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SUR L´ESTRAN À L´AUBE…

 

 

 

1.

 

 

Sur l’estran à l’aube

Chaos de glace irisé de lumière

Crissement des pas sur le sable gelé

Premiers regards…

 

Vertige

 

Ici

En cette farouche fraîcheur

                             d’aube nue

Par-delà l’arc de glace

                     en ressac échoué

Immensité du rivage

Mâtiné d’eau et de sable

                          en reflet

 

– impressions de lumière

   dans la transparence des formes

                 présences en creux

          frissons marins nés de la nuit

                 engelures ouvertes

                     au gré du vent

 

Au loin

Là où les bleus s’affaissent

          en genèse d’écume

Sourd grondement de la mer

Et comme en contrepoint

À cette austère sonorité

Des envolées de cris par milliers

Bistrant l’horizon d’un jour nouveau...

 

 

 

2.

 

Aujourd’hui

En marge de l’hiver

Le temps a dégagé une clairière

Favorable à la marche

     ciel clair

     mer calme

Rien qu’un peu de vent

S’égarant dans les dunes

 

Et pourtant

Que de fureur ces dernières semaines

             ici

En ces terres cauchemars

                     des cartographes

Que de sable charrié

Lorsque venu du Labrador

Le vent souffle en tempête                 

     bousculant les repères

     redessinant les cartes

             ici       

En ce corps infini d’un monde

          sans cesse renaissant

En ce non-lieu

      de toutes les métamorphoses…

En marge de l’hiver

Parmi ces fragments de banquise

                en ressac échoué

Regardant vers le Nord

Les yeux en courbure de songe

               soudain

Vive caresse dans le dos

Le soleil vient d’apparaître

Rasant les dunes échevelées

 

Ah! cette fluidité de la lumière

                 éveillant les reliefs

      telle une marée orange

                     à rebours

      sur un palimpseste de sable

 

– fugacité de l’instant

   qui épure et nourrit l’espace

   d’une chaleur rare

                          inoubliable

 

   indicible évidence

   qui suspend le temps

   pour mieux ensemencer le devenir

Plus haut

Comme en trouée blanche

             narguant un ciel trop bleu

Une mouette aux ailes immobiles

                             puis

                    brusque plongée

       derrière l’écran des dunes…

 

 

Pascal Naud

(Schiermonnikoog, 1er mars I996)

 

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