plus puissants de l’aventure poétique et artistique contemporaine, universelle. Son message demeure brûlant : contre la morne loi de la logique, contre l’oppression et l’injustice au quotidien, contre la misère et la veulerie des égoïsmes, il lève le drapeau du rêve, de la liberté, de l’insoumission, de la merveille et de l’amour fou. La « collection André Breton » est une carte au trésor pour conquérir et redimensionner l’être sensible tout entier. A Arthur Rimbaud qui s’écrie  « Nous ne sommes pas au monde », André Breton répond « Tout paradis n’est pas perdu ».

 La mise en pièces de la « collection André Breton », au mois d’avril prochain,  par une mise aux enchères internationale, signifierait la destruction irréparable d’un « site humain », d’une alchimie et d’une architecture humaines dont la lumière, « le rayon vert », n’a pas encore donné toute sa mesure. Le Collectif national des poètes de Clarté-Poésie – dont la défense du patrimoine poétique vivant constitue l’un des 8 plans d’action de sa Charte déposée en janvier chez le Ministre de la Culture, appuie les nombreuses initiatives dans le même sens, comme celle du Comité André Breton avec sa pétition, ou la prise de position unanime du Conseil de Paris avec son Maire, le 25 février 2003.

Au nom du présent et des générations futures, le Collectif national s’adresse solennellement à Monsieur Jacques Chirac,  Chef de l’Etat , à Monsieur Jean-Jacques Aillagon, Ministre de la Culture, et à Monsieur  Bertrand Delanoë, Maire de la Ville de Paris, pour qu’ils prennent les mesures immédiates qui s’imposent :

       -          la suspension de la mise aux enchères de cet immense acquis humain ;

-          le rachat des éléments menacés de dispersion ;

-          l’acquisition à Paris d’un lieu accueillant qui rassemble cette « collection » au bénéfice de tous.        

Il appelle les groupements poétiques, durant ce Printemps des Poètes, à faire connaître ce communiqué, à prendre des initiatives dans ce sens comme à défendre tous ensemble notre bien commun, la poésie.

Le Collectif national des poètes de Clarté-Poésie  ( 26 février 2002, à l’unanimité) : Louisa AMICHE, Emmanuel BERLAND, Jean-François BLAVIN, Pierre BLONDEL, Alain CASTETS, Joël CONTE, Christophe DAUPHIN, Pierrick DE CHERMONT, Jean-Pierre DESTHUILLIERS, Jean HAUTEPIERRE, Vital HEURTEBIZE, Isabelle JOUSSEAUME, Serge LAPISSE, Jean-Luc MAXENCE, Jean-Pierre MERCIER, François MONTMANEIX, Bernard RIVIERE, Thierry SAJAT, Jacques SIMONOMIS, Yves TARANTIK, René VARENNES, Cédric YOLE

 Clarté-poésie  Lettre n° 12 (Comité de Liaison des Associations, Revues eT Editeurs de poésie  - 94 groupements poétiques -  LGR, 23, rue Racine – 75006  Paris  -T : 01 43 26 97 24    Mèl :clarte.poesie@laposte.net –  http://helices.poesie.free.fr/clarte.htm

 

 

Déclaration du 2 mars, Comité André Breton

 

 

Le gâchis se confirme...

Nous transmettons ci après, aux 2500 signataires de l’appel Breton, l’enquête parue dans l’Express de la semaine dernière.

Cet article rend bien compte des différentes tentatives de la famille d’André Breton de sauvegarder l’intégralité de la collection, et de la réticence qu’avait Elisa Breton à une dispersion aux enchères, motif pour lequel la solution privée d’un rachat par la fondation Pinault à Boulogne Billancourt avait été refusé (le groupe Pinault possédant aussi Christie).

L’article rend très bien compte aussi, comme l’a fait Michèle Champenois dans Le Monde (article transmis à parution) de la richesse patrimoniale unique de cet ensemble. Il symbolise, bien au-delà d’André breton, une mutation décisive de notre histoire littéraire, en prise avec les plus grands traumatismes du siècle: nous ne sommes pas encore en position d’en juger. Mais, dans un mois, il sera trop tard. La chance unique d’un tel dépôt de mémoire ne s’est jamais produite dans notre histoire littéraire: souvenons-nous de Spoelberch de Loewenjoul rachetant aux poissonniers les manuscrits et épreuves de Balzac dispersés par sa veuve. Et les “sommeils” de Desnos, qui vont aussi être vendus aux enchères, est-ce que ce n’est pas faire à nouveau mourir Desnos après le camp? De Lautréamont et de Rimbaud, que, plus que n’importe qui d’autre, André Breton a inséré de force dans notre histoire littéraire, nous n’avons rien: pour une fois que cette mémoire existe, voilà qu’on se glorifie qu’elle soit un événement majeur du commerce de l’art.

“La culture ne doit pas plier devant le commerce”, claironnait officiellement Jacques Chirac devant l’Unesco il y a moins de 3 semaines... Mais quand 2500 personnes, dont des dizaines d’écrivains, philosophes, artistes, des dizaines d’universitaires, des éditeurs, des dizaines de conservateurs de bibliothèques, signent solidairement leur peine à voir se disperser un tel trésor, alors que les solutions techniques existent pour la garder dans son intégralité, ni le président de la République ni le ministre de la culture ne semblent disposer d’un timbre poste pour nous en accuser réception.

Il reste un mois pour une décision politique. Elle est symbolique, elle ne coûtera pas un centime à l’état. Cette décision ne lèsera pas d’un euro les proches d’André Breton: décréter simplement cette collection, dans son ensemble, comme “trésor national”.

Nous sommes près de 2700 signataires de l’appel. Assez pour des actions très fortes, quand cette vente s’ouvrira sous les yeux du monde entier, quand la France bradera publiquement son patrimoine aux enchères dans l’événement présenté sur tous les sites d’art internationaux comme “’l’événement de l’année”.

Il reste un mois à l’état pour cette décision, et garder la tête haute. Le relais par une fondation, un musée, ou une gestion commune par les fonds publics pourra être envisagé sereinement dans un second temps.

Lisez l’enquête ci après: quoi donc, dans la collection Breton, bénéficiera des généreuses enchères de Madonna et d’Elton John? Quoi donc s’en ira dans les musées des villes pétrolières du Texas? On nous a taxés de “franchouillards”, non: du monde entier des centaines d’écrivains, universitaires, artistes étrangers nous ont dit et redit, à la lecture de notre appel, que pour eux “Paris était la capitale du surréalisme”. Le “voeu” récemment exprimé à l’unanimité par le conseil de Paris le souligne aussi: cette collection doit rester à Paris, et préservée dans son intégralité, qui seule lui donne sa valeur de mémoire collective, d’image d’ensemble de la quête du surréalisme.

Desnos ne doit pas mourir une seconde fois.

Lisez l’article ci-après : le galet du Lot, des lecteurs de Saint-Cirq avaient déjà proposé, il y a plus d’un mois,  qu’il soit rendu à sa rivière. Aujourd’hui, même ce simple galet, élu pour ses correspondances avec les autres objets intercesseurs, est évalué de façon marchande.

C’est un avertissement que nous souhaitons lancer aujourd’hui au ministre de la culture, silencieux depuis le communiqué officiel de résignation qui a suivi l’envoi de nos signatures, et malgré les protestations qui se multiplient. Nous ne laisserons pas faire ce dépeçage dans la sérénité de l’argent roi.

L’anagramme proposé par Didier Daeninckx: ANDRE BRETON, TE BRADER NON, c’est notre résolution. Justement parce que ce monde est aux prises avec des soucis plus graves, la littérature, et celle-ci en particulier, née de l’onde de choc d’une guerre mondiale atroce, est une arme et un recours nécessaire. Les surréalistes ont toujours fondé ici leur questionnement. Pouvoir relire cette aventure dans son contexte, c’est un devoir pour nous de le permettre à ceux qui viendront après nous: c’est pour cela aussi que nous ne céderons pas quant à ce dépeçage.

Nous demandons solennellement aux autorités françaises de proclamer, avant le 1er avril prochain, l’interdit de sortie du territoire pour l’ensemble de la collection Breton, et son classement comme trésor national pour empêcher sa dispersion.

Mathieu Bénézet, François Bon, Laurent Margantin
http://remue.net/litt/breton_01.html
mailto:appel_breton@remue.net

Vous pouvez bien sûr faire circuler ce message, où le faire suivre, toute cette journée de lundi, à l’attention de M. le ministre de la Culture à l’adresse mail suivante: mailto:atelier-internet.dic@culture.gouv.fr


souscription

 

Pour la publication de l’appel dans la presse nationale, dans les dix jours à venir, chaque chèque offre quelques millimètres carrés. Merci à tous ceux qui ont déjà contribué. Chèques à transmettre avec mention “appel Breton” à l’ordre de remue.net association, BP 145 – 37 541 Saint-Cyr sur Loire Cedex. Le point début de semaine.



Collection André breton: l’enquête de l’Express

 

Histoire secrète d’une vente surréaliste”
note : sous-titres par remue.net
 

« Palais idéal du surréalisme »

En ce jour d'hiver de 1989, la voiture de François Mitterrand s'arrête devant le 42, rue Fontaine, à deux pas de la place Blanche et du Moulin-Rouge. Les gardes du corps se postent discrètement dans le minuscule escalier. Le président s'engouffre dans le long couloir, traverse une cour sombre et monte au « deuxième étage et demi », où André Breton a vécu de 1922 jusqu'à sa mort, à 70 ans, en 1966. Quand la porte s'ouvre, François Mitterrand est projeté dans un atelier féerique: une toile de Miro voisine avec une collection de moules à gaufre, un masque esquimau avec les ¦uvres complètes de Trotski (dédicacées, bien sûr), un nu de Magritte avec des bénitiers du XVIIIe siècle, un fétiche de Nouvelle-Guinée avec une photographie en noir et blanc de Man Ray.

C'est Elisa, la dernière épouse du poète, qui accueille Mitterrand. Cette très discrète visite présidentielle constitue l'ultime tentative de sauver cet atelier unique au monde. Elisa Breton rêve d'un musée, d'une fondation. Le président, qui goûte plus la longue phrase provinciale de Chardonne que les fantaisies surréalistes, s'attarde peu sur les rayons de la bibliothèque. En revanche, son oeil est attiré par un portrait d'Elisa, photographiée aux Etats-Unis dans les années 1940. Plus don juan que jamais, le président s'extasie sur les traits de la jeune femme. Puis, un peu dérouté par cet appartement qui tient autant du musée dada que du cabinet de curiosités, il prend congé. Il ne donnera jamais suite. Le 9 novembre 1988, d'anciens surréalistes proches de Breton lui avaient fait parvenir un dossier complet sur les richesses du 42, rue Fontaine, via Béatrice Marre, son chef de cabinet. Eux aussi se sont heurtés à un silence poli. Le « Palais idéal du surréalisme » auquel ils rêvent ne verra jamais le jour.

Quinze ans plus tard, Elisa disparue, le musée Breton toujours au point mort, Aube, la fille du poète, a dû se résoudre à une douloureuse extrémité: la dispersion totale des trésors de la collection André Breton, pour ce qui s'annonce déjà comme la plus incroyable vente aux enchères jamais organisée à Paris. Du 1er au 18 avril, l'hôtel Drouot va se transformer en temple du surréalisme: 4 100 lots - comprenant 3 500 livres, 800 manuscrits, 1500 photographies, 400 tableaux et dessins... - exposés dans 9 salles, 22 sessions de vente organisées en duplex dans deux grands espaces pouvant accueillir 1000 amateurs, une trentaine de téléphones pour relayer les enchères venues du monde entier, un catalogue en 8 volumes et un produit total prudemment évalué à 30 millions d'euros...

afin que les riches collectionneurs puissent surenchérir

 

Aucun détail da été négligé par les commissaires-priseurs, Mes Laurence Calmels et Cyrille Cohen, assistés d'une équipe d'une vingtaine de personnes et, surtout, de neufs experts plongés depuis des mois dans les trésors du 42, rue Fontaine : les murs de la salle de bains de Breton, tapissés d'une centaine de bénitiers, seront reconstitués à Drouot; certaines ventes de photographies auront lieu en nocturne à Paris, afin que les riches collectionneurs américains de la côte Ouest puissent surenchérir (nombre d'artistes, tels Madonna, Tom Hanks ou Elton John, pourraient être intéressés) ; enfin, un DVD rassemblant 25 000 clichés - la moindre dédicace au dos d'un tableau ou annotation de la main de Breton dans un livre y figurent - proposera aux amateurs une visite virtuelle de l'atelier du père du surréalisme.

Mais, au-delà de cette dimension hollywoodienne, c'est évidemment la richesse unique des pièces présentées qui stupéfie. Collectionneurs et musées vont se disputer Le Piège, de Miro (estimation: de 3 à 5 millions d'euros), La Femme cachée, de Magritte (de 500 000 à 800 000 E), un portrait de Duchamp par Man Ray (25 000 E) ou le manuscrit d’Arcane 17, signé Breton (texte à droite, objets glanés par l'auteur à gauche, sous reliure en peau de morue beige, 150 000 E). Les amoureux de l'aventure surréaliste devraient s'arracher revues (une collection complète de Littérature pour 25 000 E), tracts, comptes rendus de rêves et cadavres exquis griffonnés par Eluard, Desnos ou Dali, et méticuleusement conservés dans des cartons sur les étagères de l'atelier. Enfin, les amateurs de curiosités se disputeront le thème astral de Rimbaud dressé par Breton, sa boule de voyante, sa collection de moules à hosties, une boîte de papillons et même une carapace de pangolin...


Mais cette dispersion à l'encan d'un pan essentiel de la vie artistique du XXe siècle n'est pas du goût de tout le monde. Une pétition circule sur le Net pour déplorer cette vente qui marque la fin brutale du magique atelier de la rue Fontaine. « L’appartement de Breton était une oeuvre d'art en soi, qui valait par ses juxtapositions surprenantes, son savant désordre, son esprit unique au monde », soupirent les signataires. «Bien sûr, dans ces 80 mètres carrés envahis par des milliers d'objets, on aurait peut-être pu créer un musée à la Raymond Roussel, réservé à un seul visiteur à la fois », ironise Jean-Michel Goutier, ancien surréaliste proche de Breton puis de sa fille, Aube. Difficulté supplémentaire : Breton n'était que locataire de cet appartement. Or, il y a quelques années, le propriétaire a fait fracturer la porte en présence d'un huissier pour constater qu'il était inoccupé, Elisa l'ayant quitté en 1999. Masques esquimaux inestimables, toiles de Picabia, manuscrits de Desnos et toutes ces pièces patiemment amassées au fil de décennies auraient pu se volatiliser, si la gardienne n'avait appelé à la rescousse Jean-Michel Goutier. Lé bail « loi de 48 » fut revu à la hausse, le propriétaire, calmé. Mais qui savait que derrière la banale porte d'un appartement inhabité du quartier de Pigalle se cachait une fabuleuse collection, aujourd'hui évaluée à 200 millions de francs ? Tout juste Elisa avait-elle veillé à effacer le nom d'André Breton sur la sonnette...

chaque année, Elisa refuse

 

Faute de ce musée impossible, Elisa et Aube Breton ont longtemps rêvé d'une fondation qui accueillerait les archives de la rue Fontaine. Aidées par d'anciens surréalistes regroupés dans l'association Actual, présidée par l'écrivain Jean Schuster, elles ont multiplié les démarches auprès des pouvoirs publics. Au début des années 1980, les deux femmes ont trouvé un partisan inattendu de la révolution surréaliste en la personne du... ministre de l'Intérieur, Gaston Defferre. Dans sa jeunesse, le maire de Marseille s'était en effet entiché de Breton, de Dali et d'Aragon, au point qu'après sa mort, en ouvrant son coffre à la banque, on eut la surprise d'y découvrir deux numéros de La Révolution surréaliste. Le ministre de François Mitterrand a notamment permis à Actual de bénéficier de subventions de FUAR De son côté, Roland Dumas appuyait les demandes de crédit auprès du ministère de la Culture. Jack Lang s'est d'ailleurs déplacé en personne au 42, rue Fontaine. « Tout ceci doit rester dans notre patrimoine! » s'est-il écrié, enthousiaste comme à son habitude. Le virevoltant ministre a promis l'appui de l'Etat. Sans grand résultat concret. On comprend la stupéfaction des proches de Breton lorsqu'ils découvrirent que Lang avait écrit personnellement à son successeur à la Culture, Jean-Jacques Aillagon, le 10 février, pour le mettre solennellement en garde: « Vous ne pouvez pas laisser faire cela »...

Dès lors, les pouvoirs publics ayant abdiqué, collectionneurs privés et institutions étrangères entrent en scène. «La pression était énorme, nous étions dans une citadelle assiégée », se souvient Jean-Michel Goutier. Ainsi, chaque année, l'honorable représentant du Harry Ransoin Humanities Research Center de l'université d'Austin, au Texas, invite Elisa dans un grand restaurant parisien. Chaque année, au moment du café, l’Américain propose de racheter la totalité des archives d'André Breton. Et, chaque année, Elisa refuse. Elle ne peut imaginer ces témoins uniques de l'aventure surréaliste atterrir au Texas, si loin du Paris célébré par Aragon, Eluard et Tanguy.


Mais des amateurs français se manifestent également. Daniel Filipacchi, le célèbre propriétaire de Paris Match, qui passe pour l'un des plus grands collectionneurs d'art surréaliste européen, propose de créer une fondation, dans un hôtel particulier du Marais, à Paris. Le projet avorte, faute de crédits pour payer les frais de fonctionnement. Et puis les héritiers commencent à douter, après les remous judiciaires autour des fondations Vasarely, Arp ou Giacometti. La dernière proposition sérieuse émane de François Pinault. Au cours d'une visite au 42, rue Fontaine, voilà trois ans, le propriétaire du Printemps propose à Elisa rien de moins que de racheter la totalité de la collection. Il souhaite l'intégrer à son projet de musée sur l'île Seguin, dans les anciennes usines Renault. Là encore, la veuve d'André Breton, décidément très prudente, refuse, craignant, semble-t-il, que Pinault, propriétaire de Christie's, ne soit tenté de revendre plus tard une partie des pièces via cette salle des ventes plus british que Drouot,
 

A la mort d'Elisa, en 2000, Aube hérite donc de la collection. A 67 ans, cette ancienne assistante sociale, également reconnue dans le milieu de l'art pour ses collages, s'entoure d'experts et entame l'inventaire de ce précieux capharnaüm. « J'ai découvert des chefs-d'¦uvre sous le canapé ou dans des cartons, sourit le grand expert du surréalisme Marcel Fleiss. J'ai par exemple retrouvé, roulée sur la mezzanine, une toile de Mallo que l'on croyait disparue depuis 1936. La partie visible à l'oeil nu ne représentait peut-être qu'un dixième de la collection. » En affinant son expertise en vue de la vente, Marcel Fleiss aura la surprise de détecter trois faux, lesquels auraient donc abusé l'un des plus clairvoyants esthètes du siècle : une aquarelle de Rodin, un Douanier Rousseau et Jupiter et Sémélé, de Gustave Moreau. Ils seront évidemment proposés à la vente en tant que tels. L’un des chefs d'oeuvre de la collection, La Femme cachée, de Magritte, présente, elle, quelques craquelures, André Breton ayant eu un jour l'idée saugrenue de la savonner pour lui redonner son lustre. Estimation : entre 500 000 et 800 000 £ tout de même...

des dizaines de Photomaton de Breton, Max Ernst, Tanguy.. proposés par lots de 10 à la vente

 

Quant aux tiroirs, ils regorgent de photos d'époque. « Il y avait des albums de photos comme chez n’importe qui, sauf que les amis qui y figuraient étaient Tristan Tzara et Paul Eluard et que le photographe s'appelait Man Ray», s'amuse l'expert David Fleiss. Certaines de ces photos de famille, souvent annotées de la main de l'artiste, sont estimées à plus de 20 000 euros aujourd'hui. L’expert a également exhumé des dizaines de Photomaton de Breton, Max Ernst, Tanguy.. Ils seront proposés par lots de 10 à la vente, aux alentours de 500 E.

 
De son côté, l'expert Alain de Monbrison se perd dans la jungle de statuettes océaniennes, amérindiennes ou africaines. Une statue Uli de Nouvelle-Irlande, haute de 1,20 mètre (estimée à 600 000 f), voisine, en un joyeux télescopage, avec des poupées Kachina des Hopi d'Arizona' des fétiches de Nouvelle-Guinée ou un masque esquimau dAkasta (le Soleil) ceint de huit plumes (125 000 f). Doté d'un goût très sûr et souvent avant-gardiste, Breton a acheté nombre de ces chefs-d'¦uvre pendant la guerre au musée Haye de New York, avec Claude Lévi-Strauss (qui a d'ailleurs tenu à manifester son soutien à la vente, dans une récente lettre à Aube).

Combien vaut la boule de voyante ? La courbe démographique de la Suède en trois dimensions sous verre ?

 

Mais la tâche la plus surréaliste revient à Henri-Claude Randier, à qui il appartient d'expertiser, notamment, les moules à gaufre, les bénitiers, les canne6 de poilus, les coquillages du poète, etc. « Combien vaut la boule de voyante ? La courbe démographique de la Suède en trois dimensions sous verre ? Un fossile d'oursin ?Autant se demander quel est le prix du merveilleux », lâche l'expert, amusé et perplexe...

 
Et puis, il y a la bibliothèque... «Tous les auteurs qui ont compté au XXe siècle lui ont envoyé leurs oeuvres dédicacées, de Freud à Gracq, d'Apollinaire à Miller », détaille l'expert Claude Oterelo. Des murs de livres, rangés sur deux épaisseurs, classés par thème (les utopistes, les romans noirs, les pamphlets contre Staline ... ) et souvent frappés de son ex-libris (un tamanoir gravé par Dali). Entre Qu'est-ce que le surréalisme ~ de Breton lui-même, illustré d'une gouache de Magritte (estimation : 125 000 euros) et des éditions originales de Rimbaud ou de Lewis Carroll, l'expert a eu la surprise amusée de tomber sur Arrête ton char, Ben Hur, respectueusement dédicacé au père du surréalisme par l'auteur de polars Ange Bastiani...


Mais l'émerveillement suscité par l'inventaire cède vite la place à des considérations plus terre à terre : le calcul des droits de succession à l'Etat. Pour perpétuer l'esprit du 42, rue Fontaine, Aube tient à offrir en dation au musée d'Art moderne du Centre Pompidou non quelques oeuvres disparates mais... un pan entier de mur. Elle choisit le fameux mur situé derrière le bureau de son père, véritable ¦uvre d'art mouvante, modifiée au gré des engouements et des acquisitions. On peut y découvrir, autour d'un portrait d'Elisa, une tête signée Miro, LHOOQ, de Francis Picabia, des masques précolombiens, mais aussi des objets trouvés, une racine, des minéraux... Un véritable casse-tête pour les fonctionnaires de Bercy chargés d'évaluer ce patchwork dada. A combien estimer, par exemple, une pierre ramassée à Saint-Cirq-Lapopie (Lot), dédicacée à Elisa avec cette inscription « Souvenir du Paradis terrestre » ?

Bercy a même dû affréter un avion spécial

 

Les négociations s'engagent avec Laurent Fabius, alors ministre des Finances, avant d'être momentanément gelées à cause de l'élection présidentielle. Il y a quelques semaines, Bercy a même dû affréter un avion spécial pour permettre à ses experts d'examiner le fameux mur dans un musée de Düsseldorf, où il est actuellement exposé. Longtemps, les hommes de Bercy, perplexes, se sont interrogés sur la valeur réelle de telle racine, de tel minéral... La dation a finalement été conclue le 13 février. Aube devrait, par ailleurs, offrir la Danseuse espagnole, de Miro, un Matta et un Brauner à Beaubourg, et quelques statues et masques au futur musée des arts premiers du quai Branly.

 
La totalité des autres pièces sera vendue à Drouot. Pendant des semaines, des camions blindés ont convoyé ces milliers de trésors du 42, rue Fontaine en Mayenne, où fis ont été numérisés en vue du DVD. Puis, une fois expertisés, toiles, sculptures, livres et manuscrits rejoignent les hangars d'un transitaire parisien, en attendant la vente. « D'une certaine manière, en passant à Drouot, ces objets retournent un peu à leur origine, explique la commissaire-priseur Laurence Calmels, répondant ainsi implicitement aux opposants à la vente. Sa vie durant, Breton a chiné, acheté, revendu. Il a lui-même organisé de célèbres enchères à Drouot, notamment en 193 1, avec Eluard. »


Le fondateur du surréalisme, dont les droits d'auteur sont demeurés dérisoires jusqu'à la parution de Nadja en poche, a d'ailleurs vécu de son goût pour l'art : lorsqu'il se fâche avec Aragon, il file chez un bouquiniste vendre les tirages de luxe de son ancien ami (mais en oublie deux, que l'on retrouvera à la vente) ; pour financer les vacances de sa fille, il se défait, non sans douleur, d'un dessin de Magritte ou d'une statuette de Colombie-Britannique. Ce n’est qu'en 1964, avec la vente au Moderna Museet de Stockholm, pour 250 000 F, du Cerveau de L’Enfant, un splendide De Chirico, qu'il se met définitivement à l'abri du besoin. Qui aurait pu imaginer que sa quête inlassable du rêve et de la beauté allait, quarante ans plus tard, se transfigurer en centaines de millions de francs sous les coups de marteau de deux commissaires-priseurs ? Peut-être le poète lui-même, qui, expert en prémonition, avait laissé graver en épitaphe sur sa tombe « Je cherche l’or du temps ».
 

© L’Express – Jérôme Dupuis

Qui aurait pu imaginer que sa quête inlassable du rêve et de la beauté allait, quarante ans plus tard, se transfigurer en centaines de millions de francs sous les coups de marteau de deux commissaires-priseurs ?

 


3 mars 2003

 

Qu´apprend-on, sur le site du ministère de la Culture ? Qu´une réforme du mécénat et des fondations est en cours, dont le premier objectif est, selon le discours du président de la République le 8 avril 2002, de "libérer l´initiative". Le Premier ministre, peut-on encore lire, a évoqué ce grand projet dans son discours de politique générale du 3 juillet 2002, et des mesures sont proposées qui font l´objet d´un projet de loi qui sera déposé au Parlement ce semestre 2003.

Ces mesures visent à rattraper le retard de la France par rapport à d´autres pays européens ou aux Etats-Unis, et à encourager particuliers et entreprises à s´impliquer davantage dans la création de fondations.

 

Les quatre axes de cette réforme sont:

 

1. Développer le mécénat des particuliers, par un renforcement substantiel des incitations fiscales

2. Favoriser le mécénat des entreprises, par un doublement de l'encouragement fiscal

3. Alléger la fiscalité des fondations

4. Accélérer et simplifier la reconnaissance d'utilité publique

On lit notamment: "Le ministère de la culture et de la communication s'est vu reconnaître un rôle de pilote pour conduire la réforme du mécénat par son décret d'attribution qui prévoit qu'" il participe, avec les autres ministères intéressés, à la définition et la mise en œuvre des mesures relatives aux fondations à objet culturel et au mécénat ". "

On croit rêver lorsqu´on lit ce projet de réforme et qu´on constate l´indifférence des services du ministère de la Culture dans le cas de la vente Breton. Ainsi, une mesure de la réforme consisterait à "autoriser la déduction de l'assiette des droits de succession des sommes apportées aux fondations reconnues d'utilité publique... Cette mesure vise à permettre aux héritiers d'une succession, de consacrer une partie du produit de cette succession à une fondation reconnue d'utilité publique".

On se demande pourquoi de telles mesures n´ont pu être discutées avec les héritiers Breton, et ce qu´ont fait le président de la République, le chef du gouvernement et le ministre de la Culture depuis un an, sinon prononcer de beaux discours.

On vous recommande d´aller consulter ce projet de réforme, et on rappelle que J.J.-Aillagon est dans l´actualité cette semaine, puisqu´il sera l´invité de l´émission de Michel Drucker, "Vivement dimanche"... L´émission étant enregistrée la veille, on serait heureux que monsieur le Ministre nous explique ce léger décalage entre la réalité et ces bonnes intentions législatives (si tant est qu´un des journalistes présents sur le plateau osera lui poser une question de politique culturelle de cette importance).

 

6 mars 2003

 

C´est du grand Sollers que nous sert le numéro de mars du Monde 2, c´est-à-dire du grand bavardage culturel, le surréalisme en roman-photo avec Breton l´ami de toujours, Aragon et sa suite, les "femmes brûlantes" qui suivent la troupe (dans le JDD il y a une semaine, Serena Williams décrite par le même comme une "pharaonne, une sculpture en mouvement", - du grand style !), bref, du Sollers comme on connaît déjà.

 

Sur 10 pages des photographies de la collection Breton agrémentées de phrases comme: 

Personne ne s’y trompe : il s’agit bien d’un soulèvement, d’une insurrection. Le diable avait des choses à dire. De fortes choses grimaçantes et sauvages, mais aussi des absurdités dégagées. Il y a l’amour, c’est entendu, mais aussi l’humour noir. Regardez le monocle de Breton (Man Ray : « La Centrale surréaliste »)

(Florence Meynier, qui nous a transmis l´article, et que nous remercions, ajoute ici: "ca va barder dans les chaumières !")

En lisant ces pages, vous êtes en plein dans la vie de Breton, dans le surréalisme avec lui, l´amour, la poésie, la liberté - alors la conclusion s´impose, non ?

L’aventure continue, au-delà même de ceux qui croient savoir de quoi il est vraiment question dans le surréalisme, le transformant ainsi en poncif. Le dernier mot de Breton : « Je cherche l’or du temps. » L’or du temps n’est pas dans l’espace ni dans un musée. Il n’est pas non plus, cela va sans dire, dans une vente et une dispersion d’objets. Il ne sert à rien d’admirer Breton, il faut le lire, c’est-à-dire qu’il faut vivre de façon à savoir le lire.

Pourquoi un musée Breton, pourquoi puisque nous avons Sollers, qui nous explique, qui nous fait le premier roman-photo du surréalisme, qui annule toute la pensée surréaliste dans le grand bazar de la consommation culturelle, au nom de la vie et de l´amour. Merci Sollers !

 

Le 9 mars: La guerre en Irak approche

 

Pardon de te marchander mon offrande, divinité insatiable de la guerre. Je sais tout ce qu´aujourd´hui on te donne et que tu n´as plus même à te baisser pour en prendre. Et si pourtant j´osais parler de ce qu´on te refuse ? Une fois de plus tu es là hagarde, immonde, à fracasser tes grands jouets bleus qui se relayent toujours plus nombreux, plus perfectionnés, dans une nuée de mouches. Tu en profites pour faire dire qu´ayant toujours existé, tu existeras toujours et j´accorde que rien ne t´est si favorable que cette philosophie du "retour éternel" dont le dernier mot ne saurait être qu´"à quoi bon ?" Toutefois tu ne m´en imposes pas par ta présence et ta virulence même au point de me faire douter que le secret de ta suppression définitive soit à la portée de l´homme, qui a bien su conjurer la peste ou la rage. Provisoirement les circonstances veulent qu´il ne soit guère permis que d´en rêver: le mal est trop grand, nous serre de bien trop près, nous ne pouvons qu´y faire face de l´instant où tout espoir de cure préventive s´est retiré.

Le temps reviendra où la guerre étant passée derrière l´homme, il devra à tout prix se convaincre qu´elle ne doit pas nécessairement se représenter devant lui. On ne saura réprimer alors trop énergiquement les menées du fatalisme et du scepticisme, voire du cynisme, et encore aura-t-il fallu au préalable ôter à ceux qui se targuent de telles attitudes le profit d´argent ou autre qu´ils en escomptent, faute de quoi il n´y aurait, bien entendu, rien de fait. Tâche historique digne des meilleurs mais aussi dont l´initiative et les modalités dépendent des conditions de déroulement ultérieur de la guerre actuelle et peuvent tout juste être conjecturées.

Hors de toute anticipation sur ce plan, la guerre, en tant que phénomène dont nous sommes témoins, prête à diverses observations qui peuvent être de grand intérêt par la suite. Si elle tend à se faire prendre pour la forme ultime de résolution qu´appellent certains conflits entre les peuples, il est indéniable qu´elle recouvre un ensemble très complexe de pulsions individuelles plus ou moins semblables qui y cherchent leur accomplissement. La conscience humaine s´y est toujours mal pris quand elle a cru faire justice de la guerre. Il ne suffit pas, pour en finir avec elle, d´en révoquer le principe. L´humanité tout entière même assimilée à un corps, qui soutiendrait qu´on peut attendre de la généralisation de la "saignée" archaique un soulagement à ses maux ? Et qui ne sent quelle entorse la guerre donne à la notion même de droit ? (qu´il n´est que trop aisé de subjectiver et d´exalter contradictoirement dans chaque camp) dès lors que menacé par la force brutale il doit lui-même appeler à son aide la force brutale et donc partiellement s´effacer devant elle ? A priori ces seuls apercus aliènent à l´idée de guerre toute complaisance de l´esprit. Pour s´être perpétuée jusqu´à nous, avec sinon l´assentiment du moins la résignation de l´homme, il faut qu´elle recèle tels modes obscurs de séduction.

Prévenir le retour de la guerre, il ne pourra sérieusement en être question qu´autant qu´on aura pris la peine de la considérer, non dans ses fins plus ou moins manifestes, mais dans les moyens qu´elle met en oeuvre, non dans son inconcevable raison d´être, mais dans sa structure.

 

André Breton, extrait d´Ajours

 

10 mars: On nous transmet cette question écrite d´Arnaud Montebourg

 

Arnaud Montebourg                         Louhans, le 24 février 2003

Député de Saône-et-Loire

Vice-president de la commission des lois 

 

QUESTION ÉCRITE

 

M. Arnaud Montebourg appelle l'attention de M. le Ministre de la culture et de la communication sur l'effroi qui a touché, à travers le mouvement protestataire engagé par les milieux artistiques et littéraires, un grand nombre de nos concitoyens, à l'annonce de la vente aux enchères, qui aura lieu du 7 au 17 avril prochain à l'Hôtel Drouot, des œuvres de la collection privée d'André Breton, chef de file du surréalisme. Les ayants droits d'André Breton, dans l'incapacité d'assumer la charge financière et morale liée à la conservation de ce patrimoine, et face aux difficultés et aux résistances qu'elles ont rencontré dans le cadre de leur projet de création d'une Fondation ou d'un lieu au sein duquel aurait pu perdurer, autour de ces œuvres, l'esprit du surréalisme, ont dû prendre la décision d'organiser une vente publique des objets d'arts que celui-ci avait rassemblées dans son atelier du 42, rue Fontaine à Paris, où il vécut jusqu'à sa mort, en 1966. Même si toute sa correspondance a été léguée à sa mort, conformément à ses volontés, à la bibliothèque Jacques-Doucet -à la création de laquelle il avait participé et qui possède plusieurs manuscrits-, si quelques pièces majeures sont entrées dans les collections nationales, si des donations sont en cours, et si la dation du "mur" de l'atelier d'André Breton, qui était déposé auprès du Centre Pompidou, a été acceptée par l'Etat (en paiement de la succession d'Elisa Breton, veuve de l'artiste), quelques 500 lots de tableaux exceptionnels, comprenant des œuvres de Chirico, de Picabia, de Max Ernst, de Picasso, de Brauner ou de Miro, mais également près de 1.500 tirages photographiques de la pleine période surréaliste, des objets d'arts africains et océaniens, plus de 3.500 livres dont des éditions de Hegel et de Freud ou des ouvrages dédicacés de Guillaume Apollinaire, Léon Trotsky, Julien Gracq… des manuscrits relatifs aux séances d'écriture automatique et de multiples objets, seront proposés à la vente lors de ces enchères publiques. Le choix du lieu, Paris, qui permet aux institutions publiques de se manifester et de rester vigilantes, ne constitue une garantie suffisante contre le risque d'un éparpillement de l'univers d'André Breton. Aussi, et pour que le génie accumulateur du père fondateur du mouvement surréaliste soit honoré et que la volonté de ses ayants droits soit respectée il lui demande de bien vouloir lui indiquer dans quelles conditions l'Etat pourrait user de son droit de préemption sur l'ensemble des lots, prononcer une interdiction de sortie des pièces du territoire national et prendre toutes les dispositions nécessaires pour qu'une fois classées Trésor national, ces collections soient réunies en un même lieu ouvert au public.

 

Le 10 mars également, printemps des poètes

 

Texte d´ouverture du meeting poétique à la Mutualité hier lundi 10 mars, par André Velter

 

Aujourd’hui Guillaume

               À la fin tu es las de ce monde ancien
                   (Apollinaire - Zone)


 Aujourd’hui Guillaume Apollinaire, tu serais las de ce monde nouveau qui veut imposer partout son ordre, sa loi, ses normes, avec pour seule devise : “tout est à vendre !” Tout, depuis les os des victimes de l’holocauste proposés sur le net, jusqu’aux poumons, aux reins et aux coeurs des suppliciés chinois quasiment cotés à la bourse de Hong-Kong; tout, et dans tous les domaines, sur tous les registres, en tous lieux privés ou publics, comme s’il n’y avait plus de zone libre consentie à la conscience rebelle, à l’aventure gratuite, à l’émotion non-rentable, à l’amour fou sans liste de mariage.
 Aujourd’hui Guillaume Apollinaire, tu serais las de ce monde nouveau qui s’apprête à désactiver le fabuleux champ magnétique que ton jeune ami André Breton avait créé autour de lui pour que la vie réelle, la vie rêvée jaillissent d’une même source - d’une seule source qu’un hasard objectif et magique avait situé rue Fontaine. Là ce n’étaient pas tant les peintures, les assemblages, les masques qui surprenaient ou fascinaient mais une énergie qui passait des uns aux autres, mais une tension violente qui se donnait d’emblée pour la porte d’accès au merveilleux. Une énergie, une tension radicalement, souverainement, ontologiquement opposées au code de la marchandise.
 Alors, Guillaume, aujourd’hui, sans plus célébrer le monde ancien que le meurtrier nouveau monde, c’est avec cette énergie et cette tension que nous allons, jusqu’en désespoir de cause, tenter d’habiter poétiquement le royaume qui est le nôtre; royaume de rues, de terrains vagues, de perspectives imprévues; royaume où sortent des murs les visages et les corps réinventés par Ernest Pignon-Ernest. Oui, vivre ici et maintenant en poète, et cela sans faiblesse, ni gravité excessive, en cherchant par tous les moyens à tenir parole, à tenir les paroles et les chants de ceux qui ne se résignent pas aux discours piégés ou convenus.


 

Dépêche de l´AFP, 10 mars

 

Edition-arts-enchères
Mobilisation contre la vente Breton, à l'occasion du Printemps des poètes


PARIS, 10 mars (AFP) - Les opposants à la dispersion de la collection d'art
André Breton, mise aux enchères du 1er au 17 avril à Drouot, se sont
mobilisés lundi soir à la Mutualité, à l'occasion du lancement de la
manifestation nationale, Le Printemps des poètes.
"Face au silence des pouvoirs publics, du ministère de la Culture en
particulier, à quelque semaines des enchères, l'heure est à l'action plus
large. Il apparaît nécessaire de mobiliser au delà des écrivains et des
artistes qui ont initié cette réaction", selon un tract distribué à l'entrée
de la salle parisienne et ayant pour titre l'anagramme suivante : "André
Breton: te brader, non".
"C'est une première expression sur la place publique et on ne compte pas
s'arrêter là", ont dit à l'AFP les promoteurs de cette mobilisation en
indiquant qu'une manifestation sera organisée le 7 avril à 13h00 devant
Drouot.
Le ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon était attendu à la Mutualité
pour cette soirée animée par des poètes, des comédiens, des chanteurs et des
musiciens réunis par André Velter et Claude Guerre. Parmi eux, figurent
Denis Lavant, Jacques Bonaffé, Claude Piéplu, Agnès Sourdillon, Benat
Atchiari, Adonis, Jacques Darras.
Quelque 2.000 signataires, dont Jacques Derrida ou Michel Butor, opposés à
la dispersion des objets d'art accumulés par le chef de file des
surréalistes, à son domicile parisien du 42 rue Fontaine (IXe), de 1922 à sa
mort, en 1966, ont signé une pétition à l'initiative du site web
(remue.net).
Estimée à 30 M d'euros, la vente comprend plus de 4.000 lots dont des écrits
et manuscrits de Breton, des toiles de Chirico, Picabia, Ernst, Magritte,
Picasso ou Miro, des objets ethnographiques, des oeuvres naïves.
Selon les spécialistes, il ne s'agit pas d'une simple addition d'objets
d'art mais de "l'âme du surréalisme" façonnée par ce génial visionnaire de
l'art qu'était André Breton.



 

Opération réussie ce soir à la Mutualité

Au plus fort, nous étions une bonne quinzaine à distribuer le tract. Nous en
avons sans doute distribué de l'ordre de 1000 à 1500 avec un bon écho.

Nous avons recueilli 99 signatures sur papier en rien de temps (on vous
transmettra celles - ci, mais toutes n'ont pas de mail, et certaines sont
peu lisibles). On aurait pu faire beaucoup mieux, mais au départ nous
n'avions pas organisé la signature sur place.

Nos harangues publiques, et l'interpellation à haute voix du ministre, nous
ont valu la visite de la maréchaussée, nous menaçant de verbalisation pour
tapage !!!!

Vous aurez photos (y compris de l'intervention policière!) et vidéo de
l'opération dès que possible.

Nos slogans étaient entre autres: agissez - ne laissez pas ce printemps se
transformer en hiver de la poésie - signer l'appel Breton. Y-t-il un
ministre, un ministère de la culture. La culture aux enchères. Ne laissez
pas la poésie aux marchands. Soyez intransigeants avec l'amour, la poésie et
la liberté. Ne laissez pas vendre les manuscrits et dessins de Nadja.
Attention danger : La fleur des amoureux, le dessin de Nadja, en vente à
Drouot le 7 avril si vous ne réagissez pas. Donnez vous mauvaise conscience:
signez l'appel Breton, Ne laissez pas brader Breton ...

Dès samedi au plus tard, prochaine opération (soit à l'expo Picabia, soit à
l'expo Magritte). Nous avons besoin d'autres coopérations - toutes les
bonnes volontés disponibles sont bienvenues. Nous donnerons les détails
(lieu et heure).

Demain je serai à Clamart pour une distribution de tract dans le cadre d'une
manifestation du printemps des poètes.

Dans les jours qui viennent on va essayer de préciser le programme (salon du
livre bien sûr, mais on va aussi tenter de toucher directement des médias).
On vous tient au courant, bien évidemment.

Continuez fort de votre côté. Il faut que l'opération fax au ministère
prenne de l'ampleur. Relancez, relancez ... Il faut toucher les
institutionnels.

Yves Veyrier

 

12 mars: on se questionne: qui est Aillagon, ministre de la Culture, le silencieux de la rue Valois ?

 

Bien sûr, pour le savoir, on peut consulter les bios officielles, notamment celle du ministère de la Culture, mais on peut se poser des questions sur le personnage et sa politique culturelle lorsqu´on lit l´entretien du 18 janvier 2002 paru dans L´Humanité, (à l´époque il n´était encore que président du Centre Georges Pompidou à Paris) et dont certains morceaux ici sélectionnés - sur la spéculation et la nécessité de protéger les oeuvres, sur l´exception culturelle, sur le surréalisme -  résonnent curieusement aujourd´hui, à quelques semaines de la vente Breton. Un florilège donc que nous adressons également aux amis journalistes.

  http://www.humanite.presse.fr/journal/2002/2002-01/2002-01-18/2002-01-18-040.html   18 Janvier 2002 - CULTURES

Exception culturelle

Le président du Centre Georges-Pompidou dénonce " la mondialisation de la banalité ".

" L'exception culturelle devrait être la règle "

Je constate que l'exception culturelle est une réalité vivante et efficace, et surtout je suis attaché à son affirmation et à sa défense. Néanmoins, j'estime qu'elle représente un principe, une conviction qu'il nous faut, nous autres Français, plus et mieux faire partager par d'autres pays, en Europe, en tout premier lieu, mais aussi dans le reste du monde, en Asie, en Amérique du Sud, en Afrique. Sinon, elle deviendra une valeur de plus en plus fragile. Sinon, elle sera submergée par la loi commune, qui tend à réduire les biens culturels au rang de productions ordinaires. L'exception culturelle ne peut donc rester le seul point de vue des Français. Elle doit devenir, plus encore, une attitude partagée. Elle fonde la légitimité des actions culturelles publiques. Elle souligne le fait que les biens culturels sont, avant même d'être des marchandises, porteurs des valeurs, des représentations, des espoirs des sociétés et des civilisations. Elle garantit la diversité et la richesse des expressions. La politique n'étant pas un territoire de fatalités qu'il faudrait constater et subir, il nous appartient de nous engager et de nous battre pour cette conviction-là, et de le faire avec d'autres.

Que les productions culturelles soient soumises à une économie, à un marché, est inévitable et ne me choque pas en soi. Mais que cette situation devienne une cause d'appauvrissement, d'uniformisation, et même de tarissement de la création est préoccupant. C'est là justement que doivent intervenir les dispositifs de l'action culturelle, que le principe de l'exception culturelle vise à sauvegarder. Il y a aussi les phénomènes de la spéculation, auxquels les oeuvres de la création plastique sont plus assujetties que d'autres. Incontestablement, cela tient à la nature mobilière de ces oeuvres, au fait aussi qu'elles sont historiquement devenues des signes de distinction sociale. Là aussi, j'estime que c'est aux institutions publiques, parfois à des institutions privées ouvertes et destinées au public - comme les fondations -, à extraire les meilleures de ces oeuvres, quand c'est possible, d'une circulation purement spéculative, pour en faire des éléments d'un patrimoine commun. Ce sont les horizons que nous ouvre le service public parce que, aussi, il garantit aux institutions qui en sont chargées la pérennité de leurs moyens et de leur existence. Quand je considère aujourd'hui la fragilité d'institutions pourtant glorieuses comme le Guggenheim, le Whitney Museum ou l'American Ballet Theater, je me félicite de " l'exception française ".

Le surréalisme est une révolution de la culture par la culture, de l'art par la pensée et par la littérature. C'est un mouvement fécond, la " seule révolution du XXe siècle qui n'a pas échoué ", pour citer Werner Spies. C'est aussi l'une des étapes des libérations que le XXe siècle a su enfanter dans le registre des moeurs, des comportements, des attitudes intellectuelles. Le surréalisme a renversé des idoles, brisé des tabous. Il a eu la prémonition des catastrophes qui menaçaient le monde. Il les a dénoncées, pas provoquées. Pensons au tableau peint par Magritte dès 1929, le Temps menaçant.

 

Le 14 mars, synthèse de notre action

Engagée fin décembre dernier suite à l´annonce de la vente aux enchères
de l´ensemble des oeuvres d´art, livres, manuscrits, photos conservés
par André Breton dans son appartement de la rue Fontaine, notre action a
réuni plusieurs centaines de personnes en quelques jours, et bientôt
quelques milliers.

En réagissant à cette vente, nous posions les questions suivantes,
adressées en premier lieu aux pouvoirs publics:

      * Comment est-il possible qu´un tel trésor soit dispersé et finisse
        dans les coffre-forts de riches collectionneurs (on parle d´Elton
        John et de Madonna !) ? Qu´a donc fait le ministère de la Culture
        pour l´empêcher ? S´il n´a rien fait, n´a-t-il pas échoué dans sa
        mission, cette oeuvre en soi étant l´un des hauts lieux de la
        création surréaliste ?
      * Comment nous, lecteurs de Breton, écrivains, artistes,
        bibliothécaires, libraires, etc., pouvons-nous agir pour stopper
        cette vente scandaleuse en avril prochain à Drouot ?

A l´initiative de Mathieu Bénézet, Francois Bon et Laurent Margantin, un
appel a été lancé sur le site remue.net qui rassemblait ces questions et
ébauchait des propositions.

Tout au long du mois de janvier, l´écho très large rencontré par notre
appel nous a poussés à fonder un Comité de vigilance André Breton chargé
de s´adresser aux pouvoirs publics. Le 8 février, un courrier adressé au
Président de la République, au ministre de la Culture et au maire de
Paris contenait les demandes suivantes:

* dans un premier temps, nous demandons aux autorités culturelles
françaises l'interdiction de sortie du territoire des collections
d'André Breton, rue Fontaine;
* dans un deuxième temps, notre Comité souhaite obtenir des acteurs
culturels, dont certains y sont déjà favorables, l'acquisition par les
fonds publics des lots mis en vente à l'Hôtel Drouot grâce au droit de
préemption.

A ce jour, 9 mars, nous n´avons recu aucun accusé de réception ni aucune
réponse à cette lettre, M.Aillagon préférant occuper son temps à la
cérémonie des Césars ou aux émission de variétés plutôt que de se
consacrer à un dossier essentiel, qui concerne la gestion de l´héritage
de l´un des plus grands sinon du plus grand poète francais du XXème siècle.

Sénateurs et parlementaires ont parallèlement adressé des questions
écrites au ministre, mais cette procédure est assez lente. Nous
attendons en revanche beaucoup du texte proposé par le Parti communiste
et voté à l´unanimité au Conseil de Paris le 25 février dernier qui
reprend des termes de notre appel et invite le maire de Paris à
intervenir au plus vite auprès du ministre de la Culture. Notre appel a été bien répercuté dans la presse, et les signatures et marques de soutien continuent d´affluer, aussi de l´étranger.

Le Printemps des poètes qui a débuté le 10 mars à la Mutualité par un
"meeting poétique" organisé par André Velter (signataire de notre appel)
et Claude Guerre, meeting auquel a participé M.Aillagon, a été l´occasion d´engager une action de distribution de tracts très efficace, bien recue dans les médias (voir Le Monde de ce jour, 14 mars), grâce notamment au soutien des organisateur de la soirée.

 


D´autres actions suivront dans les prochaines semaines, à Paris - à
l´occasion notamment du Salon du livre - et ailleurs en France, actions
dont le point culminant sera la manifestation du 7 avril prochain, 13 h,
devant Drouot, pour bloquer la vente. Un Comité d´organisation dirigé
par Dominique Dussidour et Yves Veyrier a été constitué et met au point ces prochaines actions. Nous invitons bien sûr toutes
les personnes sensibles à notre appel à les soutenir et à y participer,
ou bien même à les organiser.

 

Comité André Breton

Toutes les informations sur www.remue.net


15 mars: une lettre d´Aillagon à Delanoë, Maire de Paris:
 

A propos de la dépêche AFP diffusée jeudi dernier concernant une lettre du ministre de la Culture au maire de Paris

 

Comme la précédente sur la dation du mur (13 février), cette nouvelle déclaration du ministre de la Culture omet de nombreux points, et plusieurs contenus dans le voeu du Conseil de Paris auquel elle est sensée répondre. La principale demande du Conseil de Paris était la suivante: "que l’Etat prononce l’interdiction de sortie du territoire des pièces de la collection, et use de son pouvoir de faire reporter la vente... pour que ces collections restent dans le domaine public et ne soient pas dispersées".

La deuxième demande du Conseil de Paris était la suivante: "qu’une table ronde soit réunie d’urgence à cet effet par l’Etat avec les différents acteurs concernés pour la recherche d’une solution, car il s’agit d’un patrimoine national à caractère universel".

 

Or là-dessus M.Aillagon se tait, respectant la loi du silence qu´il s´est décidé de suivre depuis le début de cette affaire, ne répondant pas à nos courriers. Il semble qu´il ne veuille pas comprendre que de tels bouts de réponse - comme les morceaux de la collection Breton offerts un à un pour calmer la protestation - ne suffisent et ne suffiront pas, et qu´il méprise profondément les 3000 signataires de l´appel Breton sans lequel il n´y aurait pas eu de lettre de M.Delanoe.

 

L´Etat, écrit-il, préempterait pour la Ville de Paris. Mais quoi ? Là aussi aucune réponse. Il y va de la totalité de la collection, et pas de quelques morceaux.

 

D´autre part, il affirme des contre-vérités énormes, en disant que "l´Etat agit depuis plus de 25 ans, en concertation avec la famille de Breton", ce qui est absolument faux puisque si la famille vend aujourd´hui, c´est bien parce que l´Etat n´a rien fait pendant toutes ces années ! Il suffit de lire pour cela le récit des 30 années d´interpellation des pouvoirs publics par Aube Breton dans L´art d´aujourd´hui, où elle fait le point sur la question.

 

Continuons notre action jusqu´à ce que le ministre de la Culture comprenne nos demandes et nous réponde.

 

 Mathieu Bénézet - F. Bon - L. Margantin

Comité André Breton

 

 

Texte de la dépêche:

 

PARIS, 13 mars (AFP) - "L'Etat acceptera de préempter pour le compte de la
Ville de Paris", lors de la vente Breton en avril à Drouot, a écrit le
ministre de la Culture, Jean-Jacques Aillagon, au maire de Paris, Bertrand
Delanöe, dans une lettre dont l'AFP a eu connaissance jeudi.
Les héritiers d'André Breton ont décidé de mettre en vente une importante
partie des collections d'oeuvres et d'archives autrefois rassemblées, dans
son appartement du 42 rue Fontaine, par le chef de file des surréalistes.
"Sans s'opposer à la vente à venir, dont Paris peut s'honorer d'être le
lieu, l'Etat souhaite naturellement y être présent. J'ai été très sensible,
à cet égard, au voeu que le Conseil de Paris a voté à l'unanimité (le 25
février, ndlr) en faveur de la sauvegarde de la collection Breton. J'y ai vu
le signe de votre souci que la Ville et ses institutions culturelles
puissent intervenir aux côtés de l'Etat", écrit M. Aillagon.
"Cette vente intervient alors que l'Etat agit depuis plus de 25 ans, en
concertation avec la famille Breton, pour mettre à l'abri des collections
nationales et présenter au public les ensembles les plus remarquables de
+l'atelier Breton+", a souligné le ministre.
Quelque 2.000 signataires soutiennent une pétition, à l'initiative d'un site
web (remue.net), contre la dispersion des objets d'art accumulés par André
Breton à son domicile parisien de 1922 à sa mort, en 1966. Estimée à 30
millions d'euros, la vente comprend plus de 4.000 lots dont des écrits et
manuscrits de Breton, des toiles de Chirico, Picabia, Ernst, Magritte,
Picasso ou Miro, des objets ethnographiques, des oeuvres naïves etc.
ccd/cv/oaa


 

15 mars: quelques ressources

J'ai toujours été condamné à mort

mais mon exécution a sans cesse été remise...
(André Breton, Poisson soluble II)

 

Un dossier sur la vente dans la revue L´Art d´aujourd´hui (en couverture, le titre: Aillagon au pied du Mur) recueille quelques propos de la fille d´André Breton, qui sont de l´Aube apportée à notre moulin:

 

"L´appartement (42.rue Fontaine) est vide. C´est l´horreur absolue. Tout est dans un garde-meubles et n´existera plus, désormais, que dans l´imaginaire des gens... C´est émouvant, déchirant. Il n´y a plus de rue Fontaine. Je m´y prépare depuis longtemps. Mais où que ca aille, ca portera son empreinte et sa lumière... L´Etat n´est pas complètement responsable. Mais trois ministres de la Culture ont défilé, sans intervenir... À présent, il n´y a plus de solution. Le propriétaire y est entré par effraction tandis que ma belle-mère était hospitalisée, afin de faire constater que le lieu était inoccupé. Je suis parvenue à gagner cinq années à force de procédures, mais à présent, je dois le rendre".

 

Le Monde de vendredi a rendu compte de notre action à la Mutualité lundi dernier en ces termes:

 

Apostrophant Guillaume Apollinaire -"Aujourd'hui tu serais las de ce monde nouveau"-, il a notamment et élégamment rappelé, alors que des tracts étaient distribués à l'entrée, l'impossibilité de laisser l'atelier d'André Breton être dispersé à Drouot, comme cela devrait être le cas lors d'une prochaine vente aux enchères (voir Le Monde du 22 décembre 2002).

 

D´autres articles cette semaine dans Libération, L´Humanité, Ouest-France...

 

Notre appel solennel dans le journal Le Monde paraîtra le 20 mars au soir (édition du 21) dans le supplément Salon du livre, vous pouvez le lire dès à présent sur la nouvelle page d´entrée de www.remue.net, où vous trouverez les dernières dépêches et textes.

 

On signale également une émission de France Culture le 19 mars consacrée en grande partie au dossier Breton:

 

15:00 - 16:30 PEINTURE FRAICHE
Noël Dolla à Genève, André Breton à l'Hôtel Drouot
par Jean Daive
Réalisation : Clotilde Pivin
- Noël Dolla : "Non" (1967-2001), musée d'Art moderne et d'Art contemporain de Genève (MAMCO), rétrospective du 28 février au 20 avril 2003
- André Breton (1896-1966) : vente de l'atelier du 42 rue Fontaine à l'Hôtel Drouot, du 1er avril au 18 avril 2003

Première rétrospective de Noël Dolla hors de France, "Non" s'organise dans l'idée de faire apparaître les multiples
interconnexions de l'ensemble des travaux de l'artiste niçois. La disparité est apparente et cette rétrospective veut opérer une
synchronisation générale entre les différentes scansions qui marquent l'oeuvre : les silences de la fumée, les leurres, les
tarlatanes...
Quant à la vente de l'atelier d'André Breton, elle montre les limites regrettables ou condamnables de l'Etat qui ne peut, ou ne veut faire face à l'inéluctable vulgarité : la vente aux enchères de la collection d'André Breton qui n'est pas autre chose qu'un patrimoine - cette collection patiemment constituée était un instrument vital de la pensée d'André Breton. Aujourd'hui, elle s'apprête à être dispersée à travers le monde. L'unité de l'atelier peut-elle être encore préservée ? Jean-Michel Gontier qu'Alain Jouffroy surnomme "le légataire universel" raconte les nombreuses solutions proposées et refusées soit par l'Etat, soit par la Ville de Paris. Aujourd'hui, faute de solutions et de négociations, Aube Breton Elléouet, la fille d'André Breton et Oona Elléouet, la petite fille, prennent la décision de fermer la rue Fontaine, c'est-à-dire de se prêter à la spéculation et de disperser la mémoire.
Invité(s) :
      Noël Dolla, artiste
      Christian Bernard, directeur du MAMCO, Genève
      Jean-Michel Gontier, ami d'André Breton
      Alain Jouffroy, écrivain
      Werner Spiess, historien de l'art

 

Présentation de l´émission dans le supplément radio-télévision du Monde, un extrait de l´article signé Michèle Champenois:

 

De Malraux indifférent à Jack Lang inefficace, de l’Etat à la Ville de Paris, personne ne mesura l’enjeu. Jean-Michel Goutier admet que c’est « le château  du roi Arthur qui disparaît : à chacun de reconquérir le Graal par ses propres moyens ». L’indifférence de l’Etat et des institutions dans cette affaire restera inexplicable. parmi ceux qui savaient, dans les musées et les milieux littéraires, aucun n’a tenté, en dehors des pétitions d’aujourd’hui, de rendre publique une inquiétude.


 

Nous rappelons quelques textes essentiels en soutien à notre action:

 

Le grand atelier surréaliste, par Kenneth White

 

Un refuge contre le machinal du Monde, de Julien Gracq

 

Histoire secrète d´une vente surréaliste, par Jérôme Dupuis

 

Sur le site D´autres espaces, tout un dossier sur Breton

avec des textes ("Les Mexicains font mieux que nous", "Le XXIè siècle commence bien", etc.) et une chronique des événements.

 

Nouveau texte mis en ligne sur la revue des Ressources:

 

** Lâchez tout **
par Michel P. Schmitt le 7 mars 2003

Je me préoccupe ici de la position d'André Breton à un moment précis de sa
trajectoire de poète-prophète annonciateur des ruptures. Il s'agit des
années 1922-1924, entre la date du décès de Dada (1921) et celle de la
lecture du Lénine de Trotsky (1925), qui le conduira progressivement à se
frotter aux communistes. Je voudrais montrer que les principes d'une
poésie de la vie qu'il énonce alors, se fondent sur la tension extrême
d'une contradiction portant sur le sens même de cette vie. (...)

-> http://www.larevuedesressources.org/article.php3?id_article=152

Le 16 mars: on nous transmet:

 

On a été informé juste aujourd´hui de cette démarche au Parlement européen et on essaye d´en savoir plus:

 

 

29 janvier 2003 

                      

DÉCLARATION ÉCRITE

pour inscription au registre

déposée conformément à l'article 51 du règlement

par Mario BORGHEZIO 

            sur la protection européenne à accorder au musée André Breton

 

Le Parlement européen, 

A.                 considérant l'annonce officielle de la dispersion aux enchères, en avril 2003, à Paris, auprès de l'Hôtel Drouot, du fabuleux musée privé d'André Breton – père du Mouvement surréaliste – dans l'appartement du 42, rue Fontaine, où vécut ce dernier,

 B.                 soulignant que plus de 500 intellectuels européens ont signé un appel pour protester contre cette vente aux enchères,

C.                 convaincu que le musée privé d'André Breton – qui comprend également les archives intégrales du Mouvement surréaliste – peut être considéré comme un patrimoine commun de la culture européenne,

1.                  demande d'intervenir pour que ce fonds très important et unique ne soit pas dispersé et pour qu'il demeure accessible à tous les chercheurs et au public, étant donné qu'il s'agit d'une source documentaire importante de la culture européenne;

2.         charge son Président de transmettre la présente déclaration à la Commission et au Conseil.

 

 

Le 19 mars:

Transmis par Dominique Hasselmann

 



“(...) On sait qu’au début de ce siècle (pour ne pas aller plus loin) l’incurie du ministère des Beaux-Arts a été telle que la plupart des chefs-d’oeuvre de l’époque contemporaine ont pris la route de l’étranger. Pendant que persistait à s’alimenter d’innombrables croûtes le défunt musée du Luxembourg, on avait tout lieu de penser que jamais plus ici l’on ne pourrait, de Seurat, par exemple, approcher une des oeuvres-clés, j’entends une de celles qui offrent une vue globale sur son monde (”la Grande-Jatte”, “Poseuses”, “Le Chahut”, “Le Cirque” ou “Parade”). Alors que les imbéciles ne se lassaient pas de faire des gorges chaudes sur Henri Rousseau, la splendeur de ses “jungles” prenait de nous belle distance. La peinture jouissant du privilège d’être langue internationale et, sur le plan sensible, moyen d’échange électif entre les hommes, il ne saurait être question d’éviter la dispersion des toiles les plus significatives d’un maître. Il n’en est pas moins intolérable qu’aucune d’entre elles, comme cela a bien failli être le cas, ne puisse plus être confrontée avec le ciel qui fut celui de l’artiste.
Pour s’en tenir à ces deux créateurs modernes des plus considérables, on s’accommode mal de l’idée que, s’ils sont représentés par une ou deux toiles de réelle importance dans les musées de Paris, ils le doivent moins à la tardive consécration officielle de leur génie qu’à des initiatives individuelles(”Le Cirque” ayant été légué à la France par le collectionneur américain John Quinn, “La Charmeuse de serpents” étant, non sans difficultés, entrée au Louvre à la mort de Jacques Doucet, en exécution de la clause que lui avait imposée Robert Delaunay en le lui cédant).
Il s’en faut qu’on trouve à dire rien de moins accablant quant au discernement montré ici par rapport à la production artistique plus proche de nous dans le temps. Alors que l’Ecole de Paris bénéficiait d’un renom unique, exerçait une influence universelle, que nulle part au monde il ne manquait d’esprits assez déliés pour comprendre que par elle s’opérait une révolution capitale dans les façons de voir et de sentir, ceux à qui il incombait d’en retenir sur place au moins quelques témoignages typiques manquaient résolument à leur tâche.(...)”

André Breton, Le Surréalisme et la Peinture (“125 oeuvres de haut vol au musée d’Art moderne”), Gallimard, 1965.

Le 20 mars:

 

Salon du Livre - André BRETON subversif et indésirable quand les ministres passent ! ! !

 

La vague grossit: pas loin de trente personnes se sont mobilisées hier soir pour distribuer des tracts, de 18h00 à 21h00, devant l'entrée du Salon du Livre, dont c'était l'inauguration.

 

Pas une ni un visiteur - sur invitation hier - n'a pu ne pas être interpellé à son arrivée :

 

"Dites non à la vente Breton" - " Agissez, réagissez pour empêcher la dispersion aux enchères de l'appartement d'André Breton" - "Bas les pattes devant le surréalisme" - "Interpellez le ministre, le premier ministre: ils sont au Salon du Livre, mais seront ils là pour empêcher la vente Breton" - "Y-a-t-il un ministre de la Culture ?"

"Le 7 avril à Drouot, la culture aux enchères" - "Le ministre de la Culture, le gouvernement, silencieux alors qu'en quelques semaines plus de trois mille signatures d'écrivains, peintres, artistes, libraires, bibliothécaires, citoyens, syndicalistes, respoonsables politiques disent non à la vente Breton"

"Attention danger: le 7 avril la poésie aux enchères, l'amour aux enchères, la liberté aux enchères"

"L'esprit libre aux enchères, à Drouot, le 7 avril: réagissez pendant qu'il est encore temps"

"Empêchez la vente aux enchères, la dispersion des dessins de Nadja" - "La fleur des amoureux, le dessin de Nadja, aux enchères, le 7 avril à Drouot"

"C'est le surréalisme que l'on veut mettre à l'encan !"

 

Près de 5000 tracts ont été distribués.

 

A deux reprises, les CRS sont intervenus. Quand le ministre de la Culture et le premier ministre sont arrivés, il nous ont menacés de tout embarquer, moi avec !, si l'on ne s'éloignait pas, nous reprochant de crier trop fort ! Une nouvelle fois, un peu plus tard, ils ont manu militari déplacé un peu plus loin nos tracts, panneaux et pupitre.

 

Mais le Premier Ministre, pas plus que le Ministre de la Culture n'y échapperont: pratiquement chaque personne dans l'enceinte avait notre tract. Fait remarquable, contrairement à ce que l'on observe généralement, il n'y en avait aucun jeté à terre un peu plus loin.

 

Enfin , il nous faut confirmer maintenant l'organisation du relais de l'information au sein du Salon du Livre. Plusieurs exposants, signataires de l'appel Breton, y sont prêts.

 

Et il nous faut imaginer et préparer de nouvelles actions avant le 7 avril, en direction du gouvernement et de la Présidence de la République. Pourquoi ne pas les inonder de télécopies et de courriers électroniques ?

 

Bien à vous.

 

Yves VEYRIER

 

 

Dépêche de l´AFP ce matin, rendant compte de notre action:

Le 20 Mars 2003
M. Raffarin a inauguré le 23e salon du livre de Paris

PARIS, 20 mars (AFP) - Le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a inauguré jeudi en fin de journée le 23e salon du livre, qui ouvrira au public vendredi et s'achèvera mercredi soir, dont l'invitée d'honneur est la littérature néerlandophone de la Flandre et des Pays-Bas.

Le président de la République, Jacques Chirac, qui a inauguré les dernières éditions du salon, participait au sommet européen de Bruxelles qui se tient quelques heures après le déclenchement de la guerre en Irak.

En arrivant au salon, le Premier ministre avait évoqué la grande manifestation d'opposants à la guerre qui a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes à Paris : "Je comprends l'émotion, mais tout le monde doit veiller à ce que la France exprime la sérénité de ses convictions, ce que je fais en tenant mon engagement de venir au Salon du Livre", a dit le chef du gouvernement.

"Nous nous battons pour un monde multipolaire, pour un monde de la diversité. Le livre, c'est le respect de l'autre, c'est la culture, l'échange, c'est la tolérance", a ajouté M. Raffarin.

Le Premier ministre a ensuite arpenté les allées du hall 1 de la porte de Versailles pendant près de deux heures, s'arrêtant à de nombreux stands, notamment à celui de la région Poitou-Charente. Il a salué de nombreux éditeurs et échangé quelques mots et une poignée de main avec Arnaud Lagardère dont le groupe est un poids lourd du secteur.

M. Raffarin était accompagné du ministre de la culture et de la communication, Jean-Jacques Aillagon. Côté néerlandophone, le secrétaire d'état néerlandais à l'enseignement, à la culture et aux sciences, Cees H. J. van Leeuwen, du ministre-président du gouvernement flamand, Patrick Dewael, du ministre flamand des Affaires intérieures, de la Culture, de la Jeunesse et de la Fonction publique, Paul van Grembergen ont participé à l'inauguration.

Malgré le déclenchement du conflit en irak, la foule était très dense dans les allées du Salon en cette soirée d'inauguration.

Peu avant l'arrivée de M Raffarin, quelques dizaines d'opposants à la "vente Breton" distribuaient des tracts devant l'entrée. Leur mouvement devrait être relayé durant le Salon. De nombreux éditeurs sont signataires de la pétition qui circule depuis quelques semaines et vont distribuer à leur tour des tracts pour protester contre la dispersion de la collection réunie par le pape du Surréalisme. Elle doit être vendue aux enchères à partir du 7 avril.

Comité André Breton