Oeuvres Ouvertes

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Eszalo (Les Saules), par Lucien Suel

dissémination sur la traduction ce mois de septembre

Lucien Suel est l’auteur du Silo, un blog foisonnant en expérimentations poétiques que j’invite à découvrir via son index. Il écrit donc directement en ligne (voir ce qu’il en dit lui-même) et publie également sur papier (notamment des récits, Mort d’un jardinier ou Blanche étincelle). Je ressens une forte empathie avec son écriture où les contraintes formelles n’occultent jamais une attention au monde de tous les instants, et je suis heureux de pouvoir reprendre aujourd’hui ce poème en picard (et sa propre traduction) sur un arbre qui m’est également cher (j’accompagne ces textes de photographies de la Tour Hölderlin à Tübingen prises en mai 2011). Merci à Lucien d’avoir accepté cette dissémination (petit clin d’oeil ici au jardinier avec ces mots de Novalis ouvrant Grains de pollen : "Amis, le sol est pauvre, il nous faut semer abondamment / Pour n’obtenir que de maigres récoltes"). Je le remercie également d’avoir bien voulu présenter en quelques mots son usage poétique de la langue picarde :

La langue picarde que je parle est celle apprise dans mon enfance. Ce n’est pas ma langue maternelle, plutôt ma langue grand-maternelle. C’est le « patois » que j’entendais parler par mes grands-parents et aussi dans la cour de récréation à l’école primaire. Mes parents le connaissaient mais ne l’utilisaient pas à la maison sauf avec certains visiteurs qui le parlaient naturellement.
Jusqu’à ma rencontre avec Ivar Ch’Vavar au début des années 80, je n’imaginais pas écrire dans cette langue populaire. Lorsque je l’ai fait, je n’ai pas voulu me plonger dans les dictionnaires existants, et j’ai écrit en n’utilisant que le lexique dont je disposais dans ma jeunesse.

Suivre les autres disséminations : sur le compte Twitter de la web-association des auteurs toute la journée du vendredi 27 septembre, billet sur les contributions dans les prochains jours sur le nouveau blog de la webasso.

 

Eszalo

chészap ekjalpuker jesza toudi ravizé
aveukgramin dtindrech memkankjétojonn
izétott facilagrimpé é yavokor souvin
déjonnmuchlo kiféjott leuni dinchétro
asteur chépuparel jénsumipu acésuptil
poumontéaszap mem edszalo épichémonio
jlélechtrankil dinleuni méyacorkitkos
ackeszalo echsu toudi finbénach kanké
jninvouin chépontanchéfeul chéssurkal
sonbélott aszarsonn adé tiott zépinok
épiya chbonsintimin kankonpassindzeur
méchkrouksi keusza ker chetakos kizon
pon ennformnaturel chéchlomm kiléform
ché sur chéli chéchlomm kileudonn enn
tett enn gross tett plennedboch mimem
jennafé dzalo eszaplanté ichioboudmin
gardin yadja kikzané tévou ifo printt
enn jonnbrankdalo ifolintiké dinlterr
chafétoudidéfeul édérachenn épitélkop
éyarfé débrank totin o lanédapré ébin
tzarkop téfékomchatouszan telfé méton
pindinchenksizan aforch eltett asform
aprételkoppu sisouvin tel lechgrochir
ackeszalo tenn gaspilpon mirin tédiro
klalo chélpourcho dechgardin touyébon
chéfeul chédufi-in chétitt zéramur in
léprin pouchétiopo é chélonkbrank ché
pouszarikoaram kankinna dévrémingross
téléprin poutkofé épikankchlalo i vi-
in viu kiéamitanpouri chafédutéro tel
médinché jéraniom mécor chakia dpubio
ackeszalo chékizonleutett almem oteur
kti é mi kankechsuakoté denn alo jenn
peuponfer otremin kedpassé touduchmin
em-min sustett jli karess esgrosstett

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Les Saules

ce sont mes arbres préférés je les ai toujours regardés
avec beaucoup de tendresse même dans ma jeunesse
on pouvait y grimper aisément et souvent
de jeunes moineaux y faisaient leur nid dans les trous
maintenant les choses ont changé je ne suis plus assez souple
pour grimper dans les arbres même les saules quant aux moineaux
je les laisse en paix dans leur nid mais il reste quelque chose
avec les saules je suis toujours content quand
j’en aperçois un ça n’est point tant à cause des feuilles c’est sûr qu’elles
sont jolies on dirait des petites épinoches
et il y a aussi cette bonne odeur lorsqu’on passe en dessous
mais je crois que si j’aime tant les saules c’est parce qu’ils n’ont
pas une forme naturelle c’est l’homme qui les forme
c’est sûr c’est lui c’est l’homme qui leur donne une
tête une grosse tête pleine de bosses j’ai moi-même
formé des saules je les ai plantés ici au bout de mon
jardin voilà déjà quelques années vois-tu il te faut prendre
une jeune branche de saule il faut l’enfoncer dans la terre
ça fera toujours des feuilles et des racines ensuite tu coupes
et d’autres branches repoussent au sommet l’année suivante eh bien
tu les coupes encore tu procèdes ainsi tous les ans tu fais ça disons
pendant cinq ou six ans à la fin la tête se forme
ensuite il ne faut plus couper aussi souvent tu laisses grossir
avec les saules on ne gaspille rien on pourrait dire
que le saule c’est le cochon du jardin tout est bon chez lui
on composte les feuilles on utilise les rameaux
pour tuteurer les plants de petits pois on prend les plus longues branches
pour les haricots à rames quand elles sont vraiment grosses
on peut s’en servir pour le chauffage et quand le saule
vieillit qu’il est à moitié pourri il se transforme en terreau
tu en mets dans les géraniums mais ce qu’il y a de vraiment bien
avec les saules c’est qu’ils ont leur tête à la même hauteur
que toi et pour ma part quand je suis à côté d’un saule je ne
peux pas m’empêcher de passer tout doucement
ma main sur sa tête je lui caresse sa grosse tête

Lucien Suel
(traduit du picard par l’auteur)

Eszalo, poème en picard, a été écrit pour la revue de Jean-Luc Fauconnier MicRomania et publié avec sa traduction en français dans le n° 3/98, Châtelet, Belgique, 1998.
Eszalo a été réédité dans la revue d’Ivar Ch’Vavar Le Jardin Ouvrier n° 16, Amiens, 1998 et dans Anthologie de la justification, Le Jardin Ouvrier éd., Amiens, 1998.
La traduction française de ce poème a ensuite été adaptée par l’auteur pour figurer dans le recueil Visions d’un jardin ordinaire, Le Marais du Livre, Hazebrouck, 2000.

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© Laurent Margantin _ 27 septembre 2013

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