Éditions Œuvres ouvertes

Journal de Kafka (IV, 82) : Ce matin, je me sentais en forme pour écrire

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Ce matin, je me sentais en forme pour écrire, à présent l’idée que je vais lire des textes à Max cet après-midi m’en empêche complètement. Cela montre aussi à quel point je suis incapable d’amitié, à supposer qu’une amitié de cette nature soit seulement possible. Car une amitié n’étant pas concevable sans les interruptions de la vie quotidienne, quantité de ses expressions sont sans cesse balayées, même si son noyau reste intact. Il s’en forme bien sûr de nouvelles à partir de ce noyau intact, mais comme chaque formation de ce genre demande du temps et que toutes celles qu’on attend ne réussissent pas non plus, il est impossible, sans même considérer les changements d’humeur personnelle, de reprendre le fil là où on l’avait laissé la fois d’avant. Quand les amitiés sont fondées en profondeur, cela génère avant chaque nouvelle rencontre une inquiétude qui n’est pas forcément assez importante pour être ressentie en tant que telle, mais qui peut tout de même troubler la conversation et le comportement au point qu’on s’en étonne de façon consciente, surtout parce qu’on n’en connaît pas la raison ou qu’on ne peut y croire. Comment puis-je donc lire des textes à Max ou même penser que je vais les lui lire en écrivant ce qui suit.

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© Franz Kafka_traduction & appareil critique par Laurent Margantin _ 23 décembre 2017

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