Œuvres ouvertes

Auteurs, faites vos propres livres ! (1)

on change de monde, aux auteurs de se bouger

Voilà exactement une semaine que j’ai commencé à créer et mettre en ligne des textes en téléchargement gratuit sur Œuvres ouvertes. Ce sont déjà pas loin d’une vingtaine, tous en format PDF, quelques-uns en format epub. Bon, bien sûr, c’est (encore) du travail d’amateur à côté des pros, mais je m’étonne de la facilité avec laquelle on peut désormais donner à lire des fichiers qui, si l’on s’occupe un peu et de la couverture et de la police d’écriture, seront très agréables à lire sur tablettes numériques. Ainsi je ne suis pas mécontent de la couverture du Cas Wagner de Nietzsche.

Merci en passant aux encouragements et conseils des lecteurs dans la semaine qui vient de s’écouler (je pense notamment à Brigitte Célérier et à Florence Trocmé sur leurs sites respectifs).

Mais pourquoi s’occuper d’éditer soi-même ses propres livres, me demandera-t-on. D’abord parce que c’est un vrai plaisir. Ensuite parce que cela vaut mieux vus les bouleversements actuels. Si l’auteur était jusqu’à présent tributaire de l’éditeur pour l’impression et la diffusion de ses œuvres, les choses sont en train de changer très rapidement. L’éditeur s’est bien sûr assis sur ce pouvoir qu’il avait, soumettant l’auteur à ses conditions. Nabe a récemment court-circuité l’éditeur, travaillant directement avec l’imprimeur, ce qui n’est évidemment pas donné à tout le monde. Si l’auteur avait besoin du soutien logistique de l’éditeur dans le monde ancien (en train de disparaître sous nos yeux), la donne est aujourd’hui bouleversée : tous les auteurs peuvent désormais avoir accès, sur leurs ordinateurs, a un logiciel de transfert de leurs documents Word en fichiers PDF, à un programme comme Paint (que j’utilise) pour faire une couverture, et à Calibre pour faire leurs epubs. Au fond, la discussion actuelle sur les droits d’auteur, si elle est nécessaire à des auteurs professionnels désireux d’en vivre (mais combien sont-ils ?), ne m’intéresse guère, moi qui n’écris pas pour vivre de mes livres. Non, ce qui m’intéresse davantage, c’est de passer du statut d’auteur livré au jugement d’un éditeur à celui d’auteur actif, créant ses livres, les proposant directement à des lecteurs (en évitant donc, dans le cadre nouveau du numérique, de dépendre totalement d’un éditeur), fondant, pourquoi pas, une association d’auteurs sur le net.

Composer ces ebooks d’auteurs dits classiques (je dis moi « d’hier et d’aujourd’hui ») que je propose gratuitement, c’est donc en quelque sorte me faire la main, en vue de futurs textes que j’aurai écrits et que je voudrai proposer directement à la lecture. Changement de paradigme : alors que l’autoédition était dépréciée, la voilà qui devient notre réalité à nous auteurs, nous méfiant résolument des éditeurs soucieux avant tout de préserver le monde ancien. Faisant nos propres livres – à chacun de voir ensuite s’il s’engage dans une démarche commerciale, personnellement ce n’est pas mon choix -, nous gagnons en liberté : celle d’être lus, celle de lire.

Illustration : le livre est lui-même l’utopie

© Laurent Margantin _ 23 janvier 2011

Messages

  • Est-ce seulement un soutien logistique que propose l’éditeur ?
    Je ne le crois pas.
    Pour travailler avec de vrais éditeurs qui font un travail avec l’auteur, je reste persuadée que ce travail-là a une importance réelle.
    Après tout des auteurs qui se publient eux-mêmes, on en rencontre depuis longtemps.
    Bien sûr que je comprends la démarche (et l’approuve en partie) mais pour aimer à la fois lire et écrire, ce contact avec l’éditeur est fondamental pour que le livre existe. Qu’il soit numérique ou pas. Ceci importe peu. C’est le regard de lecteur de l’éditeur qui m’importe et me fait avancer et réfléchir à ma façon d’écrire. A ce que je veux/ne veux pas écrire.
    Je pense au travail de constance Krebs par exemple ou plus traditionnel celui mené depuis longtemps par jacques Brémond.

  • Désolée, je pensais que ma signature était automatique. On se connaît, Laurent.
    Mais j’avais oublié qu’il fallait le faire (signer).
    Sylvie Durbec

    • L’éditeur couvant l’auteur, c’est une invention relativement récente. Mais lorsqu’on lit la correspondance de Flaubert, elle en est absente, les figures qui comptent sont celles des amis Maxime Du Camp et Louis Bouilhet, je ne me souviens pas y avoir vu Flaubert demandant l’avis d’un éditeur sur son texte, je me souviens en revanche de la formation d’un auteur aux côtés de deux ou trois lecteurs amis, hors de tout cadre éditorial. Dans une correspondance plus récente qui m’a intéressé, celle de Bernhard avec Unseld, son éditeur, il n’y est quasiment question que d’argent, jamais Bernhard ne demande un soutien littéraire à son éditeur, mais financier, oui. Bernhard perçoit la figure de l’éditeur avant tout comme un agent économique, pas comme une autorité littéraire. Je ne vois donc pas en quoi le numérique, parce qu’il rompt avec la figure de l’éditeur, romprait avec la littérature telle qu’elle serait aliénée au rôle de l’éditeur conçu, dans une mythologie moderne, comme un accoucheur de texte. Il y a mille façons d’avancer dans l’écriture littéraire sans cette figure-là, amenée selon moi à disparaître, aussi parce qu’elle est moribonde en vérité (ce rapport que vous décrivez me paraît très minoritaire dans les faits, et relève beaucoup de la légende).

  • Deux expériences au mois, Fayard : un travail mené avec une éditrice très patiente et intéressante mais au final expérience décevante parce que renvoyant à ce que vous décrivez, non pas avec cette jeune femme, mais avec Claude Durand, seulement intéressé par la question économique.
    Ensuite dans le domaine de la poésie : Constance Krebs, mais aussi d’autres (petits éditeurs) dont Jacques Brémond déjà cité. Travailler avec un éditeur imprimeur typographe et lui-même poète est passionnant.
    Je pense aussi au livre d’artiste.
    Faire circuler les textes, j’en suis tout à fait convaincue, non seulement est possible mais nécessaire. Ici et sous forme papier.
    Qu’on n’imagine pas qu’il y ait des éditeurs qui travaillent autrement que Fayard, c’est dommage. Voir Verdier par exemple.
    Les exemples que vous citez sont bien sûr indiscutables.
    A suivre.
    SD

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