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LÉOPOLD SÉDAR SENGHOR

Nouveau:

Serge Meitinger: Les dimensions de temps et de monde
dans Le chant de l´Initié de Léopold Sédar Senghor


Le dernier numéro de la revue Notre librairie (revue des littératures du sud) contient un dossier consacré à Léopold Sédar Senghor. On peut télécharger le dossier et tout le numéro sur le site

On y trouve notamment un entretien, et ces lignes sur la négritude qui nous font sortir de la rhétorique identitaire et entrer de plain-pied dans un espace poétique vivant:

« Il y a d´abord la présence de la négritude chez les Nègres et il y a là présence de la négritude chez les Blancs. Je commencerai par la présence de la négritude chez les Blancs. (…)
Je l´ai dit à l´occasion de mon dernier voyage aux Etats-Unis, ce qui me frappe chez William Faulkner, c´est la négritude de sa phrase par l´emploi des images symboliques, par le rythme. Je pense donc que la présence des valeurs noires, la présence de la négritude non seulement aux Etats-Unis mais encore en Europe est une des réalités du monde contemporain. C´est mon ami le peintre Pierre Soulages qui me disait : L´esthétique noire, c´est l´esthétique même du vingtième siècle ».

Mais il y aussi la présence de la négritude chez les Noirs. Ce qui m´a frappé au cours de mon voyage à la Martinique, à la Guadeloupe et à Haïti, c´est de sentir qu´en nous voyant nous Sénégalais, les Martiniquais, les Guadeloupéens, surtout les Haïtiens se sentaient noirs. Et ils étaient heureux de se sentir noirs malgré tout le vernis euraméricain. Ces foules étaient restées des foules noires ayant les mêmes réactions que les foules africaines, le même rire, le même enthousiasme, le même humour. (…)

Pour m´exprimer vraiment en Nègre, la négritude c´est essentiellement le rythme, le mouvement, et c´est ça qui est vivant car la vie est mouvement, car la vie est rythme, c´est-à-dire quelque chose d´ordonné et de non prévu en même temps, c´est essentiellement cela la négritude. Cette vie qui étonne, cette vie qui intervient quand on ne l´attend pas, cette vie qui bouleverse toutes les prévisions, cette vie plus forte que la mort. »

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JOAL

Joal !

Je me rappelle.

Je me rappelle les signares à l´ombre verte des vérandas
Les signares aux yeux surréels comme un clair de lune sur la grève.

Je me rappelle les fastes du Couchant
Où Koumba N´Dofène voulait faire tailler son manteau royal.

Je me rappelle les festins funèbres fumant du sang des troupeaux égorgés
Du bruit des querelles, des rhapsodies des griots.

Je me rappelle les voix païennes rythmant le Tantum Ergo
Et les processions et les palmes et les arcs de triomphe.
Je me rappelle la danse des filles nubiles
Les choeurs de lutte - oh ! la danse finale des jeunes hommes, buste
Penché élancé, et le pur cri d´amour des femmes - Kor Siga !

Je me rappelle, je me rappelle...
Ma tête rythmant
Quelle marche lasse le long des jours d´Europe où parfois
Apparaît un jazz orphelin qui sanglote sanglote sanglote.