Œuvres ouvertes

Journal profane (3) / Serge Velay

...

Ma barque a navigué trop loin
Et trop longtemps parmi les choses belles,
Celles que je n’ai pas vu commencer,
Celles que je ne verrai pas finir,
Pour ne pas relâcher au lieu où j’ai grandi.

Voici l’allée de buis,
Voici le banc, la tonnelle opaline,
Les feuilles et leur murmure bon,
Voici les rires, les ombres chavirées,
Le mystère de tout, sous le ciel bien complet.

J’aurais voulu peindre ma vitre
De gueules et de sinople,
Broder au point de joie ma maison de papier.
Ma boîte est vide,
Mes couleurs sont passées,
Toutes les conséquences se ressemblent.

En ce mois de décembre,
J’écris à pièces décousues.
Je parle dans le noir,
Les mots vont où ils veulent.

Ô, faites que mon poème accoste au quai d’innocence !