Œuvres ouvertes

De Gaulle, grand écrivain du sarkozysme

Où l’on voit à quelle sauce la littérature du vingtième siècle est mangée désormais dans les classes littéraires en république sarkozyste

Un ami enseignant de lettres m’alerte : on le sait depuis le Bulletin officiel du 14 janvier, le troisième volume des Mémoires de guerre de Charles de Gaulle sera au programme de Terminale L (domaine "Littérature et débats d’idées - Littérature et histoire") l’année scolaire 2010-2011, avec Quignard et Beckett. En "Littérature et débats d’idées", De Gaulle remplacera Pascal...

On à peine à le croire, mais c’est un des innombrables "petits" événements qui témoignent de l’embrigadement actuel du culturel par le politique.

Une pétition a été lancée par un collectif de professeur de lettres, où on peut lire :

On ne peut imaginer que dans le champ des Lettres, quiconque, quel que soit son statut, d’inspecteur à professeur, ait pu cautionner un tel choix. D’où vient donc une telle décision ? Proposer de Gaulle aux élèves est tout bonnement une négation de notre discipline. Nul ne songe à discuter l’importance historique de l’écrit de De Gaulle : la valeur du témoignage est à proportion de celle du témoin. Mais enfin, de quoi parlons-nous ? De littérature ou d’Histoire ? Nous sommes professeurs de lettres. Avons-nous les moyens, est-ce notre métier, de discuter une source historique ? d’en dégager son souffle de propagande mobilisateur de conscience nationale ? Car il s’agit bien de cela : aucun thuriféraire du général ne songerait à comparer l’écriture des Mémoires de guerre au style et à la portée de tout autre mémorialiste si l’on veut rester dans ce genre littéraire. Placer de Gaulle au panthéon des lettres, lui qui a refusé le Panthéon tout court ? Allons donc.

Ce choix pose un autre problème : on pourrait le soupçonner de flatter la couleur politique du pouvoir en place. À la prochaine alternance, devrons-nous enseigner L’Armée nouvelle de Jean Jaurès, ou l’essai sur le mariage de Léon Blum ? Nous transmettons des valeurs républicaines ; pas des opinions politiques. Est-ce donc cela, l’enseignement de la littérature ? Ou ne serait-ce pas plutôt sa mort programmée ? Nous demandons que soit modifié le choix d’oeuvres pour les années 2010 à 2012 afin de sauvegarder la spécificité littéraire de cet enseignement".

© Laurent Margantin _ 6 mars 2010

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