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Oeuvres Ouvertes : Bombardement de mots

Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Bombardement de mots

Le 28 novembre, quarante-cinquième chapitre de 2006

Mardi 28 novembre 2006
Grâce à ContreInfo, Los Angeles Times du 19 novembre, une tribune de Joshua Muravchik. Titre : « Bomb Iran », Bombarder l’Iran.
Première phrase : « WE MUST bomb Iran », NOUS DEVONS bombarder l’Iran.
Ce Monsieur est « resident scholar at the American Enterprise Institute », dit le journal, il faut compléter le nom, AEI for Public Policy Research : Institut de l’entreprise américaine pour la recherche sur les politiques publiques ; a fourni nombre d’intellectuels « néo-conservateurs » à l’administration Bush.
Parmi les membres de cet institut :
Charles Murray, co-auteur de The Bell Curve, 1994, qui démontre, statistiques trafiquées à l’appui, la supériorité des hommes blancs.
John Lott Jr., auteur de More Guns, Less Crime, davantage d’armes à feu en vente libre, d’autant moins de crimes. Le résultat est patent.
John Yoo, juriste, corédacteur du mémo qui démontre que la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre ne doit pas être appliquée aux personnes capturées dans ce qu’ils nomment eux-mêmes la « guerre » contre le terrorisme. Fondation juridique de Guantanamo.
Richard Perle, penseur et propagandiste, avec succès, de la guerre contre l’Irak de 2003 contre la dictature de Saddam Hussein, pour la libération du peuple irakien malgré lui, la démocratie des communautés religieuses combattantes, la prospérité des entreprises des copains, etc.
Moins d’État, plus de liberté pour les entreprises, le marché sait tout et a toujours raison, d’où il s’ensuit que le coup d’État de Pinochet était juste, etc.
En fait, un producteur d’idées et de programmes d’extrême droite.
Joshua Muravchik, l’auteur de la tribune, entretenu par cet organisme.
Première volée d’arguments : les concessions n’empêchent pas l’Iran de développer son programme nucléaire. Oui.
Deuxième volée : l’Iran est un État qui nourrit le terrorisme. Les guerres états-uniennes et leur horreur de la laïcité, la politique systématique de deux poids deux mesures, le mépris des peuples, la subvention des guerriers de Dieu contre le communisme, etc. – toutes ces politiques bienveillantes et éclairées - n’y sont pour rien.
Troisième volée : seule la force peut faire reculer l’Iran. Tiens, ce stratège suppose cette force un succès et sans réactions ni conséquences ; seules les circonstances favorables à sa thèse sont envisagées. Bien.
Enfin le mode opératoire. Non, pas de guerre terrestre, si dangereuse, mais aérienne, contre les installations nucléaires ; on connaît déjà les cibles, il y en a 1500.
Cela ne suffira peut-être pas à détruire leur programme mais au moins on leur fera perdre du temps et s’il faut recommencer on recommencera.
Dans la même revue de presse de ContreInfo, réponse de Karen Kwiatkowski, lieutenant-colonel de l’US Air Force, justement l’arme préférée des néo-conservateurs, leur rêve de foudre tombée du ciel, fureur divine, eux Jupiter lançant les foudres.
Karen Kwiatkowski : la photo en bas de l’article montre une femme aux yeux grands ouverts.
Elle s’étonne qu’un tel tissu d’âneries soit publié dans un journal aussi honorable, réputé, crédible, que le LA Times. Elle juge effrayante (frightening) cette intrusion de la brutalité dans un monde de réflexion et de pragmatisme.
Elle écrit : « Our sordid tendencies toward rage and bloodlust are fed and nurtured by neoconservative prescriptions in foreign policy », Nos attirances sordides pour la rage et le goût du sang sont nourries et entretenues par les prescriptions des néo-conservateurs en matière de politique étrangère.
Le postulat est que pays islamique et bombe atomique sont incompatibles. Mais alors, le Pakistan ?
Elle emploie des mots qui suggèrent la vénalité de Joshua Muravchik. Des gars comme ça ne gagnent pas leur pain (« does not earn them a paycheck ») à chercher des solutions positives pour relever les défis de la sécurité de notre pays. Ce qui rapporte, c’est de discuter qui, d’Israël ou de l’Iran, dominera la région.
Quel est le rôle d’un pantin comme Muravchik ? Donner les mots qui seront repris. Publier « Bombarder l’Iran » dans un journal respecté légitime ces mots. Légitime la violence, quelle que soit la qualité des arguments, et Karen Kwiatkowski insiste : ces arguments sont « illegitimate, illogical, and empty » - illégitimes, illogiques, vides.
Elle précise : bombardement de mots – « the Muravchik arguments, and those of a hundred others in key media outlets », et ceux de centaines d’autres dans les médias clés – dont le but est de préparer le terrain psychologique et linguistique pour de futurs bombardements dans le monde réel des humains caricaturés.
Ce blogue, LewRockwell.com, s’affiche, en page d’accueil, « anti-État, anti-guerre, pro-marché ». En un mot : libertarien.
Contradictions dans leur camp.
Immense gratitude envers ContreInfo qui me permet de lire cela.


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© Laurent Grisel _ 11 juin 2012

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