Éditions Œuvres ouvertes

Chroniqueuse des lâchetés

Du 14 au 17 novembre, quarante-troisième chapitre de 2006

Mardi 14 novembre 2006
Billet de Barbara Ehrenreich extrêmement ironique. La double victoire des démocrates : « ne rien voir, ne rien comprendre, ne rien changer ».
Après leur double victoire électorale de mardi dernier, renouvellement de tous les députés et du tiers des sénateurs, que font les démocrates ? De timides et minuscules politiques. Pas de procédure d’empêchement, on laisse ce George W. Bush dont beaucoup d’entre eux ont honte et le monde entier pour eux, non, juste voir, peut-être, si Halliburton et les autres ne se seraient pas enrichis abusivement sur les budgets de la guerre. Pas de retrait d’Irak, seulement l’étude d’un possible « redéploiement ».
Leur priorité : la réforme du système de remboursement des médicaments... qui vire, dérisoirement, à un marchandage sur le prix des médicaments...
Pourquoi ne pas adopter, demande-t-elle, l’idée d’Anna Burger, chef de la Labor’s Change to Win Coalition (Alliance des travailleurs pour le changement) : étendre à tous les citoyens le système d’assurance médicale des élus du Congrès. Ça c’est une bonne idée pour nous aussi. Au lieu de se plaindre et de gémir et d’ironiser sur les primes que s’accordent nos parlementaires tricolores, on devrait ces primes et belles retraites les proposer comme loi générale au référendum populaire.
Elle rappelle la défaite cuisante de Clinton, en 1994, sur la Sécurité sociale.
Plus de dix ans après ils sont marqués par cet échec.
C’est cela qui est extraordinaire, qui sonne si juste, que nous connaissons si bien, ici, avec nos roses qui ne piquent plus depuis longtemps.
Une défaite ne dure si longtemps que parce qu’il y a peur et même haine de la lutte.
Telle peur ne se réduit à lâcheté.
Est ontologique. Est une question de vie ou de mort pour leur être social – et tout ce qui se monte là-dessus, d’amour-propre, de bonheur.
En même temps, impression d’irréalité : cet article ne critique pas le silence de ce parti sur la crise en cours.
L’ironie aurait mieux fait de porter sur le silence des démocrates sur l’économie.
Or l’ironiste justement fait silence sur ce silence.
Ne devraient-ils pas, les démocrates, sonner l’alerte, mobiliser leurs centres de recherche et leurs électeurs, accuser l’administration existante, lancer des enquêtes sur la collusion entre les financiers et le pouvoir et ainsi affaiblir les soutiens de leurs adversaires ?
Et s’ils ne le font pas, cela ne montre-t-il pas que les banquiers les soutiennent eux aussi, etc.
Et elle-même, chroniqueuse des lâchetés, que voit-elle, que ne voit-elle pas, etc.


Mercredi 15 novembre 2006
Bulletin du LEAP n°9 à 19h15.
Une bonne vingtaine de pages, c’est la dose. Je m’accoutume au style, je sais que je vais trouver de nouvelles sources d’informations, que j’aurai du pain sur la planche les jours ou semaines qui viennent pour comprendre le vocabulaire élémentaire de ce monde et ainsi de suite. Je ne sais pas si j’aurai terminé ce soir, cela aussi je le sais.

En perspective pour ce mois de décembre :


Dollar-Immobilier-Bourses : L’insolvabilité du consommateur américain, catalyseur de la phase d’impact de la crise systémique globale. Le consommateur américain, c’est-à-dire la classe moyenne américaine, est fondamentalement devenu insolvable, victime de son endettement faramineux, de son taux d’épargne négatif, de l’éclatement de la bulle immobilière, de la hausse des taux d’intérêt et de l’effondrement de la croissance américaine. Tous ces éléments sont liés et se renforcent mutuellement pour plonger les États-Unis à partir de cette fin 2006 dans une crise économique, sociale et politique sans précédent.


Je lis à la suite de cette première partie sur la faillite des consommateurs le chapitre sur les hedge funds.
Donc, hedge, c’est couverture, couverture de risque. Fonds de couverture. On couvre un risque par un autre. Leur publicité, c’est qu’ils ont développé des formules magiques, professionnelles, qui leur permettent de répartir leurs actifs dans différents domaines pour que les pertes soient compensées par des gains. Plus que compensées. Le moteur est la spéculation, la promesse la sécurité, la vantardise l’astuce. L’ambiance est optimiste, indéfiniment il y aura plus de gains que de pertes. L’argument commercial de fond est la cupidité, on dit et on sous-entend « avec nous soyez les plus astucieux pour gagner le plus d’argent avec le moins de risques ».
On sait depuis longtemps que tous ces discours sur les risques pris par les capitalistes et sur la rémunération du risque c’est pour les gogos, que pour eux-mêmes ils sont comme tout le monde, ils préfèrent et de loin la sécurité et en ce qui les concerne celle de la rapine garantie.


Jeudi 16 novembre 2006
Suite du bulletin du LEAP.
Ils insistent sur le fait que la victoire démocrate va amplifier les difficultés. Cette victoire est une protestation contre la corruption du Congrès, elle traduit une perte de légitimité des élites, bien au-delà du fils Bush et de sa clique. Les « classes moyennes » (ceux qui croyaient ne pas être pauvres) basculent dans la pauvreté et ne supportent plus les riches. Inversion : on rêvait d’être parmi les riches, maintenant on les rejette. C’est toute la machine de production d’illusion sociale qui est grippée. Or les difficultés vont s’accentuer de façon dramatique. Or le pouvoir politique étant partagé (une présidence républicaine, des élus démocrates), c’est l’impuissance politique qui dominera. Donc les difficultés ne seront pas affrontées par ce pouvoir plus impuissant que jamais, donc l’aggravation sera plus insupportable et visible, etc.
J’en déduis qu’après ce nouveau cycle de désillusion, on peut s’attendre à ce que ce soit le système politique lui-même (bipartisme, élections compliquées, financement politique corrompu) qui soit mis en cause dans la population.
Ils citent un article de USA Today selon lequel le déficit fédéral « audité » est double de celui présenté au public : 760 contre 318 milliards de dollars pour 2005. Cet article discute doctement les méthodes comptables. Il est remarquable qu’il commence par cette phrase : « The federal government keeps two sets of books » - le gouvernement fédéral tient deux jeux de livres [de comptes]. La double comptabilité, une pratique très répandue... Je ne peux pas m’empêcher de faire le rapprochement avec Enron. Régime d’apparences, de façades.
Le déficit commercial (le pays achète à l’étranger plus de marchandises et de services qu’il n’en vend) est lui aussi colossal, grandissant. La raison : la base productive intérieure détruite. Donc, pour répondre à cela, les élus démocrates en provenance de circonscriptions touchées par les fermetures d’usine vont pousser à l’élévation de barrières douanières. Ce qui provoquera des conflits avec la Chine. Mais la Chine peut vendre ses bons du Trésor états-uniens et refuser d’en acheter : le créancier peut couper les vivres.
En fait les États-Unis ont perdu leur liberté d’action, comme n’importe quel surendetté.
Surveiller les relations entre Chine et États-Unis.

Selon la presse, Mme Ségolène Royal est choisie par les militants socialistes comme candidate du Parti socialiste à l’élection présidentielle de 2007 avec 60,6 % des suffrages contre 20,8 % pour Dominique Strauss-Kahn et 18,5 % pour Laurent Fabius.
« Choisie par les militants socialistes » ou choisie par les médias ? Par la presse bien sûr, il y a un très bon article de Grégory Rzepski à ce sujet sur acrimed, Action critique médias, quel beau travail ils font.
D’après F., amie de Véronique qui a travaillé quelque temps avec elle, Mme Royal fait fuir tous ses collaborateurs les uns après les autres ; il n’y a pas de raison que cela ne continue pas. Elle chutera.


Vendredi 17 novembre 2006
Hier, mort de Milton Friedman, l’économiste doctrinaire fondateur de l’école de Chicago qui a envoyé ses Chicago boys au Chili d’avant Pinochet pour préparer l’application des doctrines monétaristes sous Pinochet. Milton Friedman, l’homme dont la pensée est au fondement du consensus de Washington. On ne lui tresse que des lauriers. Victoire totale de la fiction libérale dans les médias autorisés. Eux-mêmes, de ce fait, immenses machines à produire conjointement du silence et de la fiction.


Chapitre précédent : Cultiver l’ignorance
Chapitre suivant : Le total des dettes dans l’immobilier est de plus de 12 000 milliards de dollars. Leur PIB ! Ils sont morts, alors ?!
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© Laurent Grisel _ 4 juin 2012

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