Œuvres ouvertes

Stéphane Chavaz | J’écris pour bifurquer

...

je malimente sans pudeur
je ne demande pas à ne pas mourir
mon âme est une euphorie sinusoïdale
jaime tamponner
certains blasphèmes bien sûr
je ne convoite pas la sphère armillaire
le puits archaïque confisque ma chute
je vous prie de ne pas minviter
incassable piéton urbain

jai réservé ma place dans plusieurs cimetières au cas où je meurs mal
le lieu mapaise
en posture subalterne
contemporain du big shit
la buée sous mon nez marque ma respiration
je gâche les nuits propices
jai des plans dembellissement de mes intimités
dune onde à son amortissement

pas déloge de la clémence
attention où je mets mon jus
des milliards de morts me scandent
jaurai plusse que des os dans mes ruines
me faire clouer en exigeant au moins trois larrons de compagnie
je suis ma propre amulette
je frotte mes cuisses sans agacer mon pénisse

je me crois permis par le tout
je ne recherche pas lindulgence
jécris pour bifurquer
oui je suis de la viande incohérente
jirai à labattoir si la bouche le mérite
je peux tomber sur la france
je frôle avec limagination
je baise au son des croupes
jemmerde mes appréhensions

je suis ma propre histoire
je sais comment prendre
jai balancé mes bibelots
mon berceau je ne le rachèterai pas
jaime ma mère dedans
je pleure jaune comme je pisse doré
je ne pense jamais à ladolescent de chiotte que je me suis laissé être
je broie toute noirceur

je peux encore faire
je sais marcher sur deux plages à la fois sans éviter la baleine doublement échouée
je me vautre sur vos plans de tombes
je sais où jouïr au zénith
je ne lis toujours pas de livre
je reste une anomalie charmante
je nai aucune raison de me donner de la peine

jai viré mes fusibles
je ne suis pas à la hauteur du beau
je flanche sur loreiller
je parle trop vite pour lorganisation de ma pensée
jaime mes imprudences
je cultive le cultivateur de mon jardin son terrain de compétences
je rougis bien
je cours derrière la fusée résolue

je crois à mon chemin
je serais un monarque salaud éclairé par les lueurs du vice
je suis un larbin de la poêze rustre
je vidange qui le veut
je récolte ce qui aurait dû être semé
je suis archirecturalement ma cabane en contreplaqué
je me cueille pour me consommer cru

je maudis le terne qui vient de moi comme le terne qui ne vient pas de moi
je paie cash pour rassurer
je frétille sottement
je me rappelle avoir pensé à être audessus du grand nombre
je peux enflammer le beurk
je souris plus large que laube
je suis à peine moins accroc au foufou

je noue mes souvenirs pour méchapper de la prison du présent
je peux bondir jusquà alpha du centaure
je sais recevoir les offrandes
je sais comment masquer mes manques
je sais gober lécume sans vexer la mer
je peux pétarader sur le circuit des nostalgies
je sens le roulis on me

jaime donner le change
jaime péter plus haut que mon cul
jaime harponner le minusse
jarrive tenez bon
je ne suis pas un pion
je ne suis pas un roi
je suis le regard entre le pion et le roi
je verse mon sang dans le graal presque vide
je ne parle que la langue qui suce

je peux faire une guerre terrible à moi seul
je naime pas utiliser mes doigts ailleurs que sur des peaux
jai passé beaucoup de temps à ne rien foutre
je sais où je luthine
je sais où vivaldi me balance
je me crois invincible par paresse
je fête la vie gazeuse

jai compris 87% de la vie à vivre
je peine à me suivre
je rugis sur la paille
jai des vols sans passager
je vois le bout de mes striures sous le fouet de mon indigence
jai bu le calice jusquà lhallali
je vaux mieux que ce que je montre
je peux éblouir le soleil quil tombe

je suis là
je suis ailleurs
je suis ubique
je suis dieu et son ombre et son rêve
je suis le bâtisseur du firmament
je baise le démiurge
je nique lhorizon pour enfanter léternité
jencule all i can fuck
jaimerais que lon se rende compte
jai des pieds de saint sur la voie de grâce

je suis multiplié
je suis la preuve de la cohérence universelle
je suis le modèle à suivre du tout ambitieux
je nai pas à frotter de lampe
je suis la témérité de lucifer
je suis à la manipulation originelle
je suis sur terre ça nest pas pour moi
je suis létincelle des temps

je me filonne
je vois le gris uniforme par le kaléidoscope trompeur
je susurre les râles des suppliciés
je ne mégare pas
je pousse le train si son moteur faiblit ou si jen ai envie
je suis la partouze continuelle de mes cellules
jai assez vu pour raconter plusse

je ronfle vite
je suis engagé au creux du guiliguili
je visite 8 fois par jour lorigine du monde
jai dit à bosch ce quil fallait peindre
jai dit à bach ce quil fallait nous donner
je sais lart depuis la mort de la matière insensible
que vishnu mhonore sil veut durer

je travaille pour le pain toast
je travaille depuis mes reins
je travaille pour diminuer le chômage
je travaille en goguette
je travaille à perte de fric
je travaille à provoquer 1000 grèves
je travaille pour que le monde vivant ne sankylose pas trop dans le jus poêtique

je connais le prénom de chacun des anges même de ceux qui ne viennent que pour bouffer la part des nuages affamés
je sais les motivations de chaque molécule même de celles qui namassent pas mousse
je pourrais écrire le papyrusse des puanteurs cruelles même sans trembler du naseau

après ça ?
après ça il reste à
à ?
formuler limperceptible pour toutes ces salopes de consciences qui se croient au balcon

je jouïs pour
faire voir le dehors à mes spermatos
voir à quelle distance
nettoyer mon matelas après
rassurer ma femme
redorer mes burnes

je bronze
pour réparer les statues
avec frénésie
comme je respire
surtout des poumons
avec bronzino

je secoue
les pruniers du pré de mon enfance fruitée
les corps que le massage rebute
la tête au passage des bovins vers labattoir
lunivers pour un coktail plus sexy

je crache
en lair pour que ça me pleuve dessus
sur les tombes mal entretenues
mon mépris des pilleurs dâmes
dans la mer pour épicer lécume
mon venin devant les serpents abasourdis

je prie
pour que dieu parvienne à exister
les mains en éventail
dans le désert déserté
au petit matin fragile
en ferrari pour que les gueux applaudissent mon passage


Suivre les écrits de Stéphane Chavaz sur son compte Twitter (illustration : photo de l’auteur)

© Oeuvres ouvertes _ 6 janvier 2022