Œuvres ouvertes

De la bibliothèque à la bibliosphère, de Lorenzo Soccavo

par Laurent Margantin

Le livre de Lorenzo Soccavo part de ce constat : les bibliothèques ont existé jusqu’à aujourd’hui pour accueillir et protéger des outrages du temps des supports physiques de l’écrit, qu’il s’agisse de tablettes d’argile, de rouleaux de papyrus, de parchemins ou de livres papier. D’où la difficulté qui est la nôtre de nous représenter une bibliothèque à l’âge du numérique, que nous ne pensons pour le moment qu’à travers le concept d’immatérialité : le livre numérique serait le contraire – voire la négation – du livre papier, parce que je ne peux pas m’en saisir.

Mais cette dématérialisation du livre en cours permet un premier rapprochement entre l’univers d’Internet et celui de la bibliothèque, à partir des notions d’accès et de partage gratuit : les deux mondes ne sont donc pas véritablement antinomiques, mais pourraient bien fusionner au nom de ces mêmes valeurs.

Aux yeux de Soccavo, il importe toutefois de ne pas se diriger vers des « bibliothèques sans livres » : les expériences de prêts de liseuses ne seront que temporaires, aller en bibliothèque n’aura alors plus aucun sens puisque chacun aura sa propre bibliothèque avec lui, chez lui. Il s’agit plutôt d’innover avec des nouveaux dispositifs, notamment sur le plan de l’architecture et de l’ameublement, mais via des outils qui permettraient une lecture et une recherche différente de celles réalisées hors de la bibliothèque : « mur tactile de sélection de
documents multimédias, réseau très haut débit,
supports de consultations interactifs et communicants,
robots auxiliaires apprenants… »

Le sujet et le mérite du travail de Soccavo consistent à tracer pour nous quelques pistes envisageables quant à l’avenir des bibliothèques. Il est ainsi question de perspectives sur les cinquante prochaines années. D’une combinaison bibliothèque physique/bibliothèque numérique, on passerait à ce que Soccavo appelle bibliosphère, soit une bibliothèque universelle « tissant sa toile sur la planète tout entière », « devenant enfin agora planétaire » qui ne serait plus réservée aux élites culturelles. Il se réfère d’ailleurs au récit de Borgès, La Bibliothèque de Babel, la fiction devant peut-être un jour devenir réalité (ou l’inverse…).

Cette bibliosphère ne se déploiera qu’à travers le Net, devenu un « immense livre ». « Un livre en reconfiguration permanente. Un livre qui rendrait plus
que jamais, par rapport au passé, indispensable la présence
active et attentive, en son sein même, d’une véritable
armée de bibliothécaires ».

On laissera le lecteur découvrir l’ultime étape envisagée par l’auteur de ce livre à la fois informatif et stimulant, qu’il est important de lire pour la part de rêve qu’il contient. C’est peut-être d’ailleurs cette faculté de rêver qui nous permettra de bâtir de nouvelles bibliothèques : elles seront très différentes des nôtres, mais prolongeront nos désirs de lecture et de connaissance.

Lorenzo Soccavo, De la bibliothèque à la bibliosphère, éditions Numériklivres, préface de François Bon.

© Laurent Margantin _ 1er février 2012

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