Du système G

un cataclysme en cours

Samedi, mise en ligne sur les Carnets d’Outre-Web d’un texte intitulé Démolir Gallimard, titre en forme de clin d’oeil au récit d’Eric Chevillard, Démolir Nisard. Mais je me dis que c’est mieux avec Gallimard, ne serait-ce que pour l’allitération.

Depuis samedi, flux de visites continu (la première demi-journée déjà 1200), ce qui montre qu’on a touché là à une corde sensible. Des commentaires à lire également, dont certains tellement révélateurs d’un état d’esprit dominant chez les auteurs. J’en retiens deux (je ne signale pas les noms, pour la plupart des pseudos), toute la question est désormais de savoir si nous voulons continuer à défendre le droit d’auteur en l’état actuel comme la transmission d’un patrimoine à nos descendants, vision pour le moins datée...

(Et surpris de voir tout à l’heure que mes ouvrages sont toujours vendus par la librairie Gallimard !)

"Si un paysan a le droit de transmettre ses terres et sa ferme, alors nous on a le droit de transmettre nos droits d’auteur à nos descendants"


Je publie chez gallimard et d’autres éditeurs depuis plusieurs années, et je trouve votre article au moins caricatural, au pire empreint de jalousie et d’aigreur… c’est vrai qu’il a cet aspect patrimonial, détenteur d’une part de l’histoire de la littérature française, mais c’est aussi un éditeur qui joue son rôle d’éditeur d’aujourd’hui…
vous citez la pleiade comme exemple d’immobilisme : voyez le plutot comme un musée, comme un conservatoire… c’est son role…
vous citez foekinos comme symbole de la médiocrité… de tous temps, gallimard et d’autres éditeurs ont publié des bouquins, succés de leur époque, vite oubliés… même du temps de paulhan ou rivière, c’était le cas…
Moi, je publie chez eux depuis 2006, et je n’ai pas vraiment l’impression de faire partie d’un cercle embaumé ou bourgeois, en gros une espèce d’intelligentsia coupée du monde réel (curieusement, d’ailleurs, votre monde réel semble essentiellement être numérique, c’est bizarre, non ?)
je suis un type normal, un écrivain de 2012 qui travaille dans des bonnes conditions chez un bon éditeur…
D’autre part, gallimard, c’est grand, et il n’y a pas que la blanche et la pleiade… gallimard jeunesse, bayou, sa collection de bd, futuropolis, toujours en bd, les publications pratiques, etc… sont vachement dynamiques et tout à fait en prise avec la réalité… et je sais d’expérience qu’ils prennent des risques et font preuve d’audace éditoriale…
Après, ce qui me fait marrer dans la défense du numérique, que ce soit pour les textes, les films, ou la musique, c’est qu’on oublie toujours, au nom de la liberté, ceux qui produisent, c’est à dire les écrivains, les musiciens, les cinéastes…
Ben oui : si un paysan a le droit de transmettre ses terres et sa ferme, alors nous on a le droit de transmettre nos droits d’auteur à nos descendants…

pour terminer, je pense que vous vous trompez d’ennemi : déjà, parce que pour la pratique avec ses auteurs, il y a bien pire que gallimard, et je parle d’expérience…

qu’on le veuille ou non, gallimard est un indépendant, ce qui n’est pas le cas de hachette ou flammarion…

cette légende de gros écrivains repus parisiano parisiens qui arrangent leurs coups avec des gros éditeurs parisiano parisiens en rotant leur grand cru est très très loin de la réalité de l’édition française… il y en a , bien sur, mais la plupart des écrivans et des éditeurs que je connais sont juste des gens normaux qui essaient de faire leur boulot et de s’en sortir financièrement… après, excusez nous de veiller sur nos droits d’auteurs, qui sont notre seul patrimoine !

voilà, c’est tout ce que je voulais dire : j’ai trouvé votre article un chouia démagogique, comme si il y avait les gros auteurs repus de gallimard d’un coté, et les artistes courageux et indépendants qui publient sur internet de l’autre… croyez, cher monsieur, que j’essaie d’être aussi affuté que possible, et que chez gallimard, j’ai une liberté éditoriale quasi totale !


"L’odeur de moquette"


Je vous suis absolument. Surtout sur le monopole poussiéreux et suranné de Gallimard. Aussi sur la nécessité d’être à l’écoute de ce que propose l’arrivée du support numérique. Sur la façon dont le droit d’auteur relève au moins en partie plutôt de la propriété industrielle.

Mais une chose me gêne : ne plus acheter de livres, c’est ne plus aller chez le libraire. Dans ma vie de lecteur boulimique, les libraires ont eu au moins autant d’importance que les professeurs. Aujourd’hui encore, j’entretiens avec celui que je fréquente régulièrement des liens proches de l’amitié. Entrer dans sa boutique, à l’odeur de moquette, aux escaliers serrés, aux tables entre lesquelles on peut à peine passer, le voir me sourire, me saluer avec chaleur, me proposer telle ou telle chose qui pourrait me plaire, partager avec lui nos expériences de lecteurs, de cinéphiles, de sériesTVphages, ça reste pour moi un moment privilégié, pas seulement de détente, mais d’une expérience proche de la parenthèse enchantée.
Salut à eux (ils sont trois) au passage.
J’ai envie de lire en numérique, mais j’ai peur de perdre ça. Que faire ?


© Laurent Margantin _ 21 février 2012


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