Œuvres ouvertes

Grabschke (51)

...

J’étais resté tous ces jours aux côtés de Grabschke, observant à loisir le moindre de ses gestes et la lente mutation de son corps. Sans doute avait-il, pour la première fois tout au long de ces années, oublié ma présence et celle du corbeau à quelques pas. Un soir, il se leva de son siège pliant, et parut surpris de me trouver derrière lui. Cher ami, je ne me souviens pas vous avoir demandé ce que vous faisiez là toute la journée à mes côtés, me dit-il, soudainement loquace après des jours et des jours de silence auprès de la même tombe. Nous marchions côte-à-côte dans l’allée centrale qui conduit à la sortie du cimetière. Je laissais passer quelques instants sans répondre, me tournant de temps en temps pour observer le manège du corbeau qui sautait d’un caveau à l’autre derrière nous, la tête bien dressée, toujours aux aguets. Puis, au moment de nous séparer, je finis par dire d’une voix très basse, bientôt engloutie par l’obscurité : Je veille sur vous, Grabschke, je veille sur vous et je veillerai sur vous jusqu’à mon dernier jour.

(fin)

© Laurent Margantin _ 9 octobre 2011

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