Œuvres ouvertes

Pays inconnu (90)

un voyage en morceaux

Piste au bout du monde, piste au bout du monde  : ces mots ne cessent de me tourner dans la tête depuis que j’ai pris place dans cette machine fonçant à dix mille mètres d’altitude, poussée par des vents de trois cents kilomètres à l’heure.

Piste au bout du monde, piste au bout du monde : je ne sais pas me représenter ce monde, et j’essaye de chasser de mon esprit les quelques images et symboles de celui-ci qu’on me tend. Ce bout du monde a un nom qui lui sert d’identité, des millions d’hommes y sont allés avant moi, mais qui a donné le nom, qui cherche à m’imposer son nom et son identité, à la place du pays inconnu vers lequel je fonce dans cette machine ?

Avant de partir, sans savoir pourquoi, je n’ai parlé à personne de mon voyage et surtout de ma destination exacte, pressentant que je m’enfermerai dans ce seul nom du pays, sûr que je ne pourrais plus voir vraiment le pays avec mes propres yeux, mais que par l’effet de ce seul nom et des représentations qui lui sont associées chacune de mes perceptions, chacun de mes sentiments serait mêlé, pollué même par les quelques images collectives – une poignée suffisant –, petite série d’images qui gêneraient voire empêcheraient le surgissement de visions propres, libérées du nom et de l’identité du pays.

Alors j’ai effacé le nom de mon esprit et au son de Street fighting man des Rolling Stones la machine s’est posée sur la piste du pays inconnu, au milieu du feu de la grande ville.

© Laurent Margantin _ 18 août 2011

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

  • Lien hypertexte

    (Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)