Œuvres ouvertes

Le trépied

les diapos, 2

Sans doute l’avait-il prise de là, cette photo, l’appareil installé sur ce trépied, mais alors pourquoi ce tremblement perceptible qui communiquait un sentiment de vertige face à ce long alignement de carrés noirs sur fond blanc de béton ? Peut-être avait-il pris la photo debout à la fenêtre sans le trépied, lui aussi saisi par le vertige ?

Il y avait toujours eu des appareils photo à la maison. Le trépied était dans le salon, il figurait l’emprise de la photographie devenue bon marché – un art populaire ? – sur la vie familiale, sur la vie de tous les jours. Il fallait photographier cette vie ensemble, il fallait photographier les lieux de la vie ensemble, les rencontres de la vie ensemble. C’en était fini du cliché solennel à l’occasion des mariages, réalisé par le professionnel venu exprès. L’appareil photo était un bien accessible à tous et grâce auquel la vie en famille prenait un sens supérieur, quasi mystérieux, et ce au quotidien.

Le trépied trônait dans le salon comme le symbole de cette emprise de l’image sur une nouvelle génération.

© Laurent Margantin _ 25 août 2011