Œuvres ouvertes

Léo Scheer se convertit à l’édition numérique

C’était il y a deux ans : Léo Scheer ne jurait que par ce qu’il appelait la « rétropublication », c’est-à-dire la publication sous forme de livre papier d’un manuscrit ou « m@nuscrit » d’abord mis en ligne et téléchargeable gratuitement sur son propre site. Après une dizaine de titres publiés, il semble que l’éditeur ait changé son fusil d’épaule, créant une collection nouvelle de textes portant la marque ELS et édités en ligne, dans ce qui ressemble à une ébauche d’édition numérique. Voici ce qu’écrivait Scheer (...)

C’était il y a deux ans : Léo Scheer ne jurait que par ce qu’il appelait la « rétropublication », c’est-à-dire la publication sous forme de livre papier d’un manuscrit ou « m@nuscrit » d’abord mis en ligne et téléchargeable gratuitement sur son propre site. Après une dizaine de titres publiés, il semble que l’éditeur ait changé son fusil d’épaule, créant une collection nouvelle de textes portant la marque ELS et édités en ligne, dans ce qui ressemble à une ébauche d’édition numérique. Voici ce qu’écrivait Scheer à ce propos le 15 octobre dernier sur son blog :

Le M@nuscrit ELS (En Ligne des ELS). Il s’agit d’un quasi-livre (il ne lui manque que d’être imprimé sur du papier pour le devenir. Il a fait l’objet d’un travail éditorial d’un auteur et d’une maison d’édition , d’une maquette, et parait avec sa marque. Il s’agit d’un simulacre de livre et tout ce qui peut améliorer l’ergonomie de sa lecture est essentiel (par exemple le perfectionnement du système flash qui permet une lecture en ligne, en tournant les pages pour recréer la sensation du livre). S’il n’est pas en papier et n’est pas destiné à entrer dans le circuit commercial de la librairie, il n’est est pas moins un produit téléchargeable et commercialisable en ligne à destination des ordinateurs, des readers et autres téléphones. Il y a un prix à définir pour ce "fichier" et un mode de partage de la rémunération entre l’éditeur, l’auteur et l’éventuelle plateforme de vente. Cet objet numérique n’en est qu’à ses premiers balbutiements mais devrait évoluer rapidement avec la transformation accélérée des supports électroniques de réception du fichier.

A ce revirement plusieurs raisons, dont la principale est l’absence de succès rencontré par la collection M@nuscrits : chiffres de vente assez bas, aucun article critique dans la presse sauf un pour le premier livre rétropublié en 2007, Rater mieux de Barberine, dans Télé 7 jours. Le programme des rétropublications pour 2010 s’est donc considérablement allégé.

La démarche avait beau être sympathique, sans doute Léo Scheer n’a-t-il pas compris assez tôt que la nouvelle génération d’écrivains actifs sur le net désirait voir ses textes édités dans un tout autre cadre que celui du marché actuel de l’édition, et sur un support numérique, le papier devenant sinon obsolète, du moins inopérant dans la nouvelle donne littéraire que crée Internet.

La tendance actuelle, lourde, on le sait, n’est pas du numérique au papier, mais l’inverse, ce qu’ont validé tous les grands éditeurs internationaux à la Foire du livre de Francfort cet automne. On numérise à tour de bras, et dans ce contexte-là on ne voit pas bien l’intérêt d’offrir sur papier des livres qui s’écrivent sur le net. Autant les y laisser, sous une forme plus élaborée.

Qu’il le reconnaisse ou non, c’est dans cette évolution qu’il faut interpréter l’apparition de nouveaux livres numériques sur le site des ELS, tels celui de Jean-Clet Martin, Bréviaire de l’éternité, gratuits pour le moment, mais qui ne devraient pas le rester longtemps, puisque l’éditeur devra aussi se convertir un jour ou l’autre à la vente en ligne de son propre fonds numérisé…

© Laurent Margantin _ 6 décembre 2009

Messages

  • Cher Laurent,
    merci pour cet article très intéressant. Je n’ai pas changé de point de vue sur la rétropublication. Je pense qu’il faut maintenir le livre papier et les circuits traditionnels de la distribution, de la diffusion et de la vente de ces livres en librairie et tenter de trouver sur le Net des auteurs de blogs, de sites, etc pour les publier de cette façon "rétro" qui, à mon avis n’est pas prête de disparaître. Comme je le disais dans l’article dont vous avez pris la photo, le livre (papier) contrairement au CD ou au DVD est un objet magique, indépassable, et je trouve que c’est très bien comme ça, que je suis content de vivre dans un pays où il y a 4.000 points de vente pour le livre papier, 3 millions de personnes qui écrivent, et des professionnels des métiers du livre qui résistent à toutes les crises.

    Par ailleurs je suis favorable au développement de toutes les formes de supports et de logiciels numériques, qu’on puisse lire des textes sur ordinateur, sur reader, sur téléphone ou sur des hologrammes... ce qui compte à mes yeux, c’est que ce soit dans une dynamique de développement et non dans une régression. Pour moi, le numérique, le virtuel doivent être un facteur de développement du texte et la gratuité du Net doit déboucher sur la croissance de son marché.

    J’ai donc bien l’intention de développer tout ce qu’on peut développer dans ce domaine, mais dans l’ordre qui me convient, avec une logique et une stratégie qui sont les miennes (et qui ne sont pas exactement ce que vous présentez ici), mais cela ne me semble pas bien grave, je suis déjà très honoré que vous vous intéressiez à ma démarche.

    leo

  • Cher Léo,

    Je relève aujourd’hui cette contribution intéressante sur votre blog, à cette page :

    En fait, je demande à Léo une schizo-analyse : se distancier de son identité d’éditeur papier et se (re)placer dans sa position d’observateur-précurseur, celle qu’il avait à l’époque de La démocratie virtuelle (en passant pour les amoureux du papier, introuvable en librairie, très accessible par le net, on en trouve même des surcotés avec dédicace de l’auteur… merci qui ?).

    Tant que Léo pense en éditeur papier, il limite Internet et le numérique en général à un accompagnement de son activité principale (le livre papier au centre, ou à l’aboutissement, le net autour, ou avant). C’est évidemment indispensable pour son activité et, diplomatiquement, pour ses parties prenantes (le réseau physique). Cela correspond peut-être à une conviction profonde (« livre indépassable ») dont les arguments m’intéressent, car je crois cette conviction erronnée. Mais de mon point de vue, cela n’a pas de sens : un peu comme un buraliste penserait que le train existe uniquement pour amener des clients au café-tabac de la gare. Il peut le penser, certes, mais quand le train ne s’arrête plus à cette gare, le buraliste comprend d’un coup que l’existence du train avait d’autres perspectives et d’autres implications…

    Je conçois bien qu’aujoud’hui, l’éditeur a un impératif économique et social de survie. Je n’applaudis pas à l’idée que les 70.000 salariés du livre voient leur secteur d’activité de plus en plus précaire et menacé. Mais si cette réalité ne doit exister que comme frein au rêve, à l’imagination ou au désir, ou comme oeillère face aux évolutions en cours, elle sera balayée d’autant plus vite.

    • ici Pierrot, du colloque epaper world

      1) chaque membre de production de la chaine numerique risque de devenir a tour de role un sous-traitant de qualite pour le projet soit d’un auteur, soit d’un auditeur, soit d’un réseauteur international. Pour moi c’est en ce sens que l’éditeur ESS (ECONOMIE Sedentaire solide) va etre remplacé par l’éditeur ENN (editeur nomade numerique).

      2) j’ajouterai deux sections sur mon blog www.reveursequitables.com dont les deux oeuvres d’art numerique constituent deux approches suivant l’évolution du numerique (Monsieur 2.7 K, l’age d’or de la decouverte) et le journal-courriels du dernier homme libre (l’age d’or du courriel)

      3) la derniere oeuvre de ma trilogie s’intitulera BOOK BLOG et sera écrite en directe sur un blog avec commentaires ou je serai virale sur facebook et twitter sans qu’on ne puisse jamais me parler personnellement, sauf par comemntaire entre les chapitres.... le tout étant accompagne par un BOOK CAM, soit une camera web qui tous les matins a 6h.30 am jusqu’a 7h permettra au lecteur d’assister a une discussion de créativite entre mon partenaire master web Michel Woodard et moi le master art numerique.. le tout sera suivi d’une publication papier ou le MAKING OF servira a donner une valeur ajoutée à la marque REVEURSEQUITABLES.COM de facon à ce que je puisse me passer de tous les acteurs de la chaine de production numerique, vendant mes oeuvres à $1.00 chaque, cherchant plutot 100,000 personnes qui paieront pour l’ensemble de mes oeuvres dans un panier (ex : mes 3 ebook, mes 19 emissions de t.v. deja canees sur le work progress du pays oeuvre d’art, mes 105 chansons ...

      Puis une fois mon ier million fait, j’écrirai un livre sur le design du modele d’affaire pour l’auteur numerique roi par son contenu, parce que selon moi, le createur, qu’importe son domaine d’expression a droit au meme privilege que Picasso qui n’a jamais demande a ce qu’un editeur formate au dessus de son epaule pendant qu’il peint...

      Puis une fois ces deux millions en poche, je donnerai tout et repartirai vagabonder la beaute du monde

      Pierrot
      ermite des routes

      www.reveursequitables.com

      Voir en ligne : bravo... pour votre choix du numerique

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