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MAXIMUS D´OLSON

 

Depuis de nombreuses années, Auxeméry travaille à la traduction du grand oeuvre du poète américain Charles Olson, Maximus. Des extraits de ses traductions ont été publiés en revue, et on espère qu´un éditeur s´engagera bientôt dans la publication complète de cet epos. On pourra lire ici deux traductions inédites, plus un essai d´Auxeméry paru dans la revue Le Cri/In´hui

 

Fonds

 

C’est dur, cette histoire. L’Epatant se trouvait là, planté

sur les Bancs des Fonds à minuit, il y a mettons treize ans,

pendant un coup de vent, et il s’est retourné et puis il est revenu

à bon port avec tout le monde à bord

 

Pas un navire ne peut tenir sur les Fonds dans un orage. En tirant des bords

à un quart de mile il y a soixante à soixante-dix brasses de

champ mais droit sur les bancs, et c’est à portée de ligne,

l’eau n’a pas plus de vingt pieds de profond. Seuls les petits

bateaux peuvent passer là par temps calme. C’est si haut que

le varech pousse sur l’eau et quand ça souffle et que

la mer devient grosse, on a cent pieds d’eau qui clapotent sur

le fond, c’est un sale endroit

 

L’Epatant avait suivi la côte en descendant de Terre-Neuve

chargé de hareng congelé. La nuit était noire et le capitaine

avait pas pu s’y retrouver, en tout cas tout ce qu’on a vu c’est

qu’une grosse lame a soulevé le bateau et l’a fait piquer vers l’avant. Il s’est cassé

le nez sur le fond et juste alors une autre lame l’a frappé en

plein sur la poupe et fait passer la poupe carrément par-dessus la proue. Ses

mâts ont touché et se sont brisés. Avec ça, il s’était planté sur les bancs

et flottait encore en eau profonde de l’autre côté, bien droit sur

sa quille même avec les deux mâts rompus fichés à quinze pieds

dans le pont.

 

Les gars bien sûr étaient en bas. Ils ont dit que c’était fichu avant même

de savoir ce qui se passait. Ils n’ont pas du tout compris d'abord.

Ils ont dit qu’ils étaient là assis comme ça et puis ils ont cogné

le pont et puis ils sont retombés en tas sur le plancher. Ils sont montés

sur le pont, tout sonnés, et voilà, c’était le désastre total.

 

L’homme de barre était amarré mais il a dit après que lorsqu’il l'avait

senti basculer il avait pensé que c’était la fin pour lui. Il s’était accroché à la vie

et n’avait pas lâché prise en passant dans l’eau. Mais ça fait un

sacré choc pour un homme et il était assez mal en point. Ils l’ont

emmené en bas et ont fait tout ce qu'ils ont pu et après le retour

au port il est resté au lit longtemps. Finalement il s’est rétabli.

 

On n’a jamais entendu dire qu’un bateau l’ait échappé belle à ce point. Ils

étaient du bon côté sous le vent des fonds, le courant était en

leur faveur si bien qu’ils s’en sont sortis et finalement ont

rencontré un bateau qui les a remorqués.

 

Les faits rapportés sont tels que décrits. L’homme à qui appar-

tenait le bateau était Andrew Leighton de Gloucester, et le capitaine

s’appelait Bearse.

 

 

Lettre de Maximus, n° tant et plus

 

 

 

à-ras-bord                    Un jour un homme voyageait dans les bois, et

il entendit à quelque distance un bruit de pas sur

le sol. Il se mit à la recherche des gens qui

faisaient le bruit, et il lui fallut une semaine

pour les trouver. C’était un homme et son épouse qui

dansaient autour d'un arbre au sommet duquel était un

raton laveur. La marque de leurs pas avait creusé

un fossé dans le sol, et ils y étaient enfoncés jusqu’à

la ceinture. Quand l’homme leur demanda pourquoi ils faisaient

ça, ils dirent qu’ils avaient faim et qu’ils essayaient de

faire tomber l’arbre en dansant pour attraper le raton laveur.

 

Alors l’homme leur dit qu’il y avait un meilleur moyen de

faire tomber un arbre, tout nouveau, et il leur montra comment

le couper. En échange il demanda la peau du raton

laveur quand ils en auraient prélevé la chair. Ils la tannèrent

donc et lui, il partit.

 

Un peu plus loin, sur le sentier de la forêt, il

rencontra un autre homme qui portait sa maison sur

la tête. Il fut d’abord effrayé mais l’homme mit

à terre sa maison et lui serra la main, et pendant

qu’ils fumaient ensemble , et parlaient, l’homme

remarqua la peau du raton laveur et lui demanda où il

l’avait prise. Il lui dit, de l’homme qui dansait et son épouse.

 

Il n’en fallut pas plus, l’autre sursauta. Il lui offrit tout

ce qu’il voulait pour la peau, et finalement la maison. En l’

examinant notre homme fut ravi de voir qu’elle avait beaucoup

de pièces et de beaux meubles. Mais il dit, je n’arriverai

jamais à la porter comme vous. Si, dit l'homme qui

venait d’ailleurs, essayez seulement, et il vit qu’il

le pouvait, elle était légère comme un panier.

 

Alors il partit portant sa maison, jusqu’à la nuit, et

parvint à un coteau de feuillus près d'une belle source d’

eau et la mit à terre. Dedans il y avait un grand lit couvert

d’une peau d’ours blanc, et il était très moelleux, et lui

était fatigué et il dormit très bien. Le matin, ce

fut encore mieux. Pendant des poutres il y avait de la viande

de daim, du jambon, du canard, des paniers de baies et de sucre d’érable,

et comme il tendait la main le tapis même fondit

et c’était de la neige blanche, et ses bras devinrent des ailes

et il vola jusqu’à la nourriture et il se trouvait sur des

branches de bouleau et il était une perdrix et c’était le printemps.

Traduction: Auxeméry

olson.jpg (71146 Byte)

 

Auxeméry

 

 

                                              Charles Olson, ici-toyen

                                               ________________________

 

 

 

                La meilleure manière de lire Maximus, je m'en suis convaincu moi-même sur place, c'est de découvrir – la bouche et la tête ayant oublié le texte du poème, et le corps et le cœur étant seuls à l’œuvre – la géographie de la presqu'île de Gloucester, et ce que l'histoire a déposé de sens dans le paysage, en marchant, en écoutant, en regardant : les points de focalisation détermineront des voies et des lignes, qui feront que les noms des lieux et les actions de ceux qui les fécondèrent reprendront sens, et que le texte du poème reviendra à la mémoire...

                Je veux dire qu'il y a dans Maximus une profonde nécessité. Ce qu'Olson a nommé son epos est d'abord une lecture du paysage humain (chaque chant revenant comme le ressac sur le rivage éclaircir la vision des choses et la compréhension des gens), la structuration particulière de la page par la distribution des strophes et des lignes de signification étant la conséquence de cette nécessité. On pénètre dans le "champ" du poème comme on entre dans le champ de la vision ; toute perception précède comme elle suit une autre perception et c'est en avançant dans cette relation sensible avec le monde, en mouvement permanent de connaissance et grâce à l'action conjuguée de tous les sens que se construit le texte.

                Ainsi Charles Olson qui jouait, enfant, aux Indiens grimpa-t-il un jour sur le rocher (au bas de la maison de ses vacances – le texte est celui de la Lettre 11 du livre premier de Maximus) où est inscrit, sur une plaque de bronze, l'acte fondateur de la Cité: la Bataille du Poste de Pêche, qui opposa au début du XVIIème siècle les marins anglais exploitant ce coin de rivage et les Puritains nouvellement débarqués à quelques lieues plus au sud, qui tentaient de s'approprier grâce aux services de soldats mercenaires des territoires dont ils voulaient faire le royaume de leur rêve intégriste (déjà l'Evangile du profit meurtrier, et moralisateur dont nous voyons les suites, aujourd'hui encore, dans le monde!)... Le jeune garçon s'accrochant au rocher entend brusquement une voix déclamant le nom d'une ville légendaire: ce sont des acteurs répétant une pièce de théâtre, et le protagoniste principal joue le rôle du Découvreur John Smith...

                Là commence la Cité. Et là naît Maximus... Au sens où le mythe est cette concordance des déterminations (inconscientes/conscientes) de l'individu avec les grandes lignes de signification que lui proposent le temps et le lieu qui doivent devenir ceux de sa propre réalisation.

                "The rock reads...", ainsi débute la lettre adressée par Maximus à sa Cité. En effet, ce que dit le Rocher des Origines, c'est l'effort d'être et de comprendre du corps du jeune garçon, et la réalité des faits que l'histoire a inscrite là.

                La relation de Maximus et de sa Cité est de type amoureux, dont le type a été mis en scène par Olson dans une pièce de théâtre dansée, au temps de Black Mountain: le danseur du monde est Apollonius, qui, parti de sa ville de Tyane, ayant vu et marché, et ayant écouté ce qu'avaient à lui dire les sages (les Gymnosophistes, ceux qui, nus, reçoivent la vérité comme vêtement) et les puissants (les césars et les christs) revient dans sa ville, et s'identifie, par son nom même, au destin de celle-ci. Rien par conséquent de l'apologue d'une vaine sentimentalité nostalgique.

                Le citoyen à la Maximus est un herméneute qui va aux sources de la connaissance pour apprendre à épuiser le réel. Condenser les mots en blocs syntaxiques que la dramaturgie de l'énonciation fera passer dans le corps et le cœur des entendants, voilà... Olson lisant son poème: une sorte de théâtre à acteur unique répondant au chœur de ses concitoyens. Un des modèles de Maximus est la tragédie eschylienne, récitation dramatique du destin individuel face à l'événement permanent du monde.

 

                Revenons parcourir les rues de Gloucester.

                Entrons dans l'Hôtel de Ville. Le lieu du débat citoyen par excellence. Là doit se lire ce qui fait loi, ce qui engendre et ensemence, ce qui contraint, établit et ordonne. L’œil ici entend ce qui fait sens pour une communauté. La grande salle d'apparat de l'Hôtel de Ville de Gloucester, Massachussets, est bien sûr peuplée des portraits des magistrats de la Cité – tous personnages pénétrés d'une morale civique de haute tenue, démonstrative dans le maintien austère.

                Un peintre a offert un jour à la municipalité un portrait d'Olson: œuvre de facture esthétiquement peu convaincante, certes; mais intention louable. Que faire? Où caser l'effigie du poète parmi tant d'édiles magnanimes? D'autant que le nom de Maximus restera peut-être quand ceux des Illustres de la Cité aura glissé vers l'oubli, et qu'Olson (ce double de Maximus, à rebours!) ne cessa, dans les dernières années de sa vie, de bombarder le journal local de lettres de protestation (la destruction des vieilles bâtisses historiques et des perspectives urbaines) et de suggestions (la mémoire due aux réelles figures symboliques).

                Sous un escalier dans un couloir adjacent! Là se trouve le portrait du poète. Mauvaise conscience reléguée au placard. Effigie quasiment mise aux combles – crainte de croiser son regard.

 

                Voilà pourquoi.

                Lettre 35 du livre I de Maximus, intitulée John Burke.

Olson utilise un fait réel (dans ses archives, la coupure de presse): un incident au Conseil Municipal, lors de la remise d'un certificat de bons et loyaux services à un édile. Le nommé John Burke refuse de se lever pour applaudir son collègue: il sait, de science sûre d'aigrefin, de quoi est faite la morale des beaux parleurs; et, ce jour-là, celui qui fait le discours le vise personnellement, sous couvert d'une petite fable allégorique...

Maximus, organisant l'espace d'énonciation de la vérité des faits, cite, commente, et conclut par une note, où son entreprise se définit, à partir d'une comparaison linguistique avec les langues indiennes, et terminant, paratactiquement, sur le jingle d'une comptine anglaise, celle du docteur Foster qui s'en allait à Gloucester –.

 

John Burke

 

 

            John Burke ne s'est pas levé

            pour le Conseiller Smith, et n'a pas signé

            le parchemin d'honneur

            calligraphié

            par Flanklin E. Hamilton,

            des Travaux Publics

 

            Regard fixe, contraction

            du visage, Burke

            s'est cantonné dans

            son refus (en ces

            matières d'âme l'homme privé

            vit partagé

            entre inspectio

            et judicium, juge

            ou femme de mauvais conseil

            qui font de nous

            leur jouet) il transpirait, Burke

            transpirait, sans aucun doute,

            dans sa solitude – sinon n'aurait pas dit:

            "Je suis pas un hypocrite"

 

            Contre les usages gominés

            de la cité actuelle (de la nation) ce politicien

            lui-même animal tordu

            puant de la gueule, escorté

            de dégourdis de poisons pilotes

            requin lui-même, le voilà

            refusant

            l'onctueux/l'impudence

            des conventions

 

            Il a dû écouter, pendant que Smith

            l'épinglait avec la charmante décontraction

            des gens qui vont se fournir en sodas

            au Drugstore Sterling, dîner en ville

            d'un gratin de flétan à

            la Taverne, alors tous d'applaudir

            à toutes mains (les yeux au ciel)

            enchantés d'être enchantés par

            Mr. Smith, Esope à la mie de pain, débitant

            sa fable, comme quoi la bête

            s'était emparée de l'homme (Burke)

 

            "Obsédé par la peur", disait le Bon Apôtre

            avec sa face de bouffi,

            "il s'est rongé les sangs toute la vie" (je vois bien Burke

            se ronger les sangs – lui qui a ses entrées ici et là,

            porte inscrit sur sa bouche de belette les recettes pour

            bouffer au râtelier, lui qui sait quelques coins où Smith

            n'ira jamais fourrer le museau, et qui en connaît

            un rayon) Burke restait assis à écouter dégoiser le faiseur

            de paraboles (l'affairiste est de nos jours le ministre du culte)

 

            "il se faisait du souci,

            quelque chose d'affreux allait lui tomber

            dessus" (alors qu'une chose est sûre,

            grâce à tous les vetos

            qu'il a opposés lors des votes, Burke

            tout au souci de

            l'avenir, celui

            de la cité, des rubans à lui mettre,

            s'en est mis à l'abri, tout comme Smith) "la peur",

 

            disait ce brave gros-cul d'Harvard,

            "l'objet de sa frayeur" (Burke, avoir peur)

            "n'est jamais apparu. C'est la peur elle-même" (ô, ma ville,

            ta putain) "comme une bête dans la jungle

            qui l'a dévoré" (un sacré morcif,

            le p'tit Burkie) "et il a été incapable"

            (hôtel de ville – tout le monde descend)

            "de mener aucune action

            constructive" – ah

 

                                    là on va s'asseoir

                                    et on attend que le juge

                                    ou la déesse de la discorde

                                    (elle porte une cité dans sa chevelure)

                                    vous montre le chemin de la vie

 

                                    _____________________

 

            Steele a demandé alors de voter en se levant

            pour approuver les résolutions inscrites

            sur le parchemin du conseiller.

 

            Chacun des membres du conseil a voté,

            excepté Burke, qui est resté sur son fauteuil,

            à fixer la table

 

 

NOTE POUR CI-DESSUS

 

                        Pour s'exprimer comme les Yana-Hopi sur ces matières

                        dont moi, en tant que Maximus, je me mêle

                        (c'est-à-dire Gloucester, et moi-même en tant qu'ici-

                        toyen, en d'autres termes dans Maximus les rapports

                        locaux sont nominalisés) on pourrait dire,

                        le Yana étant une langue de Californie du Nord, &

                        le Hopi un langage particulièrement adapté au

                        topologique en tant que caractère libidinal

                        premier de l'homme, et par conséquent à tout ce qui

                        fait proximité: métrique devient cartographie, et

                        pour parler le jargon moderne, moyen congruent d'

                        émettre une proposition), moi donc, tel Mister Foster qui

                        s'en venait à Gloucester, ça donne:

 

                                                                        "Et passé-m'en-venir

                                                                        Gloucester-à-l'intérieur,

                                                                        étant Fostéravisé du

                                                                        petit-Charlie-qui-naquit

                                                                        à-l'intérieur"

 

            Tout est là.

                                1/ La présence des protagonistes: le portrait n'est pas rare, chez Olson. Ici, la satire. La Lettre 19 ("lettre pastorale"), par exemple, taille des croupières à un bel avorton, le prêcheur au prosélytisme indécent qu'Olson et son épouse croisent dans la rue: I have known the face/ of God./ And turned away,/ as He did,/ his backside, conclut Maximus. Ailleurs, c'est l'éloge de tel ou tel héros positif: le charpentier Stevens, l'inventeur de la goélette, au XVIIIème siècle; la veuve Babson, à la postérité nombreuse et variée, etc. Le poème couvre trois siècles d'histoire.

                Le citoyen Maximus est mu par cette obsession simple, qu'il existe des perfections humaines, dans l'action qu'on peut mener relativement aux membres de la communauté; et qu'en conséquence les confusionnistes de tout poil et acabit ne sauraient être de sa circonscription...

                        2/ C'est ici l'occasion d'une donner une définition simple de l'epos et du mythos. Olson, et son double Maximus, sont lecteurs de dictionnaires, autrement dit cultivateurs de racines:

                                                - epos = tissu chanté de l'action humaine. Le terme est issu d'un radical signifiant "coudre". Le faiseur d'epos est un couseur de mots.

                                               - mythos = mise en scène de l'action grâce aux "figures" qui l'animent. Le mythe est la parole figurée qui raconte le vrai de ce qui est.

                Le meilleur exemple en est la Lettre 3, qui commence par

                "Tansy buttons, tansy / for my city..."

Il s'agit d'une adresse à ses concitoyens, sous l'emblème de la tanaisie, la fleur des fossés qu'on nomme aussi le "sent-bon", et qui, en quelque sorte, nettoie la "cité" des pollutions politiciennes diverses dont la "nation" l'a embaumée.

La tanaisie, Olson s'y roulait encore enfant, pendant ses jeux d'été, sur la plage où s'installèrent ces premiers pêcheurs, qui devaient affronter la vague de Puritanisme mercantile, dans les années 20 du XVIIème siècle, à deux pas du Rocher... Son odeur doit recouvrir l'odeur des malversations et des ignominies cachées des "possédants", des capitalistes, des exploiteurs -- vase à marée basse.

                C'est dans cette Lettre 3 que Maximus se définit lui-même comme la "personne-racine à l'endroit-racine", là que l'identification du citoyen à la cité est effective.

                                3/ La lettre consacrée à John Burke rejoint d'autres lettres où est dénoncée la cacophonie des slogans de la publicité et de la démagogie, ce qu'Olson-Maximus appelle "mu-sick" (= la mal-odie, la musaque, le saccage des oreilles) qu'il fait suivre de "trick (= l'arnaque), le contraire du discours de vérité de celui qui use de la parole poétique. La Lettre 3, à nouveau, parle de la cité comme d'un lieu "hétérogène": son peuplement a été historiquement très divers; les exploitants des bancs de morue de l'Atlantique nord venus du Portugal ou du pays basque, s'y sont mêlés aux navigateurs italiens et aux charpentiers de navires anglais, et le premier à avoir désigné le site de Gloucester comme le "beau port" fut le Français Champlain... L'esprit de clocher n'a rien à faire là ; si la déesse tutélaire du lieu, "Notre-Dame du Bon Voyage" (la statue de la Vierge sur une église, fixe le paysage de Gloucester, et Maximus en parle à la façon dont le voyageurs Pausanias ou Hérodote le fit des contrées qu'ils fréquenta), tient un emblème dans ses bras, c'est sous les espèces d'une goélette et non de l'Enfant divin. Dans la lettre 4, Les Chants de Maximus, l'aède exprime son éthique personnelle: rompre en visière avec ce monde de la fausseté, et de la saleté...

                Qu'en conclure? Olson est-il en train de décrire une cité quelque peu idéale, ou plaide-t-il seulement pour laisser cours à la réalisation de l'individu au sein de la communauté?

                Il dénonce les gauchissements de la civilité, mais c'est également pour mettre en avant une autre idée: la "cité" n'est pas la "nation"... Le lieu de réalisation n'est pas la "masse" orientée vers les idéaux; et la démocratie américaine n'est pas ce rêve de fraternité enthousiaste qu'on a pu lire chez Whitman. L'homme d'Olson, à ce point de vue, c'est Melville, pas l'auteur des Feuilles d'herbe...

                        4/ La fable ignoble du tartufe politique qui s'amuse à blesser publiquement son adversaire en faisant rire à ses dépens, voilà la perversion du mythos comme du logos.

                Autre définition :

                                               - logos = pensée rationnelle du réel et rédaction de cette pensée réfléchie. Le modèle en est Thucydide. Hérodote étant, à l'inverse, le modèle du Logographe, l'écriveur de mots sensés issus de l'expérience, est plus proche de la source.

                Lettre 23, commençant par "The facts are": Maximus y examine les rapports entre mercantilisme post-médiéval et naissance du capitalisme moderne, sur ce rivage où s'établirent les colonies qui allaient déterminer l'avenir du Nouveau Monde.

                La formule centrale en est la suivante:

                I would be an historian as Herodotus was, looking

                for oneself for the evidence of

                what is said...

 

                La recherche de la preuve de ce qui est dit est dans le réel lui-même. Et Maximus de citer le fait originel: la présence d'un nommé Winslow à Cap Anne en 1624, là où deviendra ce qu'elle devait être la polis... Concordance du temps, du lieu et de l'être humain – le commencement même.

                Passer le réel au crible afin de lui donner forme et sens: la tâche de Maximus,. La parole poétique: soit epos (discours narratif rythmé), soit aussi mythos (discours figuré/adresse aux concitoyens). Le logos est autre chose, c'est Platon, issu de Socrate – "taking this crack/ at Homer's sweet-versing"); il ordonne, mais n'opère pas, de façon aussi sensible.

                                5 / Le "caractère libidinal", enfin, des relations entretenues entre la langue et le lieu. Poésie et cartographie ont cette parenté, qu'elles parcourent le champ d'investigation, au hauteur d'homme. Une autre lettre de Maximus se termine par exemple par un relevé de sondages effectués dans les eaux d'approche du Port de la Cité, c'est-à-dire dans la matière même du réel nourricier..

                La parole poétique ne se distingue pas pour Olson de la parole citoyenne: c'est ce boustrophédon obstiné qui trace sur le sol de la cité les mots de l'epos, la parole chantée qui ensemence et celle qu'on entend d'"oreille" (Lettre 1) quand on est à l'écoute du monde. Celle qui transfigure: Maximus naît de la mer, comme sa cité à l'horizon, vers laquelle le mouvement des éléments le porte.

                                6 / Ce lien étroit entre le poète et la cité élue, quel est-il, maintenant?

                Dans ma traduction, je choisis de rendre par "ici-toyen" ce qu'Olson écrit avec les 2 traits d'union normaux de l'orthographe du terme employé, mais ce mot est divisé par un rejet sur le vers suivant:

                "...here

                -a-bouts..."

                Et puis l'expression qu'il emploie est exactement ceci: "myself as here/-a-bouts" ("in the general vicinity", dit Webster).

                Maximus n'est évidemment pas le porte-bannière d'un "engagement" politique. Et même historiquement & biographiquement, c'est après avoir abandonné la politique au sens quotidien du terme (Olson était employé durant la guerre au service de propagande du parti de Roosevelt) qu'Olson, à 35 ans passés, a pris conscience de sa véritable vocation de poète.

                                Partons plutôt de la rencontre d'Olson avec Pound. Ayant lu Pound au début des années 40, il a reconnu l'observateur des tares de la démocratie. Il a connu aussi en lui l'être qui a pris cependant la voie morte de l'opposition stérile et brouillonne, tout en jouant pour lui le rôle d'un "père" en écriture, d'un accoucheur de vocation.

                Olson était présent lors de la mise en examen de Pound, et décrit dans ces carnets (intitulés pour lui-même Cantos!) l'intellectuel haut-de-gamme sommé de répondre de son aveuglement face à un ensemble de citoyens représentants la République...

                Olson: "...il faut certes que Pound passe en jugement pour prouver que les poètes sont des citoyens responsables". Mais c'est là le point, précisément. Car nous savons tous que "la responsabilité de l'écrivain en tant qu'écrivain ne se détermine qu'en regard du sens qu'il accorde à la vie, et non eu égard à l'état, à la justice telle que le système la pratique."

               C'est donc l'examen de l’œeuvre qui compte d'abord, et non l'attitude de la personne; car la personne quelle que soit sa position, il faut suivre Pound sur ce point, n'a de "valeur" elle-même que si elle a les "tripes" de défendre sa position... Et en condamnant Pound, il se peut bien, poursuit Olson, que la démocratie américaine se juge elle-même: que comprennent ces gens du jury au débat? La critique de Pound, aussi détournée en ses fins qu'elle soit, n'a-t-elle pas quelque pertinence?

                De plus, Pound dit que le problème n'est pas dans la question hamlétienne, d'être ou non, mais bien celle, en notre temps, de manger ou de ne pas manger... (Cela se trouve dans l'ABC d'économie d'EP.)

                Deux points très précis donc, à partir desquels la réalité de la démocratie sera lue par Maximus/Olson:

                                               1 - d'une part, le Canto poundien, son commentaire idéogrammatique (d'ordre idéologique, et d'ordre formel) de l'ordre des choses (politique, histoire, économie, communauté des vivants qui agissent, pensée des morts qui irriguent l'action des vivants, etc.). C'est Pound qui fournit l'instrument, et la méthode: le cadrage de la page dans les poèmes de Maximus vient de là. Juxtaposition, investissement projectif du champ par la ligne de sens dictée par les ruptures et les ressauts de souffle dans la lecture du réel.

                Politique, économie et poétique ne sont pas séparables. Tel est le sujet de Maximus; Olson le tient de Pound, et accessoirement de Williams, en ce qui concerne la localisation du problème.

                                               2 - à cela, il faut ajouter le sens de l'"espace" américain tel qu'Olson a appris à le lire chez Melville.

                On se souvient d'Appelez-moi Ismaël : "Je considère que l'ESPACE est la réalité essentielle pour l'homme né en Amérique... La géographie est à la source de tout, l'Amérique est une terre immense et infernale depuis l'origine." Et plus loin, ceci:

                "Les Américains se voient très bien eux-mêmes en démocrates, mais c'est un fantasme. Et leur véritable triomphe vient de l'utilisation de la machine, car c'est elle qui a maîtrisé l'espace.

                Melville est celui qui dans Moby Dick a montré cette volonté de vaincre la nature qui se trouve au cœur de chacun comme de tous. Et Achab n'est précisément pas un démocrate."

                "Nous sommes le dernier des peuples primitifs, nous l'oublions aisément et dépassons la mesure", conclut Olson.

                Bref, les Américains ne sont pas des Grecs!!!

                Règne de l'hybris!!!

            Comme le rappelle encore Robert Creeley dans sa préface à l'édition récente complète des textes en prose d'Olson, en évoquant la naissance de leur amitié: "Il nous fallait devenir des égaux, ce qui est véritablement ce que dit Olson à qui veut bien le lire – et ce que nous avons en partage, le sentiment d'être une personne liée à un lieu d'origine, en l'occurrence la Nouvelle Angleterre. Comme l'équipage du Pequod, nous sommes le fait d'une démocratie qui ne se pense pas elle-même comme telle mais fonctionne ainsi. Nous avons foi en la connaissance, la gnosis, nous considérons nos mondes différents comme un affrontement électoral à la manière d'une primaire. Nous lisons nos vies littéralement comme des livres."

                C'est ce qu'énonce la Lettre 27 dite "retardée" dans le Volume IV-V-VI de Maximus:

"A vrai dire il n'y a pas d'ordre personnel/dans ce dont j'ai hérité. // Nul Grec ne pourra distinguer là mon corps. // Un Américain/ est un complexe d'occurrences,/ elles-mêmes étant une géométrie/ de nature spatiale."

                D'où, enfin, la définition de la cité.

                Olson a dit quelque part, dans un texte recueilli dans Muthologos, que la seule communauté qui lui ait paru répondre à la définition, c'était en fin de compte Black Mountain College. Evidemment il avait en vue là-bas une réunion active d'esprits attelés à la tâche d'éducation de soi. Laquelle est décrite par Olson, et en vue de Maximus (dans un autre texte, A Bibliography On America For Ed Dorn) comme la résultante d'un processus particulier situé à l'intersection de deux axes, là où le temps historique des événements vécus en commun (migrations, conflits culturels et économiques, établissements colonisations...) rejoint le domaine de l'accumulation (thésaurisation et profit, affrontements créateurs d'institutions, mémoire collective, technologies) vient croiser l'axe du "comment et non quoi" qui détermine l'accomplissement de la personne.

                Le modèle olsonien de cette réalisation de soi est bien plus Ulysse qu'Hamlet ou Achab, ou mieux encore c'est Apollonius de Tyane, dont j'ai déjà parlé. Deux des caractéristiques d'Apollonius seront aussi celles de Maximus:

                        - opposition à la "nation", c'est-à-dire à l'état en ce qu'il repose sur ce qu'il appelle le "césarisme" et le "christisme". Dans Maximus, cela devient interrogation sur les origines de l'impérialisme et le puritanisme des Fondateurs de la Nation.

                                - identification du héros/héraut avec le lieu de sa naissance. Apollonius de Tyane est bien le frère aîné de Maximus de Gloucester. L'identité de l'être se manifeste dans cette liaison copulative, qui signe la réalisation de soi. Formule du mythe véridique – ce que dit la parole de Maximus, là où le mythe donne sens et forme à l'histoire de tous et à l'aventure individuelle, afin d'édifier le destin commun.

                La cité est donc le lieu de l'accomplissement.

                Le citoyen Maximus est un d'abord un arpenteur du réel, un homme qui mesure, fait jauge, parcourt des yeux en même temps qu'il parle et décrit les actions, l"archéologue du matin" (in The Present is Prologue). Là réside tout le labeur poétique.

 

                Pour finir donc, la Lettre 6, commençant par "polis is/eyes"

Il y est question d'un autre personnage appelé Burke, un pêcheur cette fois. Et de Maximus lui-même. Qui va sur le terrain trouver sa matière personnelle. Le parler construit du mythe (résultat de l'enquête à la manière d'Hérodote) énonce la vérité des faits. Là ce sont les rapports entre les hommes agissant dans le temps et les dieux qu'ils se donnent – c'est-à-dire les motivations essentielles auxquelles ils se soumettent et qui constituent leur être, l'anima mundi, et par conséquent aussi les lieux élus par leur agir.

 

 

LETTRE 6

 

la polis, c'est

des yeux

 

            (Moulton a gueulé ce jour-là,

            "Où as-tu pêché ces lunettes?"

            – moi, béjaune, je venais de

            repérer trois espadons dans le reflet du soleil, là

            où en principe on ne pouvait se payer le luxe de les voir,

            on se serait usé les yeux à chercher un aileron à cet endroit-là

 

j'ai souffert depuis,

de cet enthousiasme

 

            ainsi mon cœur n'a jamais battu si bien

            que le jour où cet Anglais, je veux être damné

            s'il n'était pas un grimpeur confirmé,

            aurait dû me battre

            sur la piste de L'Ange de Lumière

                                                            et c'est moi qui l'ai battu

            à la descente, j'avais une barre de chocolat, nous en mangions tous

            nous nous gelions les pieds dans le Colorado

                                                                                    C'est arrivé comme ça

            j'étais crevé, je me cassais la figure à chaque pas,

            je m'affalais dans la poudre fine, c'étaient les mules,

            montées par des gens plus malins & plus riches,

            qui avaient concassé le grès en marchant)

 

Une folie pareille ce n'est pas toujours de mise, mais je n'ai pas remarqué

que les gens vraiment dégourdis n'aient pas suivi le même exemple

en repoussant leurs limites

                                                (au-dessus de moi,

            quand Moulton a hurlé depuis la barre,

            se trouvait Burke, voûté sur le maître-mât comme un contrepoids

            sur le mât-girouette, à croupetons sur la bande de toile,

            nous autres debout dans les agrès et les filins, tous

            comme des oiseaux au pigeonnier, et lui le chef

            et c'est bien ce qu'il était, un excellent professionnel, avec ses yeux

            de goéland, ou de Portugais,

            et la longue visière de sa casquette, on aurait dit un bec

            même si nous tous nous portions la même

 

C'est curieux, ce Burke à terre était un poivrot (mais un dimanche,

je l'ai vu sur le quai avec ses gosses, leur montrant le bateau, il avait mis

un complet bleu, et le canotier à l'ancienne, c'est la seule fois que je l'ai vu comme ça,

dans le genre des portraits ovales qui sont

pendus dans un peu tous les salons

                                                   pas du tout la même allure que notre homme avait

sur le pont en mer dans son ciré (Olsen, lui aussi, après deux jours de relâche, se pointait

en chemise blanche et chapeau mou flambant neufs, Hypérion

empoté que ses hommes avaient roulé à bord,

à l'appareillage,

dans une brouette)

 

Ca tient debout ces hommes-là

 

                        Burke élevait sa famille

                        dans une cabane au-delà du marais;

                        et Olsen, on me l'a dit depuis,

                        charrie du poisson, pour les Gordon-Pew,

                        c'est le boulot le plus bas, à Gloucester,

                        le boulot par où on a tous commencé

 

                        le jeune Douglas, qui n'est jamais allé en mer,

                        c'est autre chose, lui, il est dans un bureau d'en face

                        aux Gordon-Pew, c'était un bon joueur de base-ball

                        si bien qu'il est monté en grade, et vite:

 

                        il m'a donné des boîtes de maquereau cuisiné,

                        la dernière fois que j'étais là-bas, "pour le retour"

                        qu'il m'a dit, et moi je pouvais pas lui dire que je détestais

                        les pique-niques

                                                            ("pique-nigauderie", avait rugi Pound

                        quand Connie avait proposé de prendre du poulet grillé,

                        et que nous le sortions de St-Liz pour l'après-midi,

                        pour aller manger le long des courts de tennis

                        au-delà de l'Anacostia

                                                            moi j'étais contre

                        pour une autre raison, à cause des avions de la Navy

                        qui rugissaient juste au-dessus, et le bavardage des malades

                        était plus à mon goût comme fond sonore

                        pour le grand homme, en habit noir et chapeau à larges bords, l'homme tout entier

                        en mouvement, la dégaine mouvante

                        de Pound

 

Des yeux

& la polis,

pêcheurs,

& poètes

            en chaque tête humaine que j'ai connue sont

            à l’œuvre

ensemble

l'attention, et

la conscience

            toutefois pour la plupart chacun de nous

            nous choisissons notre propre

            parentèle et notre propre

            concentration

 

 

2

 

 

Et le petit nombre – va sans dire, idem dans l'économie

à grande échelle. Il n'est pas vrai que le grand nombre,

même dans la pêche, comme à Gloucester,

soit la jauge

                        (c'est là que Ferrini, comme beaucoup,

                        se trompe

 

oui peu ont

la cité, la polis

dans l’œil

 

                        Les grands patrons portugais,

                        eux oui. Ils réinvestissent l'argent

                        dans leurs moteurs, dans leurs navires,

                        toutes les familles le font, ils le remettent

                        là-dedans. Ils sont les prolongements de leurs carrières

                        d'hommes de vigie – tous des types à la Burke

 

(le jour où nous étions tous en rond sur le quai à examiner le Laura Dysart, l'entaille dans son étrave, et son mât de misaine abattu, à l'endroit où le Magellan l'avait éperonné. Et Dysart en personne qui racontait tout ça, il avait encore la chose là devant lui, comment ni lui ni le Capitaine Rose n'avait voulu céder la place, tous les deux attaquant le même poisson. Ce qui m'a frappé, c'est l'admiration de Dysart, pour la manière dont le Magellan l'avait doublé, grâce à la vitesse de ses Diesels, et lui en train de dire qu'il était sûr que Rose avait repéré le poisson aussi tôt que lui, et même que pourtant il était derrière lui, ah ces satanés bons yeux des îles, et lui, Dysart, et son navire, témoins de ça

 

Oui peu le veulent, faire

en sorte que le grand nombre

ait sa part (pour comprendre,

c'est pareil)

 

mais ces quelques-uns...

 

                        Ce qui m'en bouche un coin, c'est comment les autres pensent

                        qu'on fait pour avoir les yeux

                        perçants? un don? bah   amour-propre? à prouver   dieu? se renseigner

                        auprès du vieux papa-gâteau

 

Il n'y a pas de hiérarchies, pas d'infini, pas de grand nombre en tant que masse,

seulement des yeux dans toutes les têtes,

pour regarder avec

 

 

                Si on veut donner une définition de Maximus ici-toyen, ce serait ceci: un cartographe, un sondeur, un marcheur, un écouteur, un voyant des choses qui sont telles qu'elles sont, un diseur de vrai, un couseur de mots. Un correspondant, en somme: un être que l'expérience du réel fait se tourner vers la lecture et l'écriture, afin d'en montrer la vérité. Et qui transmet cette vérité. Un "pédagogue", donc.

                La vérité étant simplement "ce qui est dit".

 

                "Il est possible, dit Gerrit Lansing, qu'en dernière analyse, Gloucester – l'histoire de sa naissance de sa décadence en tant que ville-archétype américaine – ne soit pas le véritable sujet du poème. Peut-être Gloucester est-elle seulement le véhicule du poème, comme le navire d'Ulysse, ou mieux, le vaisseau bouddhiste dans lequel on voyage vers l'autre rive et dont on lâche la corde quand on a atteint le rivage..." Et peut-être Olson "a-t-il découvert par ce moyen ce rivage éloigné, cette lumière si ardemment souhaité dans sa vie. Et peut-être ne l'a-t-il trouvée qu'en s'établissant à demeure sur ces rivages-là, en se consacrant à cette cité de Gloucester, et nulle part ailleurs."

 

                Maximus ne dit-il pas qu'il est venu à la dernière époque où vivait l'homme?!... Eh bien, nous sommes, nous, d'un temps d'après, où l'homme ne sait peut-être plus comment réaliser le réel, et simplement vivre. La leçon de Maximus est là: où est le monde dont nous pourrions de nos jours nous dire en vérité les citoyens, quand plus rien ni dans l'ordre des choses ni dans la conduite des gens ne veut faire sens ni prendre forme? Quelle poésie dès lors reste possible?

 

                Auxeméry – Amiens 1999 / Rocca Fortis 2000

 

Paru dans

Poésie américaine (1950-2000)

LE CRI / IN’HUI 56/57

mars 2002

               

 

 

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                Citations tirées de:

                The Maximus poems, edited by George Butterick, University of California Press, 1983.

                Muthologos, tome I et II, edited by George Butterick, Four Seasons Foundation, 1977.

                Maximus to Gloucester, The letters and Poems of C.O. to the Editor of the Gloucester Daily Times, 1962-1969, edited by Peter Anastas, with a foreword by Gerrit Lansing, Ten Pound Island Book Company, 1992.

                Collected Prose, edited by Donald Allen and Benjamin Friedlander, with an introduction by Robert Creeley, University of California Press, 1997.

                Charles Olson & Ezra Pound, An Encounter at St. Elizabeths, edited by Catherine Seelye, Grossman Publishers, 1975.

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Olson quoting Novalis, d´Auxeméry