Œuvres ouvertes

Quatre poètes américaines (3) : Louise Glück

...

NOSTOS

Il y avait un pommier dans le jardin -
ce devait être
il y a quarante ans - derrière,
rien que la prairie. Des traînées
de crocus dans l’herbe humide.
Je me tenais à cette fenêtre :
fin avril. Des fleurs
printanières dans le jardin du voisin.
Combien de fois, vraiment, l’arbre
fleurit-il pour mon anniversaire,
le jour exact, pas
avant, pas après ? Substitution
de l’immuable
par l’instable, l’évolutif.
Substitution de l’image
par la terre impitoyable. Que
sais-je de ce lieu,
le rôle de l’arbre pendant des décennies
joué par un bonsaï, des voix
s’élevant des courts de tennis -
Des champs. L’odeur de l’herbe haute, coupe fraîche.
Comme on peut s’y attendre d’un poète lyrique.
On observe le monde une fois, pendant l’enfance.
Le reste est souvenir.


Poème extrait de Meadowlands, traduit par Marie Olivier. Louise Glück a publié treize recueils de poèmes et deux essais sur la poésie. Elle a reçu le Prix Nobel de littérature en 2020. Trois autres recueils de Louise Glück ont paru en édition bilingue chez Gallimard : L’Iris sauvage, Nuit de foi et de vertu, Averno.