Œuvres ouvertes

Pays inconnu (4)

un voyage en morceaux

L’arbre était un homme. Il était assis là à côté de la mer et marmonnait ses phrases.

… Je suis complètement d’accord avec vous. Nous devons impérativement changer cela ensemble. Où partez-vous cet été ? Aurai-je la force de rester à ses côtés ? Ne mélangeons pas les torchons et les serviettes. Je suis sûr que tout se passera bien. Accordez-moi juste un instant. Et que ferez-vous quand vous aurez fini ce travail ? Pouvez-vous je vous prie m’aider à monter cette valise ? Merci à vous pour toutes ces informations. Pensez à bien fermer la porte. L’as-tu remercié de ma part ? Ta mère et moi avons pensé que. Nous sommes les gardiens de la rigueur budgétaire. La prochaine boulangerie se trouve au coin de la rue. Sois aimable avec lui…

L’arbre frémissait à chaque instant de paroles mille fois répétées qui, chacune, correspondait à une action passée, présente ou à venir, action infiniment reproductible. Lorsqu’on passait sous ses branches en forme de lianes, sa logorrhée semblait se démultiplier, et je sentais ses mots parcourir mon corps comme si je les avais moi-même prononcés, ce qui, pour beaucoup d’entre eux, était exact. La grande voix m’habitait désormais tout entier, et j’aurais pu rester des jours dans cette ombre bavarde, possédé par elle, sans même plus remarquer que c’était l’arbre qui parlait et non moi.

© Laurent Margantin _ 6 juillet 2011

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