Œuvres ouvertes

Se souvenir de Jacques Lacarrière

un écrivain cheminant

Angele Paoli rappelle aujourd’hui sur son beau site Terre de femmes que Jacques Lacarrière a disparu le 17 septembre 2005. On peut y lire aussi un texte de lui, où il est question d’écrire malgré l’appel des sirènes insulaires. Je me souviens qu’il racontait avoir finalement quitté la Grèce pour sa Bourgogne (je crois natale) parce qu’il craignait de ne plus écrire là-bas, captivé par la beauté des paysages...

J’ai lu et aimé L’été grec et Chemin faisant, "mille kilomètres à pied à travers la France d’aujourd’hui". Je l’ai rencontré un jour au festival des écrivains-voyageurs à Saint Malo, nous avons échangé quelques mots au stand où il était assis et semblait s’ennuyer (je voyageais moi-même beaucoup à l’époque). Une ou deux années plus tôt, il avait généreusement répondu à un envoi de poèmes, belle écriture bleue sur du papier à lettres également bleu et léger, style air post. Je dois bien avoir la lettre quelque part, mais où ?

Enfant, j’ai passé beaucoup de vacances en Bourgogne, et je pensais souvent à lui, vivant dans un village pas loin de Vézelay. J’aurais voulu lui rendre visite, je n’ai jamais osé. Le terroir bourguignon et l’azur grec, la densité de la littérature et la grâce de l’errance, toujours Lacarrière me paraissait se déplacer, exister entre ces deux pôles, tentant de les faire se rejoindre. On chemine bien sûr en le lisant, on respire, et c’est si rare (à la même époque je lisais Le Colosse de Maroussi de Henry Miller, forte expérience également).

Je ne suis jamais allé en Grèce, sinon avec Jacques Lacarrière, qui m’a donné le goût du monde et de la poésie, ensemble.

© Laurent Margantin _ 17 septembre 2010

Messages

  • Merci pour ce beau souvenir, personnel, de Jacques Lacarrière, cette belle évocation. Il est de ces écrivains, que dis-je, de ces hommes qui sont également écrivains, qui m’ont marqué, qui ont orienté ma vie et mes choix (pas forcément toujours heureux, presque toujours audacieux).
    Je l’ai rencontré dans le sillage de Miller et de Durrell, à propos de la Grèce aussi et de la recherche de ce que l’air méditerranéen a de particulier.
    Je leur dois, à ceux-là, de m’avoir fait découvrir que les rives de la Mare Nostrum était mon monde, que j’avais à y faire et à y vivre. J’ai rencontré Lacarrière chez lui, à Paris, en bodure du jardin du Luxembourg où il habitait ; c’était en 1974 ou 75, et nous avons parlé de la Grèce, de Miller, des gnostiques aussi. Son petit bouquin, que j’ai encore et que j’ai relu il y a quelques années seulement, m’a ouvert à des recherches que je n’ai pas terminées.
    Cette rencontre a été déterminante : je projetais alors d’aller vivre en Grèce, une femme qui était ma maitresse m’a introduit auprès de lui, et nous projetions de partir ensemble. J’y ai vécu deux années, sauf l’été vraiment trop "agité", dans une île des Cyclades, mais avec une autre. Je suis re-né là-bas à quelquechose de moi-même pour lequel il a contribué assurément.
    Merci de cette douce évocation.

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