Œuvres ouvertes

Quelques mots forcément maladroits à propos de Jacques Le Rider

un essai d’hommage

C’est un peu intimidant pour moi de présenter Jacques Le Rider, car il a été mon directeur de recherche à l’université de Saint Denis où je préparais mon doctorat de littérature allemande sur Novalis et les sciences (plus précisément la minéralogie), cela va faire une vingtaine d’années.

Mais voilà, j’ai beaucoup appris en le lisant, d’abord Modernité viennoise et crises de l’identité, un livre que je reprends toujours lorsqu’il s’agit de comprendre ce qui s’est passé à Vienne à la fin du dix-neuvième et au début du vingtième siècle : crises des identités masculine/féminine ou juive/non-juive, crises de l’individu sous des formes très diverses, crises qui sont encore évidemment les nôtres. Jacques Le Rider établissait une continuité entre la culture viennoise et la dite postmodernité, je crois que cet ouvrage a été pour moi un modèle pour étudier certains liens entre nos propres préoccupations (littéraires, philosophiques, scientifiques) et le premier romantisme allemand.

Je me sens évidemment un peu gêné, en tant qu’élève, de parler du professeur devenu un ami, surtout que j’ai moi-même dévié, quitté le chemin de l’université, donc si Jacques Le Rider a été et est encore un modèle pour moi, c’est plus en profondeur, de façon un peu mystérieuse, puisque premier bachelier de la famille et totalement étranger à la culture universitaire et intellectuelle, je ne pouvais que dévier à un moment. Je lui suis surtout reconnaissant de m’avoir laissé une totale liberté dans mes recherches pendant les années où je travaillais à mon doctorat à Tübingen, en suivant notamment les cours de philosophie de Manfred Frank. A l’époque je sentais déjà qu’elles ne me conduiraient pas forcément à travailler à l’université.

Je préfère à la limite qu’on lise le beau et tout récent portrait de Christine Lecerf dans le Monde pour qu’on mesure l’importance du travail intellectuel réalisé par Jacques Le Rider depuis une trentaine d’années, et surtout qu’on lise son dernier livre, véritable sujet de ce bref hommage, car il concerne un auteur totalement méconnu en France, Fritz Mauthner, dont la critique du langage a eu une influence considérable sur des esprits comme Georg Steiner, Borges ou Joyce.

Je remercie donc les éditions Bartillat et Jacques Le Rider de m’avoir autorisé à reprendre deux extraits de ce livre, d’abord l’introduction, sur le tournant linguistique de la modernité, et le chapitre Mauthner, lecture favorite de Jorge Luis Borges.

© Laurent Margantin _ 15 juillet 2012