Œuvres ouvertes

Grabschke (47)

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Mais non, rien, vraiment rien à attendre de ces tombes exhibant leur propriétaire sous forme de bustes ou de statues les plus réalistes possible, l’égotisme poussé jusque dans l’au-delà ! Devant ces tombes je passe aussi à toute vitesse et avec un fort sentiment de malaise à la simple idée de ce spectacle de figures passées de la chair à la pierre, disait Grabschke. Ces morts n’étaient-ils pas déjà morts avant de mourir, pétrifiés dans l’image qu’ils donnaient d’eux-mêmes par leurs œuvres artistiques ou je ne sais quoi d’autre, peu importe quoi à vrai dire ? Et ces amants allongés et célébrant figés leur vie et leur destin, pourquoi m’imposent-ils encore leur maudite existence ici, alors que je la fuyais hors de ces murs, ainsi que celles de leurs congénères ? Pourquoi ce cimetière devrait-il être le refuge de leur narcissisme post mortem ? Pourquoi m’imposer encore leurs visages et leur rictus ? En quoi les vivants, même morts, devraient-ils m’intéresser dans ce cimetière dont je désire célébrer simplement la pierre débarrassée des mimiques humaines ? s’exclamait Grabschke en pressant le pas vers la tombe qui, depuis quelques temps, occupait tout son esprit.

© Laurent Margantin _ 5 octobre 2011
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