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Lecture-haïkaï de quelques poèmes d’Hölderlin

 

par Pascal Naud

 

 

 

 Les noms sacrés font défaut.

Les paroles défaillent -

et pourtant les coeurs battent.

 

Mais un luth peut suffire

à traduire la voix de l’heure.

 

 

 

 

 

        ****

 

 

Le pied du cerf

n’effleure que par jeu

le brin d’herbe.

 

 

Pareil aux fleuves dans l’océan

dans ta plénitude je me plongeais -

beauté du monde.

 

 

Tantôt vers la forêt

tantôt vers la source ou le rocher

chaque jour suivre d’autres voies.

 

 

 

 

        ***

 

Sur la lande du chevreuil

assis sous les nuages -

cependant me voici.

 

 

Ô vous sources rivages bois et hauteurs

comme frappés de la foudre -

instants où nos sens demeurèrent muets.

 

 

Naître -

ouvrir les yeux - s’étonner -

et déjà tombe le soir.

 

 

Sous l’averse fouettée

nous allions souriants -

envol du feuillage.

 

 

Dans la nature

à tout instant

ma vie change de demeure.

 

 

Âpre souffle du Nord-est

ils s’envolent -

les étourneaux.

 

 

        **

 

Le jour, voici le jour !

Voici que vous buvez la lumière -

saules de mes ruisseaux.

 

 

 

Le vent du nord-est se lève

entre tous mon préféré -

promesse aux nautoniers.

 

 

Sous la chute des cascades

le sol fume -

l’écho résonne alentour.

 

 

Sur la terre encore blanche de neige

les brins d’herbe germent pourtant -

chante un oiseau solitaire.

 

 

Dès que tu brilles dans ma coupe

tout autre je me sens -

vin de pourpre.

 

 

Dans l’air qui fraîchit

voltigent les rameaux des bois -

pluie et soleil par delà les montagnes.

 

 

Plein d’attrait

toujours

est l’indéfini.

 

 

Chargé de poires dorées

couvert de roses sauvages -

la rive surplombe le lac.

 

 

Sondant du regard

l’eau calme -

reflets des nuages.

 

 

Cueillir les herbes dans les bois.

Sur la colline

quelque tendre proie.

 

 

À la fraîcheur des étoiles m’instruire

des choses auxquelles on peut donner un nom - premiers crocus

 

 

Soleil lune étoiles éclairs

fils flamboyants de l’instant -

oh ! que nous nous sentions libres !

 

 

Paisiblement assis

après avoir erré en furieux -

ombrage dans la forêt.

 

 

Comme barque mouvante sur la mer.

Ni en avant ni en arrière -

regarder

 

 

Éphémères

mais non vains -

les dons du ciel.

 

 

Sous l’ombre de la forêt

presque oublié -

à l’école du rossignol.

 

 

Les eaux mugissent contre le roc

et l’orage hurle dans la forêt -

paroles de bon augure.

 

 

Un souffle passe

agitant les cimes des bois -

voici la lune.

 

 

Les fleuves mugissent indifférents

et cependant

qui ne les aime ?

 

 

Là-bas

là où le sentier longe la rive abrupte -

chêne et peuplier argenté.

 

 

 

   *

 

Haut dans l’air

l’oiseau d’orage

appelle le jour.

 

 

Oisif et taciturne

faites d’argile fraîche et de nuées

ma pensée se construit des formes.

 

 

Immobile sur un fond de brume

le soleil planait suspendu -

montagne claire.

 

 

Comme autant de bourgeons

les feuilles pendent repliées -

la forêt dévale la pente.

 

 

 

 

Emporté entraîné malgré lui

tel le fleuve de roc en roc -

étrange nostalgie de l’abîme.

 

 

Mûrs et recuits dans la flamme

les fruits gisent exposés sur le sol -

collines du ciel.

 

 

À l’approche de l’aube

t’attendre sur la colline -

où es-tu lumière ?

 

 

Chênes

vous êtes autant de mondes.

Combien j’aimerais être chêne !

 

 

Enfant

je n’ai jamais compris

la parole des hommes.

 

 

Ô vous tous

est-ce vous de nouveau ?

Sommets ensoleillés.

 

 

Le bouleau penche

et la ramée est pleine de bruits -

grises nuées là-haut.

 

 

Comme des feuilles mortes

tombent du haut de la colline -

les rocs.

 

 

C’est en ce lieu paisible

que j’irai te chercher -

délicat colchique.

 

 

Cours incessant des événements.

Jours irrésistibles du destin -

vaste monde.

 

 

Le fleuve rentre dans ses rives.

Le sol rafraîchi reverdit.

Au loin gronde encore le tonnerre.

 

 

Du haut des Alpes

j’entends ton écho -

voix de l’Asie.

 

 

Sommet neigeux

effondré par la lumière -

une eau pure entre toutes.

 

 

Du fond des gorges sombres

monte le chant révolté des torrents -

lande aride au loin.

 

 

Les murs se dressent

muets et froids -

au vent grincent les girouettes.

 

 

S’accomplit en silence

le labeur de l’atelier -

pensers graves.

 

 

Près des fleuves

ici aux sources de la vie -

regard apaisé.

 

 

 

 

 

Dans la brèche des rochers

ne reconnais-tu plus

le jeu plus âpre des vents ?

 

 

La nuit vient

et me voici -

solitaire sous le ciel.

 

 

Inspirés par l’amour

se créèrent un monde -

ces solitaires.

 

 

 

Suivant le cours du Neckar

les saules verdoyants -

montagne rougeoyante.

 

 

Les chemins sont mauvais.

Tout s’en va à hue et à dia -

liberté sans frein.

 

 

Par monts et par vaux

chaque jour je m’en vais -

fraîches hauteurs là-haut.

 

 

La source captée

franchit les collines -

vasque limpide.

 

 

Bouillonne

au fond des coeurs

la sève amoureuse.

 

 

De midi jusqu’au coeur de la nuit

demeurer lucide au banquet -

premières lueurs de l’aube.

 

 

Dans les bois parmi les pavots

ivre d’un doux sommeil.

Depuis ce jour je te connais.

 

 

Sur la feuille jaunie

repose la grappe -

espoir du vin.

 

 

Au-dessus du navire

les nuages étirent leur fumée rouge -

s’émerveiller du mystère des eaux.

 

 

Était-ce le printemps ? l’été ?

Le rossignol mêlait sa voix suave

au chant des passereaux.

 

 

Submergé sous les fleurs

je m’enivre en silence de leur parfum -

nuage auréolé de lumière.