Œuvres ouvertes

"La Bible comme idéal de tout livre"

Le 20 octobre 1798, Friedrich écrit dans une lettre à Novalis : « Le but de mes projets littéraires est d’écrire une nouvelle Bible, et de mettre mes pas dans ceux de Mahomet et de Luther ». Un dialogue s’engage alors entre les deux amis, Novalis lui répondant par une longue lettre qu’il commence par quelques mots sur la nature de leur amitié : « Ta lettre m’a convaincu un peu plus fortement de la nécessité de notre coexistence. Si tu te retrouves toujours davantage en moi, je me reconnais pour ce qui me (...)

Le 20 octobre 1798, Friedrich écrit dans une lettre à Novalis : « Le but de mes projets littéraires est d’écrire une nouvelle Bible, et de mettre mes pas dans ceux de Mahomet et de Luther ». Un dialogue s’engage alors entre les deux amis, Novalis lui répondant par une longue lettre qu’il commence par quelques mots sur la nature de leur amitié : « Ta lettre m’a convaincu un peu plus fortement de la nécessité de notre coexistence. Si tu te retrouves toujours davantage en moi, je me reconnais pour ce qui me concerne toujours plus en toi » . Un des exemples le plus frappant de ce qu’il appelle leur « symorganisation » et leur « symévolution » est, ajoute-t-il, ce que son ami lui écrit sur la Bible. Sa réponse éclaire d’un jour nouveau l’ensemble de sa démarche « encyclopédistique » (il écrit alors le Brouillon général, à travers lequel il cherche à rassembler tous les arts et toutes les sciences) :

Tu m’écris à propos de ton projet de Bible et je suis également arrivé dans le cadre de mes études en sciences – et de leur corps, le livre – à l’idée de la Bible – de la Bible comme idéal de tout livre. Développé, la théorie de la Bible donne la théorie de l’écriture littéraire ou de la constitution des mots en général – qui en même temps délivre la théorie symbolique, indirecte de la construction de l’esprit productif. Tu verras en lisant ma lettre à Caroline qu’un travail très vaste m’occupe – qui va absorber toute mon activité cet hiver.

Cela ne doit être rien d’autre qu’une critique du projet de Bible – un essai de méthode universelle en biblisation – l’introduction à une véritable encyclopédistique.

Je pense à des vérités et idées en grand – à produire des pensées géniales – à créer un organon scientifique vivant – et, à travers cette politique syncritique de l’intelligence à m’ouvrir la voie d’une véritable pratique – à un véridique processus de réunion.

© Laurent Margantin _ 21 octobre 2010