Éditions Œuvres ouvertes

Une très grande crise s’est déclenchée aux États-Unis en mars de cette année

Du 18 au 21 septembre, trente-cinquième chapitre de 2006

Lundi 18 septembre 2006
En cherchant comment le bouquin de Jared Diamond a été accueilli, s’il y a des critiques qui me feraient sortir de mon enthousiasme, ou qui en tireraient des leçons actuelles, je tombe sur le site Automates intelligents.
Et à la fin de l’article, sous-titre « L’Empire américain peut-il s’effondrer ? », ils rapportent les alertes d’un organisme, le LEAP (Laboratoire européen d’analyse politique ?) qui annonce qu’une très grande crise s’est déclenchée aux États-Unis en mars de cette année et qu’elle va bouleverser le monde entier.


[…] les études stratégiques pronostiquant l’effondrement de l’Empire américain ne manquent pas. Nous avons suggéré plusieurs fois dans cette revue que le risque principal qui les menace tient aux abus de leur propre puissance, dont sera en premier lieu responsable le complexe militaire-industriel-économique-politique et religieux qui semble avoir pris définitivement le pouvoir dans ce pays, malgré les efforts de l’opposition démocratique libérale interne. On parlera d’un risque systémique.
Bornons-nous pour illustrer ce point à évoquer à titre d’exemple un scénario qui pourrait devenir d’actualité. Il circule actuellement dans certains cercles stratégiques européens. Citons en particulier, sans nous risquer à cautionner ces prévisions, ce qu’en dit le think-tank LEAP / Europe 2020 dans son bulletin d’anticipation n°5 de mai 2006. [Il] annonce pour les prochains mois de 2006 une crise systémique globale, qui affectera le monde entier mais en priorité les États-Unis. Qu’est-ce qu’une crise systémique ?
Nous citons :
Une crise systémique globale se développe selon un processus complexe qu’on peut découper en quatre phases qui peuvent se chevaucher :
. une première phase dite « de déclenchement » qui voit soudain toute une série de facteurs, jusqu’alors disjoints, converger et se mettre à interagir et qui reste essentiellement perceptible pour les observateurs attentifs et les acteurs principaux ;
. une deuxième phase dite « d’accélération » qui est caractérisée par la prise de conscience brutale par la grande majorité des acteurs et observateurs que la crise est bien là car elle commence à affecter un nombre rapidement croissant de composantes du système ;
. une troisième phase dite « d’impact » qui est constituée par la transformation radicale du système lui-même (implosion et/ou explosion) sous l’effet des facteurs cumulés, et qui affecte simultanément l’intégralité du système ;
. et enfin, une quatrième phase dite « de décantation » qui voit se dégager les caractéristiques du nouveau système issu de la crise.
LEAP/E2020 considère donc que c’est au cours du mois de juin 2006 que ces pertes de confiance sectorielles, en voie de généralisation dans chaque secteur, devraient converger pour produire l’accélération du processus de crise. Cette accélération, qui devrait s’étendre sur trois à six mois, aura notamment sept conséquences concrètes essentielles :
1. L’effondrement accéléré du dollar
2. Une crise socio-politique interne aux États-Unis
3. Un conflit militaire Iran/USA/Israël
4. Une inflation mondiale accrue
5. La rupture du processus de globalisation commerciale et économique
6. L’émergence accélérée de nouveaux « blocs » régionaux/continentaux
7. Un rééquilibrage de la valeur relative des actifs mondiaux.
Le passage à la phase 3 (dite « d’impact ») du processus de crise systémique globale interviendra lorsqu’au moins quatre des facteurs précités seront avérés. Parallèlement, au cours de cette phase d’accélération, il est ainsi déjà possible de discerner certaines tendances qui façonneront le futur système global, et donc de commencer à engager les décisions et les politiques qui préparent l’avenir post-crise.

Répétons encore une fois que nous n’avons pas les moyens ici de valider de telles prévisions. Bornons-nous à indiquer que si des crises systémiques de cette nature se produisaient, elles résulteraient en premier lieu, comme indiqué précédemment, des abus de puissance de l’Empire américain.


Je commence de farfouiller sur le site sensationnel mais leur bulletin d’analyse est payant. C’est pas donné.


Jeudi 21 septembre 2006
Barbara Ehrenreich, The Shame Game (Le Jeu de la honte), 18 septembre 2006.
Des millions de hontes.
Je ne connais pas Barbara Ehrenreich ; j’aime sa façon d’observer nettement et avec douceur, sans mépris, sans complaisance non plus ; j’aimerais la connaître.
Traduction rapide et résumée.
À une émission de radio à Minneapolis la semaine dernière, elle écoutait les auditeurs raconter leurs histoires : une recherche de travail de huit mois qui débouche sur un boulot payé la moitié du salaire précédent, une recherche de dix-huit mois suivie d’une dépression sévère, etc. Son hôte – elle dit : « l’aimable Jack Rice » – note que ces histoires sont racontées à la troisième personne, comme si elles étaient arrivées à quelqu’un d’autre. Et même que certains refusaient de raconter : la honte d’avoir été licencié était trop forte.
Cette honte omniprésente. Pèse lourdement sur tout le paysage économique (economic landscape, curieuse expression ; comme si la réalité et sa représentation ne faisaient qu’un ; non, comme si la représentation était une puissance économique plus forte encore que les salaires, les emplois, les produits et services, les marchés...).
En anglais, shame, honte, est à la fois un verbe et un nom. Presque personne n’arrive à la honte de son propre mouvement, remarque-t-elle, il y a donc des honteurs et des hontés (« there are shamers and shamees »).
En fait, il paraît plus sage d’envisager la honte comme une relation de domination dans laquelle la moquerie des dominants est intériorisée, incorporée par les dominés – plutôt que comme un sentiment.
La honte (faire honte) est un moyen de contrôle social plus efficace que la force.
Elle se souvient d’une jeune femme blanche qui professait un grand enthousiasme pour les projets de démantèlement de la Sécurité sociale (Barbara Ehrenreich reprend sans guillemets le vocabulaire des barbares, reform, elle dit : « draconian forms of welfare reform ») – elle ajoute : cette jeune femme oubliant qu’elle avait été élevée par une mère célibataire « beloved and plucky », aimée et courageuse. Honte profondément intériorisée.
Le truc ultime, c’est de rendre les gens honteux des injures qu’on leur inflige. Dans de très nombreuses cultures, remarque-t-elle, on parvient à faire des violées d’immariables parias. Ce qui met sur le même plan le Pakistan – « un de nos “alliés” les plus embarrassants » – et les États-Unis.
La théologie calviniste en peu de mots, et crus : pas de travail ? pas d’argent ? go to hell – (« allez en enfer ! » Ou : « allez vous faire foutre ! »).
Il y a selon elle « an entire shame industry », toute une industrie de la honte : coachs de carrière, manuels, « motivational speakers » (comment traduire cela ?), gourous d’affaires : tous prêchent que ce qui vous arrive est entièrement lié à votre « attitude ».
La gêne qu’on éprouve devant tant de personnes – non seulement réduites à stéréotypes, mais de bonne conscience, de conviction factice, tant de gens hors d’eux-mêmes mais figés là, de sorte qu’on ne saurait ce que d’autres ils seraient.
Vous avez perdu votre boulot ? Vous n’en trouvez pas de nouveau ? Ne soyez pas trop « négatif » !
Elle cite, un de ces gourous s’adresse à elle (comme à exactement n’importe qui d’autre, en n’importe quelle circonstance, à n’importe quelle époque, en n’importe quel endroit – c’est vérifié, on est bien dans la « fin de l’histoire », il n’y a plus de moment historique ou de circonstances historiques, etc.) : « Allez, on n’est pas ici pour parler d’économie, mais de vous ! »
L’individualisme méthodologique appliqué à l’auto-abrutissement, à l’auto-asservissement.
Péroraison de l’article. La honte est une arme puissante. Elle ne devrait pas être tournée contre les déjà blessés et injuriés, mais contre les agresseurs : honte à General Motors et à Ford pour avoir mis tous leurs œufs dans le même panier des 4x4 suceurs de carburant... Honte aux P-.D.G qui ont des revenus à huit chiffres quand leurs employés les moins bien payés doivent faire la queue à la Banque alimentaire... Honte au Congrès qui nous laisse avec une assurance-chômage qui ne couvre que le tiers des licenciés...
Sa conclusion : tous les autres devraient se tenir tête haute.
Ma conclusion : parlons d’économie, de politique, de société, de civilisation, non de vous, personnellement ; non de toi ou de moi ; parlons de nous, d’eux ; etc.


Chapitre précédent : Ford annonce qu’ils vont licencier le tiers de leurs effectifs
Chapitre suivant : Ce qui devrait tomber : dogme libre-échangiste, capital financier
Lire la présentation et revenir au sommaire.

© Laurent Grisel _ 7 mai 2012

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

  • Lien hypertexte

    (Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)