Œuvres ouvertes

L’actualité des blogs (juillet-août 2012)

les blogs qu’on lit au quotidien, avec des extraits de textes, et les liens pour poursuivre la lecture

29/09

Didier da Silva sur les Idées heureuses, Réflexions décousues sur les coups de sept heures du soir


Je prenais le frais au bar du coin de la rue, plongé dans le deuxième volume du journal des Goncourt — je devrais plutôt dire du Goncourt, car depuis déjà près de deux cents pages le pauvre Jules est mort. Je me trouvais donc simultanément dans la moiteur d’un 23 août 2012 finissant et les premiers jours du printemps 1871, le fracas intermittent du tramway derrière moi et le bruit de la canonnade des Versaillais contre les Communards (Edmond dit Communeux, du haut de tout son mépris de classe)


28/08

Fred Griot sur Refonder, Bureau de montagne


dans cette si particulière maison de Cordéac, aux bonnes ondes douces, fortes, les moindres recoins remontent aussitôt que redécouverts. les moindres cachettes dans les buissons, les murets de pierres, les passages, les rocailles, les petits bassins creusés dans le calcaire gris, sec, petites coupelles d’eau pure… dès que je reparcours ces lieux ils sont là, immédiatement, reconnectés à la mémoire d’enfance, alors que si l’ont m’avait parlé il y a quelques jours de tel petit recoin j’aurais eu grande peine sans doute à m’en souvenir dans le détail.


Lucien Suel sur son SILO, Je ne suis pas mort


Je ne sais pas en quelle année Kurt Schwitters est né mais je sais qu’il est mort en 1948. Je suis né en 1948 mais je ne pense pas être la réincarnation de Kurt Schwitters même si comme lui je ramasse des bouts de ficelle des clous et des morceaux de carton imprimé.


26/08

Claro sur le Clavier cannibale, Zeller : de rien


Afin de pallier le rachitisme diégétique de son histoire, Florian Zeller double celui-ci d’une réflexion audacieuse sur la construction de l’Europe. Il va s’agir en effet d’établir un parallèle entre l’évolution du couple Pauline-Nicolas et les nations européennes. Au prix d’une alternance un peu artificielle, certes, mais qui ici passe pour un trait de génie, les chapitres vont donc imposer au lecteur une valse à deux temps, le faire passer d’un récit dénué du moindre intérêt à des réflexions dépourvues de la moindre profondeur. Le calvaire, on le voit, est donc dédoublé.


25/08

Jean-Clet Martin sur Strass de la philosophie, Aurélien Bellanger, nouveau...


Les romans de la rentrée ne sont pas encore disponibles qu’Aurélien Bellanger est donné déjà comme très nouveau, le nouveau Houellebecq dit-on un peu partout comme enfle une rumeur convenue. Je ne sais pas exactement de qui il est question ni même de quoi il retourne sous un tel effet d’annonce. On serait heureux d’ailleurs pour cet auteur dont le texte n’est pas encore accessible qu’il soit Aurélien Bellanger. Aurélien Bellanger tel que lui même, encore inconnu, digne de promettre d’un nom qui soit sa signature, inimitable. Mais non, il est nouveau par l’infusion qu’il aurait récupérée d’un autre. Sa nouveauté est comme celle du beaujolais dont chaque année le breuvage doit être tiré au clair.


24/08

Lorenzo Soccavo sur Prospective du livre, De la fonction sociale du livre à l’heure du numérique


La cohabitation (du livre papier et du livre numérisé) va être assez longue. D’après les historiens les rouleaux et les livres auraient coexisté pendant au moins un siècle. Mais c’est principalement une question de générations je pense. Celles et ceux qui ont fait leur apprentissage de la lecture sur des livres imprimés vont, comme moi, toute leur vie rester attachés à ce support de lecture. Mais pour ce qui est des tout jeunes enfants qui ont aujourd’hui leur premier contact avec l’écrit sur les smartphones ou les tablettes internet de leurs parents, et qui seront ensuite scolarisés dans des écoles de plus en plus équipées en outils numériques, nous pouvons vraisemblablement penser que lorsqu’ils seront adolescents puis jeunes adultes ils ne se tourneront plus instinctivement vers du papier imprimé pour lire.


22/08

Jean-Clet Martin sur Strass de la philosophie, L’ombre de Sartre plane-t-elle sur la philosophie française ?


Le pari de Sartre, l’enjeu du pavé qu’il jette dans la mare n’est pas tant de mettre en fusion Etre et Néant, disais-je. Il tient plutôt de la fine compréhension de ce que, depuis Kant, il n’y a plus d’Etre accessible puisque le Criticisme nous avait ôté toute "chose en soi". Avec Kant, l’en soi est mort au bénéfice du pour soi. Deuil de la "chose en soi" depuis lors !


19/08

Thierry Crouzet, De la lecture numérique


Quelles sensations nous procurent nos nouveaux papiers électroniques ? Que changent-ils dans nos habitudes ? Comment réinventons-nous notre vie de lecteur ? J’entrevois des bribes de réponses.


Lorenzo Soccavo, sur Prospective du livre, L’Annonce faite aux éditeurs


L’obscurantisme qui consiste à vouloir imposer dans la bibliosphère les lois des siècles passés, fondées sur la rareté et le contrôle des usages, laisse filtrer la lumière.
L’omerta s’effondre sur elle-même.
Pendant combien de temps pourrons-nous maintenir le Texte pétrifié ?


18/08

Pierre Jourde, dans Confitures de culture, Cartes imaginaires


Aveu. Depuis quarante ans, je dessine des cartes. Imaginaires. Avec les côtes, les fleuves, les montagnes, les villes, les frontières des provinces. Je me dis parfois que cette production à perte aura été l’activité la plus constamment suivie de mon existence. Cela a même été une des causes qui m’ont poussé à rédiger une thèse de littérature comparée intitulée Géographies imaginaires (publiée chez Corti).


16/08

Daniel Bourrion, sur Face écran, Dire que...


Dire qu’on s’est intéressé cet été aux résidences d’écrivains, en se disant qu’à un moment, il faut essayer de se donner le temps d’écrire, vraiment, je veux dire, de ne faire que ça quelques semaines. Dire qu’on est allé voir sur le site du CNL (logique, non ?) et qu’on a découvert que l’un des critères déterminant l’éligibilité ou non, à une résidence, était (on cite) : " Justifier (...) pour les romanciers, les auteurs jeunesse, les auteurs de bandes dessinées (scénaristes et illustrateurs) : d’un ouvrage publié en langue française à compte d’éditeur et à plus de 500 exemplaires "


15/08

Daniel Bourrion, sur Face écran, Cantique de la paranoïa


Analysez régulièrement l’eau de votre robinet ne pensez pas une seconde que la même minérale embouteillée pourrait vous mettre à l’abri ayez toujours un masque à gaz à proximité abaissez autant que possible votre température corporelle afin de ne pas laisser traces thermiques repérez si possible les nano-particules espionnes cachées dans la lessive offerte à l’entrée du supermarché


Pierre Assouline, dans la République des livres, Le dilemme du nécrologue littéraire


Si j’ai insisté sur le côté « écrivain raté » de Michel Polac, cela n’avait rien de gratuit. C’est pour plusieurs raisons : d’abord parce que nos conversations m’en ont convaincu (cela avait commencé il y a une trentaine d’années lorsque, aux côtés d’André Balland, j’eus à travailler comme editor d’un de ses livres) ; ensuite parce que l’exigeant critique, authentiquement passionné de littérature, souvent féroce, voire cruel, qu’il était ne s’est jamais gêné pour dire son fait à un auteur (rien de tel entre nous, autant le préciser pour éloigner le spectre si pratique du règlement de compte) ; enfin et surtout parce que l’aigreur et l’amertume qu’il tirait de cet échec fournissaient le carburant à la violence de ses excommunications littéraires, parfois inexplicables et inintelligibles autrement.


09/08

François Bon, Comment être le père de Mick Jagger ?


Dans le mystère absolu que reste le destin de Mick Jagger, ce mélange de dureté et rigueur, cet abandon à ses propres folies, ce jeu permanent d’arbitraire et de dérive, la première inconnue c’est l’absence de formation musicale. Et qu’on n’en plaisante pas, merci : prenez Bright lights, big city, dès le début, sur cet art de sculpter chaque diphtongue et attaque de consonne de chaque mot de n’importe quelle chanson, la voix non pas comme intérieure ou impulsive, mais projetée et construite, extérieure à soi-même autant qu’un violoncelle, à quoi se rajoutera plus tard un similaire et époustouflant travail du corps. Qu’il ait eu à apprendre, ça oui. Chez Alexis Korner, par exemple, et cette anecdote racontée par Jack Bruce – pas un tendre, plutôt une peau de vipère, Clapton ne dira pas le contraire – qui, pour se moquer de cet arriviste de banlieue, qui n’a jamais même chanté dans une chorale de paroisse, lancent avec Ginger Baker un rythme décalé entre eux deux pour le perdre. Et Brian Jones alors (on est dans ces semaines de la première formation) se plaçant devant lui et lui redonnant le rythme que les deux autres ont éclaté.


06/08

Lorenzo Soccavo sur Prospective du livre, Mangeur de livres


Prise au pied de la lettre, la métaphore du lecteur qui « dévore un livre » ne manque pas de sel, si l’on songe aux phénomènes de projections et d’intériorisations qui ont été à l’œuvre dans les processus d’acquisition de la lecture par l’espèce humaine : les bulles-enveloppes, vers 3200 ans avant notre ère, externalisations de la cavité buccale, de la bouche qui renferme les mots avant qu’ils ne deviennent paroles ; les globules, premières pièces de monnaies d’électrum au septième siècle avant notre ère, externalisations de l’œil [sur ces deux points se référer aux travaux de Clarisse Herrenschmidt] ; la lecture silencieuse rendue mentalement possible par l’intériorisation de l’espace théâtral [Jesper Svenbro], l’espace scriptural devenant une scène ; le papier après le parchemin comme projection de la peau humaine tatouée, scarifiée…


04/08

Virginie Clayssen, sur teXtes, s’éditer soi-même, financé par la foule ?


Moi qui aime passionnément le web, je déteste l’idée d’une présence web des auteurs qui serait celle des refusés de l’édition, je déteste l’idée d’un web écrit par ceux qui ne pourraient trouver l’adoubement d’un éditeur. Et c’est une vision que récusent tous ceux qui font le web, plutôt celle de ceux qui en parlent sans l’approcher. La nature du web, fluide, se prête merveilleusement à des formes d’écriture qui se soucient peu de la page imprimée, qui sont souvent des formes d’échange (les blogs comme autant de conversations démarrées, parfois aussitôt éteintes, parfois vives et animées).


Arnaud Maïsetti, Paris, vision défense


défense d’une ville dressée comme un désir contre le jour pour en pénétrer le secret


02/08

Joachim Séné, décision est prise : je débranche


Au-revoir les réseaux sociaux, les mails, le chat, les recherches, les sites d’actualité, les encyclopédies, les dictionnaires, les blogs, les archives, les livres numériques, les images, les vidéos, les sons, les cartes du monde, les traductions, fini tout ça, terminé les conversations, les discussions, les échanges, les trolls, les râleurs, les arguments et les points Godwin, les retweets et les likes, les replies et les partages, les lol et les smileys et les rsrsrs et les merci…


Christophe Grossi, sur le blog ePagine, 264 auteurs à découvrir, à lire ou à relire


Mon geste premier, au moment de vider le bureau, a été de penser à ce qui, hors technique, technologie, commerce…, nous anime tous : les textes des auteurs. En presque trois ans, 640 billets ont été postés ici. Au moins 264 auteurs (sans doute plus encore) ont été chroniqués ou cités (le temps me manquant de plus en plus pour faire des présentations longues). Parfois, on a pu lire ici quelques lignes sur un auteur, sur son texte, suivies d’un long extrait (ce qui me semble toujours plus efficace que le bavardage), d’autres fois on a fait une lecture plus approfondie, on a brossé un portrait,… Il m’est arrivé aussi de demander à des lecteurs / auteurs / éditeurs… de chroniquer d’autres auteurs (rubrique Qui lit quoi ?).


01/08

Claire Placial, sur wahlverwandt, Ginkgo, le voyage d’un arbre


J’étais donc à Weimar, vers la troisième semaine de mon voyage de cinq, avec un arbre. J’ai voyagé en train avec l’arbre (et dans le sac à dos une bouteille de tokay rapportée de Budapest) à Berlin, Cologne, Paris et Rennes, dormant chez des amis, mettant l’arbre dans un coin, lui bricolant une espèce de cloche pour mieux le transporter, etc. L’arbre a été planté à Pacé dans le jardin de mes parents, la première semaine de septembre (et le tokay bu pour l’anniversaire de mon père).


Claire Placial, sur wahlverwandt, Le rire de Heine


Heine rit des curés, des universitaires, des bourgeois, des mauvais poètes, des banquiers, des ambitieux. Heine rit des femmes qu’il a aimées sans retour, il rit des laides quand elles sont prudes, de celles qui ont épousé les banquiers. Heine rit des imbéciles suffisants, Heine rit des raisonnables qui pour avoir la paix ont choisi le camp des imbéciles, Heine rit de ceux qui pensent savoir ce qu’ils sont. Heine n’est pas gentil.


31/07

Thierry Crouzet, Déconnexion : mode ou nécessité


On est nécessairement un émigrant quand on va sur le Net. Il ne faut jamais l’oublier. C’est une grande remise en cause. C’est pour ça que de plus en plus de gens éprouvent le besoin de faire marche arrière, soit que trop de choses leur déplaisent, soit qu’ils éprouvent le besoin de visiter leur famille d’origine. Je ne crois pas qu’ils obéissent à une mode. Comme si j’étais moi-même à la mode.


30/07

Eric Chevillard dans l’Autofictif, Le sens du livre


– Mais quel est le sens du livre, quelle est sa leçon ?
C’est leur éternelle question. Car pas une seconde, ils ne conçoivent de déménager pour un temps dans la langue et de profiter de ce que l’on y peut vivre d’aventures, d’événements, d’émotions propres à ce qui s’y trame lorsque l’art d’écrire s’en mêle. Non, la littérature ne sera jamais pour eux qu’un boniment de camelot acharné à nous vendre la réalité encore.


28/07

Friedrich Nietzsche, sur le Festin de Babel, Préface au Gai Savoir (nouvelle traduction de Claire Placial)


Oh ces grecs ! Ils s’y entendaient à vivre : et il est nécessaire de s’en tenir bravement à la surface, au pli, à la peau, d’adorer l’apparence, de croire aux formes, aux sons, aux paroles, à toute l’Olympe de l’apparence ! Ces grecs étaient superficiels – par profondeur ! Et n’y revenons nous pas justement, nous les intrépides de l’esprit, qui avons escaladé les plus hauts et dangereux sommets de l’esprit actuel et de là avons regardé autour de nous, qui de là avons regardé en contrebas ? N’y sommes nous pas justement – des grecs ? Adorateurs des formes, des sons, des paroles ? Justement pour cela – des artistes ?


Berlol dans le Journal LittéRéticulaire 2.0, Dommage que la poésie doive servir


Parce que j’ai lu un paquet de fois certaines de ces pages… Toujours impressionné par l’affirmation, le ton, l’engagement. Et toujours, en même temps, une désapprobation. Comme si on collait une bonne rhétorique sur une mauvaise vision du monde, pour y faire croire. Que la poésie soit une chose merveilleuse, je veux bien, mais qu’elle soit la seule bonne chose – et la solution – face à un monde en proie à la violence et à la vulgarité, il y a une exagération, un manichéisme, une simplification et une instrumentalisation de la poésie qui m’ont toujours parus suspects, et en tout cas inacceptables. C’est quoi, cette « pauvreté de l’évidence » ? Cette « grossièreté » ? Cette « monstruosité » ? Je ne les connais pas, et surtout pas en tant que totalités agissantes. Et quand bien même, admettons… Il serait alors bien dommage que la poésie doive servir à – voire ne servir qu’à – nettoyer sysiphesquement ces écuries d’Augias que constituent le monde selon madame Le Brun.


27/07

Daniel Bourrion sur Face écran, Cantique de la paranoia (supplément 4)


Voyez tout outil abandonné comme un possible instrument de torture méfiez-vous des médecins ne laissez pas votre confiance au passé apprenez à distinguer dans le silence des conversations la clameur des vivants et des morts


24/07

Josée Marcotte sur Marge autofictive, Homme


Les hommes se sont accaparé le mot « Homme »


23/07

Eric Chevillard sur l’Autofictif, Moulin à paroles


AGATHE – Mais c’est quoi un moulin à paroles ça donne de la farine avec les paroles ou quoi on peut faire de la pâte avec et j’inviterai Anaïs alors à goûter mon gâteau et toi on dirait que tu étais ma petite sœur et tu en voudrais aussi une part mais non parce que tu es encore trop petite mais ne pleure pas papa heu je veux dire petite sœur je te couperai des morceaux tout petits tout petits tout petits minuscules comme ça et alors tu me dis ou quoi petite sœur heu je veux dire papa si ça existe en vrai les moulins à paroles ou pour de faux ?


François Bon sur son Tiers Livre, Mick Jagger on vocals, Soul Survivor


On en saura petit à petit beaucoup plus aussi sur ces premières périodes de l’amont : avant on ne peut pas, parce que Jagger et Richards sont amis, et fusionnellement. Quand les relations se distendent, elles seront plus codées, dans le temps et dans l’espace. En général une période de trois semaines, que ce soit dans les Bahamas ou plus récemment chez Mick Jagger à Possé-sur-Cisse. Le thème de Richards est primaire et obsessionnel, il sera répété et répété, Richards donne un semblant chevroté de ligne vocale, qui deviendra ensuite ligne d’harmonie, et Jagger ajoute peu à peu une autre ligne vocale, qu’il dit en yaourt. Ce qui veut dire qu’on ne prononce pas de paroles, juste cette ligne.


21/07

Brigitte célérier sur Paumée, Vendredi dans le festival – notes pour moi avec la Syrie, un abandon et la mouette


La mouette, parce que j’aime, bien entendu, la pièce, avec petite crainte parce que le dernier spectacle de Nauzyciel m’a laissé (à contre courant là aussi) un souvenir plus que mitigé (étais sortie, exaspérée par un certain simplisme, malgré la bonne volonté et la beauté glacée des images) et parce que, dès que pense à cette pièce, me revient, effaçant toutes les autres représentations, le souvenir fort de celle montée par Luc Bondy il y a environ dix ans à l’Odéon...


20/07

H.P. Lovecraft sur le Tiers-Livre, Notes sur l’écriture de la fiction surnaturelle


J’ai choisi les histoires surnaturelles (weird), parce qu’elles conviennent le mieux à mon inclination – un de mes voeux les plus forts et les plus persistants étant de réaliser, momentanément, l’illusion d’une étrange suspension ou violation des limitations exaspérantes du temps, de l’espace et des lois naturelles qui partout nous emprisonnent et frustrent notre curiosité des infinis espaces cosmiques hors de nos perceptions et analyses.


18/07

Arnaud Maïsetti dans ses Carnets, tombe (mais ne chute pas)


Ce serait cela, et je disais ces mots à haute voix (en plus court), pour m’en souvenir : je pensais : écrire, ce n’est pas marcher, c’est ne pas cesser de tomber, recommencer à tomber sans jamais y arriver, et de cette longue chute du corps et des mots sous le poignet, s’établirait la danse de ce corps à corps là, entre soi la terre et l’image rêvée de soi et de l’autre en terre, respirant fort le plaisir d’avoir été rejoint, mais reculant le moment où, cheveux collés aux tempes et yeux clos sur l’image juste, alors laissant la pente du désir se constituer peu à peu en soi, attendre encore un peu, oh, pure perversion, qu’un mot plus juste encore se fasse, sous les doigts, et la langue, elle soufflerait comme dans un vieux théâtre la caresse rouge vive de ces demi-soupirs.


17/07

Lucien Suel dans son SILO, Rois et reines-mères


Il n’est pas qu’UBU ROI ; en voici bien d’autres, en compagnie de leurs épouses.


Daniel Bourrion sur Face écran, Cantique de la paranoïa (océane 4)


Savez-vous qu’un simple cerf volant peut s’avérer une arme redoutable la marée basse n’est pas un hasard ces rocailles cachent sans doute une boîte aux lettres discrète toute terrasse est un risque ne tenez aucun visage pour définitif passez à l’acide le bout de vos doigts entendez ce que révèlent les haies votre voisin de plage en sait trop sur vous et les volleyeurs plus loin autant demandez-vous combien de conversations passent par ces antennes de téléphonie mobile, qui parlent de vous et vous menacent.


16/07

Mahigan Lepage, Un loup en Asie, Le singe et le cheval


Je reviens souvent en pensée à cette allégorie de Michaux (Un barbare en Asie). Mettez un cheval et un singe dans le même enclos. Ce sont deux animaux très différents. Pourtant, ils se porteront mieux ensemble qu’avec leurs semblables. Avec d’autres chevaux, le cheval s’ennuie. Ils sont comme lui trop calmes. Avec d’autres singes, le singe est stressé. Ce sont comme lui des jaloux, des chamailleurs. Le singe divertira le cheval, et le cheval calmera le singe.


Maryse Hache sur son Semenoir, baleine paysage 195


7:32 pas d’épaule éblouissante / on entend pinson du côté du mur au sud / tilleul feuillage froufrou / souffle l’été / il pleut / entrée de chat roux / tourterelle roucoule / ah t’écris / entrée de chat roux / on entend bagatelliser brendel beethoven / quelqu’un dit elle écrit côté nord / quelqu’un demande si jusqu’au bémol / il pleut / ah t’écris / quelqu’un dit ça lui prend du temps / il pleut / ah t’écris / on entend des accords 15 juillet 2012 / ça gamme / tourterelle roucoule / il y a des notes notes notes graves / ah t’écris /


15/07

Christine Jeanney sur Tentatives, Périphérie (ou sous la pluie d’un juillet d’automne)


Un mont rouge, une sorte de lave morte bombée, et ce doit être à cause de lui le tout petit tunnel, une cavité étroite où l’on espère ne pas croiser de véhicule, pendant quelques secondes on allume les phares, attentif, et une fois sorti se retrouver devant l’antiquité bourrée de géraniums, un wagonnet à la fonte clinquante, trop noire, trop propre, désinfectée de son usage.


François Bon sur le Tiers Livre, Renonciation de Mick Taylor


Dans la tournée de 1972, et sa suite européenne en 1973, le côté plus instable de Richards soumis à sa consommation grandissante d’héroïne et d’alcool fait passer Taylor – sonorement – au premier plan. Il en résulte des miracles, comme le deuxième concert de la Brussels Affair. Il délivre à lui seul des morceaux Jagger-Richards prêts à l’emploi, comme Sway. En 1974, l’éclipse quasi totale de Richards (tandis que Jagger continue d’enregistrer, mais avec Ron Wood ou Jimmy Page) rend encore plus décisif le rôle de Mick Taylor. C’est le cas dans le disque très noir et brillant de cette année, It’s only rock’n roll. Seulement, l’administration des Rolling Stones est blindée : la clé, c’est les droits d’auteur. Les chansons restent signées Jagger Richards.


Isabelle Pariente-Butterlin Aux bords des mondes, Ad libitum


Alors les colères explosent face au monde qui enserre, comme des rires contre le destin, comme des rires contre les obstacles, on n’y peut rien, on va tomber, ça ne fait rien : il vaut mieux en rire. De toutes façons, ça finira mal, alors autant en rire. Ressorts vivants de l’être, ressorts de l’être tant qu’il est vivant et qu’il ne se laisse pas écraser par les obstacles que le monde lui oppose, ressort vivant de la colère qui devient, parfois, la voix de l’être. Alors la voix de Mozart se mêle au monde. Elle conseille la colère et le rire. Et les pirouettes et les élans, et la colère explose dans le casque, dans l’espace minuscule du casque, dans le monde intérieur traversé de musique que le casque met en place, elle inonde l’être, et dénoue les apostrophes du monde : il n’y a plus qu’à en rire. La technique au secours de la métaphysique, et la musique : un pas de côté.


14/07

Franck Queyraud sur Flânerie quotidienne, Le craquement d’un morceau de bois (et je me suis permis de reprendre la photo du ginkgo biloba, arbre-fétiche depuis Tübingen et la lecture du Divan de Goethe)


Le repos était propice à la méditation, les souvenirs refluaient. Ce que nous aimions : la promenade dans le jardin botanique. Faire tours et détours entre rocailles et serres, prendre photos, aller et venir, prendre petits chemins sous les arbres. Les nénuphars envahissaient le bassin de leurs fleurs, ou blanches, ou roses. Des petits canetons suivaient maladroitement leur mère, pas encore habitués à voguer avec grâce et dextérité. Nous, notre chemin finissait toujours sur le banc sous le gingko biloba centenaire : l’arbre aux quarante écus. Ses ancêtres apparus il y a plus de 270 millions d’années. Cela en imposait.


Daniel Bourrion sur Face écran, Cantique de la paranoïa


Demandez-vous qui vous surveille depuis ces voiliers ne marchez pas sur le sable n’ouvrez pas aux démarcheurs évitez les spectacles de plage soyez impitoyable avec tout nageur s’approchant de vous ne mangez pas de glace dont vous ne pouvez contrôler parfaitement l’origine


Brigitte Célérier sur Paumée, Promener mes 70 ans dans le festival


À l’heure où la lumière commence à nous venir, pâle et blanche encore, suis tombée du lit, où m’étais endormie guère avant, me suis assise sur le carrelage, ai pris le paquet, et pendant que l’ampoule s’éveillait lentement, j’ai commencé à le dépouiller d’un papier bleu doublé de rose, puis d’un autre, avec un gros ruban de papier et des ficelles mordorées joliment effilochées, j’ai souri à ma soeur, sans maugréer, sauf un peu contre ma maladresse, j’ai trouvé une belle boite d’un rouge sourd et doux, une enveloppe montage m’expliquant que c’était là une collecte en l’honneur des soixante-dix ans que me suis obstinée à atteindre, l’ai ouverte pour découvrir une série de grandes enveloppes blanches avec des noms de villes (sauf une, « en mer »).


François Bon sur son Tiers Livre, Enigme de Charlie Watts :



Jamais un solo de batterie, et pourtant un art du contretemps sur grosse caisse qui définira en entier la syncope qui est la marque des Rolling Stones. Le fils du livreur de colis de la British Railway est né deux ans avant Keith et Mick, au début 1941. Il a souvenir auditif des bombardements. À 10 ans, il demande pour Noël un banjo, trois semaines plus tard il est entièrement démonté et sert de tambour. Pour lui, le jeu de tambour c’est ça : ce qu’il porte du bruit des bombes.


Isabelle Pariente-Butterlin aux bords des mondes, Image 131 attendue de l’été :


J’attends un mur tiède. Le mur tiède de l’été contre lequel s’appuyer après les vagues. Se réchauffer contre un mur tiède. Impression première de l’été. Le froid des vagues. L’eau trop froide oblige à sortir. La serviette est rêche et enveloppe le corps. Incertain de sa verticalité, il s’appuie contre un mur tiède et absorbe la chaleur que le mur a absorbé du soleil.


Philippe de Jonckheere dans le Bloc notes du Désordre, Toutes les 9999 photographies, mon appareil-photo ouvre une nouveau répertoire


Je connais trop bien l’emballement dont mon appareil est parfois capable en été, un véritable hoquet, aussi, avant que l’été ne commence vraiment, et ses lumières rasantes de fin de journée, notamment dans les Cévennes, je préfère ne pas prendre trop de retard dans la chronique de la Vie. Cette chronique est donc mise à jour jusqu’au 30 juin.


© Laurent Margantin _ 31 août 2012

Messages

  • Merci, Laurent, de vos lectures, de vos passages, de votre attention. Le système des RT sur Twitter n’est pas entièrement satisfaisant, le flot de la TL ne permet pas toujours de détecter la lecture qui a vraiment arrêté le regard. Votre attention soutenue est plus parlante. C’est une belle chose que ces portraits instantanés de vos lectures du jour. Outre que je suis touchée, bien sûr, de m’y retrouver parfois. En somme, je comprends votre position et je trouve votre geste juste. Merci à vous, en tous cas.

    • Vous présentez parfaitement ma démarche, Isabelle, merci à vous. C’est instinctif au fond : besoin que ces liens restent accessibles le plus longtemps possible, et sur Twitter je n’en pouvais plus de ce sentiment de tourbillon permanent. Aussi sur le Web il faut des repères fixes, des espaces ouverts certes mais qui assurent une vraie permanence de nos lectures, de nos coups de coeur... Et heureux de suivre votre écriture quotidienne, on a aussi besoin pour lire quelqu’un de s’abstraire de sa vie personnelle qui fait quelquefois rempart (ce qui n’engage aucun jugement de ma part sur vous ou d’autres auteurs en tant que personnes, il me semble qu’en sortant de TW on se débarrasse sainement de cette approche humaine, trop humaine...).

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