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gracqloire.jpg (24122 Byte)
La Loire en bas de chez Julien Gracq, photo de François Bon (octobre 2001)

Une autre photographie de François Bon (avec nos remerciements)

JULIEN GRACQ
OU LA "GÉOGRAPHIE POÉTIQUE"

 

Sur Gracq, il faut visiter le site des éditions José Corti et les pages qui lui sont consacrées (bibliographie, extraits d´oeuvres, témoignages, photographies, texte inédit)

À l´occasion de la parution d´Entretiens, on peut aussi lire des inédits sur le site Corti.

Ici aussi un texte extrait du livre André Breton sur le magnétisme poétique

"Géographie poétique": l´expression est de Novalis, dans le Brouillon général

 
AUBRAC

 

Il faut si peu pour vivre ici. De ce balcon où penche la montagne à l´heure où le soleil est plus jaune, il ne reste plus à choisir qu´à droite la banquette où l´herbe noicit sous les châtaigniers, à gauche la Viadène au loin déjà toute bleue. A mi-pente, la journée respire. De cette galerie ample et couverte où glisse la route de gravier rose au-dessus du Causse gris-perdrix, on voit mûrir très bas les ombres longues dans la lumière couleur de prune. Tout commande de faire halte à ce reposoir encore tempéré où la terre penche, pour respirer l´air luxueux de parc arrosé, la journée qui s´engrange dans les rais du miel et la chaleur de l´ambre, jusqu´à ce que l´oeil gorgé revienne à la route rose qui monte sous le soleil avant de tourner dans l´ombre d´un bois de sapins, et que ta main déjà fraîchisse avec le soir - ta main qui laisse filtrer le bruit plus clair du torrent, ta main qui me tend les colchiques de l´automne.

Nous monterons plus haut. Là où plus haut que tous les arbres, la terre nappée de basalte hausse et déplisse dans l´air bleu une paume immensément vide, à l´heure plus froide où tes pieds nus s´enfonceront dans la fourrure respirante, où tes cheveux secoueront dans le vent criblé d´étoiles l´odeur du foin sauvage, pendant que nous marcherons ainsi sur la mer vers le phare de lave noire par la terre nue comme une jument

Julien Gracq
Liberté grande, José Corti, 1946

Merci aux éditions Corti de nous avoir permis de reprendre ce texte