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Georges Malkine et André Breton

par Fern Malkine-Falvey

breton-malkine1.jpg (88483 Byte)

Demeure d'Andre Breton, 1967, oil on canvas
25.5 x 36.5cm

        

          Des 19 signataires du Manifeste du Surréalisme de 1924,  Georges Malkine fut le seul peintre. Il avait été présenté au groupe en 1923 par le poète Robert Desnos, qui devint par la suite son meilleur ami. Les rapports de Malkine avec Breton, qui n’étaient pas de l’ordre de l’intimité, étaient néanmoins basés sur une communauté de préoccupations, c’était une amitié et un respect mutuels où chacun savait quelles limites ne devaient pas être dépassées. Breton montra très tôt son intérêt pour le travail de Malkine, achetant certains de ses dessins ou tableaux, pour sa collection personnelle. Il encouragea Malkine à participer au mouvement depuis le début. En 1924,   il demanda aussi à Malkine de faire un dessin qui puisse servir de logo pour le Mouvement Surréaliste. Malkine créa ce logo (le crabe et l’enclume), lequel fut donc utilisé comme en-tête ; en 1926, il servit aussi pour la Galerie Surréaliste.

            Bien que son amitié, très proche, avec Tristan Tzara (même après la rupture des Surréalistes avec Dada), et plus tard, avec Aragon,  ennuyât considérablement  Breton, la réputation de farouche indépendance de Malkine était bien connue. Personne parmi ceux qui comprenaient vraiment Georges n’attendit jamais de lui qu’il suivît quelqu’un d’autre avec obéissance. Breton ressentait la réserve de Georges, non sans une certaine impatience marquée. Mais en raison des discussions qu’ils eurent durant des années, il était convaincu que, bien que Malkine semblât rester à distance des activités du groupe, il faisait néanmoins acte de pur Surréalisme, dans la vie comme dans son œuvre. Des années après, Breton remarquait :

            « Il a poussé l’individualisme jusqu’à l’impertinence ! Mais quel art dans l´expression de l’indicible chaque fois qu’il voulait s’en donner la peine ! » 1

 

            Breton prit un grand nombre de positions au cours des années, dont certaines n’ont pas été approuvées par Malkine. Cela allait de l’engagement des Surréalistes par Breton dans le Communisme (Georges était apolitique) jusqu'aux vues de Breton sur la musique, selon lesquelles "les images auditives… ne semblent pas faites pour fortifier l’idée de la grandeur humaine.» 2 Etant donné les antécédents de Georges (ses deux parents étaient des musiciens classiques) et  sa propre pratique classique, il est aisé d’imaginer sa réaction devant un telle proposition. Mais il faut dire qu’il y eut des moments importants dans l’histoire du  Mouvement Surréaliste, où Malkine se retrouva aux côtés de Breton, même quand ses amis les plus proches (Desnos, Artaud, et Aragon) attaquaient Breton sur tous les fronts. Lors d’une interview, des années plus tard, à propos de cette période tumultueuse de l’époque du Second Manifeste, Malkine dit ceci :

 

            « On a reproché à Breton d’accuser les autres de mercantilisme et de s’y adonner lui-même en vendant des tableaux. La position de Breton, ainsi présentée, est déformée ; il n’acceptait pas qu’on fasse argent de sa plume, de sa littérature ; mais il comprenait fort bien qu’il faille exercer un métier pour vivre. » 3

 

            Quand Malkine revint à Paris en 1966, après 15 ans d’absence, il reprit contact, parmi ses amis, avec André Breton. C’était au mois de juillet, quand les gens font plus de projets qu’il n’ont le temps de réaliser, et Breton ne fut pas en mesure de venir au rendez-vous qu’il avait pris avec Georges. Comme il s’était rendu compte qu’il était trop tard, il écrivit immédiatement à Georges: 

 

            « Honte à moi, j’ai noté mardi 12 notre rendez-vous. Cela ne peut arriver qu’en cette saison, où les pages d’agenda se couvrent longtemps d’avance : on débarque un peu de tous côtés. Je suis si fâché que cela m’arrive avec vous… à qui j’ai pensé souvent… et quand je vous retrouve après tant d´années… Je vais passer aujourd’hui. Passez-moi cette étourderie. » 4

 

            Quand Breton mourut le mois suivant, Malkine fut aussi affecté par cette mort que tous ceux qui avaient connu et admiré Breton, et il vint à l’enterrement en compagnie de nombreux amis. Malkine n’était pas du genre à parler aux autres de ses sentiments (il était connu pour sa nature très secrète), mais, des années après sa mort en 1970, j’ai retrouvé ces mots, qu’il avait écrits, à la main, sur une page unique, au fond d’un de ses carnets :

 

            « Dans la nuit de ma jeunesse éclata soudain une haute lumière qui avait nom André Breton. André Breton n’est pas mort. André Breton ne peut pas mourir. » 5

 

 

                                                                        Fern Malkine-Falvey

 

Traduction : Auxeméry



1 Patrick Waldberg, Les Lettres Françaises, avril 1970.

2 André Breton, Le Surréalisme et la Peinture, NRF, 1928.

3 Marie-Claire Dumas, Interview impromptu de Georges Malkine, 4 avril 1967.

4 Lettre d’André Breton à Georges Malkine, juillet 1966.

5 Papiers de Georges Malkine, 1966.