Œuvres ouvertes

Pays inconnu (71)

un voyage en morceaux

Il se souvient d’avoir lu dans le silence. Il se souvient des livres lus dans le silence de sa chambre d’alors. Il se souvient de la musique qu’il écoutait dans sa chambre d’alors lorsqu’il ne lisait pas. Il se souvient surtout de ce disque de Peter Gabriel en concert écouté des dizaines, sans doute des centaines de fois, disque qu’il retrouve au pays inconnu. Il se souvient également de ce premier concert où un couple d’amis de ses parents l’avait emmené à Paris, de ce premier concert auquel le couple d’amis se rendait comme à une espèce de cérémonie rock, début des années 80, concert de Genesis avec Phil Collins déjà (et le couple d’amis avec lui qui regrettait Peter Gabriel comme le grand prêtre perdu du groupe). Il se souvient d’avoir lu dans le silence avant ou après avoir écouté Peter Gabriel dans sa chambre d’alors, il se souvient de cette alternance entre la littérature et le rock, il ressent dans la distance cette permanence de rythmes entre la littérature et le rock que Peter Gabriel représentait pour lui à l’époque – et à réécouter aujourd’hui c’est la même émotion provoquée par la musique –, il ressent cette permanence de rythmes traversant les phrases lues ou entendues, dans le silence ou dans la musique, il ressent cette permanence de rythmes générés par la parole silencieuse ou chantée, par les percussions africaines ou par la lecture des phrases sur les pages. Mais en-deçà de cette permanence des rythmes il ressent également leur genèse dans le silence et dans la musique, dans la musique des phrases et dans le silence entre certains morceaux ou à l’intérieur de certains morceaux, silence précédant ou suivant de vastes éclats sonores, il ressent également cette genèse des rythmes dans le silence et dans la musique de manière alternée ou simultanée, ne sachant plus ce qui est littérature et ce qui est rock, ne sachant plus ce qui est silence et musique dans la littérature et ce qui est silence et musique dans le rock, il ressent cette genèse difficile mais si profonde des rythmes dans la littérature-rock il y a des années de cela, genèse qui continua toutes les années suivantes, genèse qui continue encore aujourd’hui en écoutant à nouveau The Rhythm of the Heat ou Mercy Street, puis lisant ensuite dans le silence sous-tendu secrètement par la musique.

© Laurent Margantin _ 9 août 2011

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