Œuvres ouvertes

Devant le feu

les diapos, 9

Le résultat de tout ce travail, c’est un feu. Feu où l’on jette les racines et les branches arrachées en une journée à la terre. On a fait venir un tracteur conduit par le beau-fils du fermier vivant un peu plus haut, l’enfant s’est assis à côté de lui sur ce minuscule siège prévu à cet effet. L’enfant a assisté à toutes les opérations de la journée en spectateur. Comment l’on a arraché toute l’épaisse végétation de ce terrain en contrebas de la maison de campagne, comment on a retourné la terre, comment on a rassemblé les racines et les branches un peu plus loin, à l’abri du vent, pour y mettre le feu.

Heureux propriétaire des lieux issu de la petite bourgeoisie de province monté à Paris qui, avec son gendre issu lui d’un milieu populaire, a libéré le terrain ensauvagé pour pouvoir y faire pousser du gazon à la place, où les enfants joueront. Heureux propriétaire des lieux qui réunit dans cette tâche non seulement des représentants de la petite bourgeoise et du prolétariat urbain, mais également du monde rural, en l’espèce le beau-fils du fermier vivant un peu plus haut. On prendra évidemment des photos de cet événement, qui n’est pas en vérité le défrichement du terrain ensauvagé, mais cette rencontre triangulaire où les trois hommes seront immortalisés (comme on dit) autour du tracteur et d’une table où sera servi l’apéritif.

© Laurent Margantin _ 29 août 2011