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LE CRI DE LA BUSE

Alain Jean-André

 

 

Les brumes se sont levées

des versants d'où émergent les rocs

Montagnes rudes et sombres

dans la clarté bleue

du matin

 

Ah ! ce vent de novembre

et les feuilles crissantes sous les pieds

Le corps s'allège

 

Je me secoue

comme un cheval s'ébroue

Se débarrasser des scories

Qu'il ne reste que le squelette

sur les vertes prairies

 

Retrouver la terre

alors que souffle vent d'hiver

comme l'on brûle

mais rien ne brûle

 

comme l'on frappe à la paroi

comme l'on déserte

dans les collines pleines de ronces

 

 

Mais c'est encore trop

ces images

 

 

Immobile

dans la pièce vide

alors que la nuit tombe

doucement

Pas un bruit

Comprenant que j'étais

il y a cent mille ans

que je ne suis pas

suis perdu

me retrouve

 

mendiant de l'absolu

à nouveau dehors

parmi les herbes jaunies

 

 

Sous un ciel vide vaste

silence des chaumes hautes

et arpents de neige

 

 

L'odeur des taillis

des talus

remonte de l'enfance

de plus loin encore

 

 

La terre sent l'Eurasie

des odeurs de peuples disparus

 

et la voici

                qui piaille

                                la buse

 

éveillant la part rude

 

la sombre

               l'osseuse

                              l'ardente

                                   

l'enfouie

 

                                                 rayonnante

 

Alain Jean-André:

Après des études universitaires et des emplois dans différentes villes (Besançon, Nancy, Paris) il s'est installé aux pieds des Vosges, " les montagnes bleues", symboliques à ses yeux, comme le mont Fuji pour les Japonais. Il a publié quelques livres dans les années 80 : La Vallée du monde, 1981 ; Feux d'herbes, 1984 ; Chemins profonds, 1984 ; Anciennes voix celtiques, 1984, traductions d'un choix de poèmes irlandais en collaboration avec René Daillie, Du côté des montagnes bleues, proses et de poèmes, 1987. Dans les années 90,  des revues ont présenté des textes d'un ton différent : Trains pour Prague, Limons 2 ; Passé Schaffhausen, Estuaire 5, Transpoétique, Travers 51. Il met en ordre actuellement les manuscrits de plusieurs livres.