Œuvres ouvertes

En haut

les diapos, 1

France, Villeneuve la Garenne, début des années 70. D’en haut cette vue sur mille fenêtres, le regard de l’enfant sur ce monde géométrique et mystérieux, qui sont ces centaines d’hommes et de femmes derrière ces fenêtres ? Peuple invisible des ouvriers africains qui jouent des percussions le soir, ceux qu’on voit ce sont les vendeurs de tapis passant d’un bloc à un autre. En été, le marchand de glace qui passe en bas dans sa camionnette et fait descendre de tous les étages des dizaines de gamins. L’ascenseur. Les surfaces de gazon où on joue. Les trois frères africains qui montent voir l’enfant quand il a la rougeole et qu’on prend en photo. Les journées de solitude en haut à attendre le retour des parents depuis la fenêtre de la chambre, cherchant tout en bas leurs silhouettes minuscules mais aussitôt identifiées. Ces dizaines, ces centaines de journées passées en haut, à regarder le monde depuis le cœur de la grande construction, démolie il y a quelques années.

© Laurent Margantin _ 25 août 2011