Œuvres ouvertes

Un abécédaire... pour faire aimer à nouveau la complexité et la diversité

Appel à manifestation d’intérêt et à contributions

Constat et objectifs principaux

Au lendemain des présidentielles 2012, l’état, profondément fissuré, de la société française, paraît confirmé. Le vote d’extrême droite, au-delà de considérations de morale et de raison (face au mécanisme du bouc émissaire qui revient en force), apparaît comme le signe, à côté et en renforcement des difficultés socio-économiques, d’un profond ressentiment : affaiblissement du lien social et sentiment de perte à cet égard, doutes de beaucoup sur leur place dans l’ensemble national et mondial, signe aussi d’une relégation, d’une aliénation : perte de compréhension, discrédit des « élites » et anti-intellectualisme (entendu récemment « ils n’ont pas fait les études pour nous éclairer, ils les ont faites pour nous enfumer ») « collage » à des valeurs-refuges, etc..

Faisons retour au « moment Sarkozy » qui a motivé les deux « appels d’air » de 2007 et 2012, recueils collectifs de textes qui entrent dans la généalogie de la présente proposition. On pourrait considérer que Sarkozy battu, il n’y a plus lieu d’en parler. Notre conviction est différente : un retour d’expérience est nécessaire sur cette période, qui, malgré les limites imposées, paradoxalement, par la crise a résumé et brutalisé la dérégulation à l’œuvre depuis les années 90, a laminé les corps intermédiaires, a représenté un moment exacerbé d’une certaine communication politique. Nicolas Sarkozy s’est distingué autant par sa pratique du pouvoir que par celle du discours, cette dernière, brouilleuse de repères à force de virtuosité dans l’emploi des mots, des poses, des expressions, dans l’usage des « volte-faces lexicales ». D’après nous, le masque, volontariste et rhétorique, voire patriote, de cette politique libérale, opportuniste, destructrice d’un certain équilibre social a ajouté au sentiment de perte, à la désespérance, à la tentation du nihilisme, du rejet définitif de la classe politique, au brutalisme généralisé. Il s’agit donc, après un traumatisme sous évalué de reprendre pied, collectivement, sur le terrain du langage.

Une politique « venue d’en haut », même plus juste, comme on peut raisonnablement l’espérer d’un gouvernement de gauche, même plus consensuelle et contractuellle, n’aura pas d’effets assez rapidement sensibles pour contrebalancer les forces de relégation des « pauvres » et de sécession de certains « riches », qui sont à l’œuvre. Autre facteur d’inquiétude, l’anti-intellectualisme « populaire » (comme si les intellectuels, créateurs, etc … ne faisaient pas partie du « peuple »).
A côté de mesures de relance économique et de solidarité, l’espoir réside dans la recréation du lien, à travers le travail des associations, de l’économie sociale et solidaire, dans un dialogue à reconstruire, notamment entre les « intellectuels » et le « peuple ». Relation directe parfois, médiatisée souvent : c’est le domaine des associations, notamment de celles qui se veulent « d’éducation populaire », des « universités populaires », des regroupements philosophiques et religieux, mais aussi des médiathèques, théâtres, etc… La présente proposition se situe en amont : ces intervenants auront besoin de matériaux. Certains se situeront sur le terrain de l’explicitation et de l’explication rationnelles. D’autres plutôt dans le champ littéraire, philosophique, poétique, humoristique, pataphysique.

L’argumentation rationnelle ne suffit pas : nous souhaitons contribuer à redonner toute sa place au langage, réévaluer l’importance des représentations, des symboles, des récits, des métaphores, promouvoir ce qui peut contribuer à proposer une intelligibilité du monde, donner une prise à ceux qui les cantonnent dans les causalités simples. Nous pensons qu’il est possible de contrer les discours simplificateurs de certains politiciens, et l’hégémonie de la communication industrialisée, manipulatrice. Nous désirons proposer à tous un réservoir de métaphores, d’histoires, de chansons, de poèmes, d’aphorismes. Tous : les militants du lien social, de l’empowerment des plus faibles, mais aussi leurs interlocuteurs. Notre approche assume son entrée culturelle, mais sans élitisme, ni snobisme… ni ésotérisme. Prenons le risque d’enrichir, de complexifier la rhétorique, y compris celle de nos adversaires. Le dialogue redeviendra peut-être possible s’ils renoncent à la com’ par petites phrases simplificatrices.

C’est proche de notre travail à nous, écrivains, romanciers, nouvellistes, chroniqueurs, essayistes, paroliers, poètes, ou lecteurs passionnés, « amateurs » ou « professionnels » (réserve d’oxymores) même si ça ne se confond pas avec. Nous savons en effet que la condition pour faire œuvre de création authentique est souvent qu’elle soit libérée de l’intentionnalité, qu’elle ose « ne servir à rien ». Et pourtant nous avons nous aussi nos outils, nos ateliers, des notes, des lectures, nous relevons pour nous-même telle phrase dans le journal ou à la radio, telle formulation, telle définition, qui nous renvoie un lieu commun, ou au contraire, ouvre sur un bout d’inouï, nous répondons à une idée par un aphorisme, une pirouette, une liste, etc..

La proposition est la suivante : de manière coopérative, mettre à disposition une partie de ces collections, de façon à offrir de l’aide à ceux qui ont besoin de nouer des dialogues, de déstabiliser les certitudes ou les postures, gentiment ou pas, d’inviter à sortir de soi. Comme le disait « Appel d’air », il s’agit peut-être de « réouvrir le langage à la création de nouveaux mondes vivables et respirables ensemble ». L’inspiration fondatrice est aussi celle de Flaubert dans le « dictionnaire des idées reçues », de Barthes dans les « Mythologiques », de Klemperer dans « LTI », etc…

Principes et modalités

L’idée est celle d’une boite à outils, dont la construction et la diffusion utiliseront les ressources d’internet. Au moins dans un premier temps, se limiter aux ressources qui ont une valeur d’inspiration ou d’illustration dans les champs économique, social, politique. Un vade mecum si les gens veulent l’utiliser ainsi, mais avec des fonds multiples.

Des mots et locutions à railler-dérailler (excellence ! cœur de cible ! pépite ! management ! gérer ! gouvernance ! etc)

ou à sonder, maltraiter, essorer, revisiter : (dette, compétition, croissance, projet, évaluation, richesse, main invisible, , etc..)

Mais aussi l’accès à des romans, à des pages d’essais, en privilégiant la médiation d’un lecteur (ce que ça m’a appris, à quoi ça peut répondre, qu’est-ce que ça peut illustrer).

Non pas la recherche de l’exhaustivité, de l’unification du discours (pas une approche encyclopédique, mais la polyphonie, l’humour, le contrepied, l’impertinence, le déplacement, la poésie… dans l’exigence.)
Bien entendu, c’est « en marchant », que nous affinerons progressivement la ligne éditoriale éventuelle, que l’on cherchera à « articuler », à mettre les approches en perspective. Nous voulons constituer cette ressource sans que cela pèse trop ni sur les auteurs, ni sur les éditeurs, en installant notre coopération dans le temps, en ne demandant à chacun que des efforts marginaux, compatibles avec ses activités principales. La structure du document, tout au moins pour les premières versions, sera celle d’une compilation alphabétique. Le choix est celui de l’additivité plutôt que celui de la synthèse, en favorisant le mode dialogique à l’intérieur même des entrées.

Sont invités à participer tous types d’auteurs, de tous types de littératures, y compris des amateurs. Transcendons les étagères, les étiquettes, les genres, à l’image des deux « Appel d’air ». On a d’ailleurs indiqué plus haut la possibilité d’inclure des notices de lectures (brèves et subjectives !), ce qui ouvre le champ à la participation de lecteurs souhaitant faire partager une œuvre.

A ceux qui s’étonneront de nous voir juxtaposer des propositions contradictoires, nous répondrons comme Walt Whitman :
Je me contredis ? Tant mieux, je contiens des multitudes !

Seront admises les propositions :

-  en adéquation avec les objectifs définis plus haut

-  témoignant d’une cohérence formelle et d’un désir de transmission

-  délestées des passions négatives (haine, ressentiment, attaques personnelles)

Toutes les contributions seront signées, les pseudonymes étant, bien entendu, admis. Les textes seront mis gratuitement à disposition du public dans un blog autonome de la revue de poésie en ligne Sitaudis. Toute participation sera bénévole.

Marie Cosnay, Michel Chantrein, Alain Damasio , Pierre Le Pillouër,
Jérôme Vincent , Vincent Wahl

© collectif d’ auteurs _ 13 juin 2012

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