Œuvres ouvertes

L’actualité des blogs (septembre 2012)

les blogs qu’on lit au quotidien, avec des extraits de textes, et les liens pour poursuivre la lecture (la photo pour prévenir qu’on ne trouvera pas ici d’auteurs qui font la "rentrée")

L’actualité des blogs de juillet-août

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28/09

Jean-Clet Martin sur Strass de la philosophie, Grandeur terrifiée de Chestov


Qui connait le nom de Chestov "dévastateur de la raison", grand lecteur de Kierkegaard comme de Nietzsche ou de Pascal ? La réputation commune -qui naît de la bêtise de l’intelligence- aura forcément oublié la grandeur terrible de Léon Chestov. Il s’agit alors de le ressusciter au monde pour que ce dernier lui-même ne croulât point dans la nuit, la nuit de Gethsémani, cette nuit évoquée par Pascal, celle de Pierre endormi pendant que son maître était à l’agonie. Comment se tirer de cette ornière du sommeil qui nous fait tourner les yeux ailleurs, confiants dans nos vérités rassurantes mais impardonnables ?


25/09

Michèle Dujardin sur Abadôn, Le soir


Et tu persistes, dos tourné, dans tes aîtres aux glacis vastes, très ras de froid : comme l’arbre seul, et ce ravissement de voir, quand l’orage monte, l’invisible dedans par les yeux de la foudre. Tu vas jouant, petit, dans l’embrasure d’un texte. Les mots y sont au bord des larmes, brindilles et cailloux, étincelles.


23/09

Fred Griot sur Refonder, Hors soi


le moment des notes est un moment d’abri. à soi. d’isolement des tâches, des autres, de ce qui détourne, du bruit ; en soi, centré ; mais entièrement connecté, pleinement tourné, profondément attentif à tout ce qui nous entoure, hors soi.


22/09

Henry Bauchau sur remue.net, Nous ne sommes pas séparés


L’art correspond aussi à une blessure. On a été blessé quelque part, et par l’art on arrive à exprimer à retrouver ce qui était perdu, une partie, pas plus je pense. Presque tous les artistes sont passés par des épreuves diverses. L’art est un moyen de traverser ces épreuves et de les transmuer dans quelque chose d’autre. Disons que la plupart des gens n’ont pas ce besoin.


20/09

Dominique Hasselmann sur le Tourne-à-gauche, Au ras du plancher, si l’on veut


Vu à hauteur des raboteurs de Caillebotte, ou au ras du plancher, si l’on veut, je progresse avec lenteur. Les lames ne m’entament pas, les échardes ne me blessent pas, ce sont de trop frêles esquifs auxquels ma carapace est insensible. J’aime l’odeur du bois, encore plus quand il est ciré, sa fragrance s’insinue dans mes nerfs olfactifs et la sonnerie de l’olifant vient me rassurer.


17/09

Cécile Portier, alias Petite Racine, Si elle arrive


Elle est là, ses deux petits souliers blancs posés sur le pavé, frêles attaches au sol. Elle penche du même côté que celui où vont l’ombre et le vent. Ce qui la retient et l’encadre, c’est le rideau blanc de la devanture, ouvrage tendu en protection de pureté, d’occultation. D’ici on ne voit pas que ce ne sont pas des prières qui sont accrochées dessus, mais le tarif des consommations.
Est-ce cela, ce triste hymen sous vitre, qui pourra la retenir, prise qu’elle est dans le dangereux tangage qui menace d’emporter son enfance, et notre monde ?


16/09

Lionel Maurel sur S.I.Lex, Fêter le patrimoine, mais laisser disparaître le domaine public ?


Si le domaine public est en danger en France, c’est avant tout parce qu’il est menacé par les institutions culturelles qui devraient au contraire le protéger. Entendons-nous bien, je ne suis pas en train de dire que les bibliothèques, musées ou archives n’assurent pas leur rôle de conservation patrimoniale des oeuvres physiques qu’elles conservent. Mais à l’occasion de la numérisation de ces objets, elles sont une majorité écrasante à user de stratagèmes juridiques divers et variés pour porter atteinte à la liberté de réutilisation qui devrait être le pendant logique du domaine public.


14/09

Norwich, Les bains à Riva (1) : Vienne


J’ai ce rêve borgésien de livres entiers composés d’un livre et des livres qui l’ont inspiré d’une manière ou d’une autre, ou qu’il a inspiré, ainsi que des livres d’où ces derniers sont nés, ou auxquels ils ont eux-mêmes donné naissance. Et ainsi de suite. Leurs lignes seraient entremêlées et disposées successivement au gré des citations, emprunts, plagiats, clins d’oeil. Apparaîtraient sans doute, si l’on prend soin de choisir le bon point de départ, des livres sans fin – comme des miroirs se reflètent.


13/09

Jean-Pierre Bobillot sur Sitaudis, Pussy Riot : une histoire secrète 1918-2012


Dans Lipstick traces. Une histoire secrète du XXe siècle** Greil Marcus mettait en lumière les connexions mal identifiées existant entre la lignée dada / lettristes / situationnistes et le phénomène punk, à travers la figure emblématique de John Lydon, dit Johnny Rotten***, leader des Sex Pistols, et faisait précisément du « scandale de Notre-Dame » un moment significatif de cette « histoire secrète » — qui, on le conçoit sans peine, se poursuit aujourd’hui à Moscou, avec les Pussy Riot priant la vierge Marie de « chasser Poutine », mais aussi de « devenir féministe » !


12/09

Brigitte Célérier sur Paumée, Reliefs


Ce serait, là contre le mur de l’église...


10/09

Jean-Michel Le Baut sur le Café pédagogique, J’ai visité la salle de classe du futur


Via leur quotidien numérique, les élèves inventent aujourd’hui de nouveaux rapports aux savoirs, aux autres, à eux-mêmes … Dans ces conditions, c’est se condamner à l’échec et les condamner à l’ennui que de les obliger, comme cela se fait si souvent encore, à rester passivement assis sur des chaises à écouter le professeur (fût-il charismatique) et regarder le tableau (fût-il numérique).


09/09

Thierry Crouzet, Johannes Trithemius ou les 451 croulants


Les moines râlaient contre le sadisme de leur abbé qui leur refusait l’usage de la presse de Gutenberg inventée cinquante ans plus tôt. En 1492, dans son De laude scriptorum manualium, Johannes Trithemius avait justifié sa position en prétendant que l’imprimerie poussait les moines à la superficialité : lire sans copier empêchait de pénétrer un texte en profondeur. Donc, éloignait de la parole de Dieu.


08/09

Philippe de Jonckheere, sur le bloc-note du Désordre, Les mûres de Syrie


Je shématise beaucoup, je grossis le trait, mais pendant tout le mois d’août, loin des ondes radiophoniques, encore plus éloigné que d’habitude du poison télévisuel, et sans connexion internet, à la seule lecture des journaux donc, et si je ne me fiais qu’à eux, il ne s’est rien passé en Syrie au mois d’août, quelques escarmouches, trois fois rien, en tout cas rien de bien grave qui serait venu faire de l’ombre à des sujets bien plus considérables en importance comme l’université d’été du Parti pseudo-socialiste à la Rochelle, ou encore le très désopilant duel de requins nains aux dents courtes pour la succession de l’ex-président des otaries de droite aux commandes du parti d’extrême droite.

Je me doutais bien que tout cet autocentrement ne cachait qu’imparfaitement des événements absolument tragiques. Bref à la fin de l’été, j’ai fait un tas des journaux de l’été et j’en ai fait de la confiture. De mûres. Et je me suis reconnecté.

— > Voir Les mûres de Syrie, photographies numériques



06/09

Rémi Mathis, Réponse à M.Agamben, et à ses amis


Commençons peut-être par la conclusion afin de savoir où nous allons : « Nous lançons donc un appel à tous ceux et toutes celles qui se sentent concernés à se rencontrer, en vue d’échanger sur nos difficultés et nos besoins, nos envies et nos projets ». Donc, en 2012, vous vous rendez compte que le modèle économique du livre évolue et désirez commencer à y réfléchir. Si on fait abstraction du fait que certains non seulement y réfléchissent depuis 20 ans mais ont mis en œuvre des modèles économiques extrêmement efficaces depuis 10, c’est une bonne nouvelle. Discutez donc.


05/09

Dominique Hasselmann sur le Tourne-à-gauche, Berlin prévu (7)


Le matin du 25 août, elle stationnait juste devant notre porte, dans la Pappelallee : c’est une moto mythique et j’ai même aperçu, dans l’après-midi, alors que nous étions repassés à l’appartement, son propriétaire qui l’enfourchait, en short avec un casque « Cromwell » vert sur la tête. Il venait de mettre la gomme.


Christophe Sanchez sur Fut-il net, On a fixé le temps


On a fixé le temps, trop de temps. Et le gris s’est posé trop large, trop grand. Sur ce pont, aujourd’hui, encore tu veux me capturer dans ta boîte, fouiller mon corps par le visage. J’ai trop battu ton temps ici. Je suis îlien sans cadre, loin de tout, de tes agissements de rapporteur, de tes papiers érudits sur des gens que tu ne connais pas. Je ne veux pas, veux pas me raconter à toi l’étranger à l’objectif si mince. Tu crois quoi ? Que tu vas capter en un seul clic, l’histoire, mon histoire accoudée à tes ponts d’envie cupide de savoir.


04/09

Cathie Barreau sur remue.net, La maison de Julien Gracq dort


La maison de Julien Gracq dort. Depuis plusieurs mois, nous attendons que les premiers ouvriers viennent et commencent les travaux, chassent les fantômes, débarrassent les derniers objets, dispersent la poussière. Non pas qu’il faille faire table rase du passé, mais il règne désormais dans la maison une sorte de désolation qui attend, s’impatiente et ne veut pas regarder en arrière en dehors du texte.


Guénaël Boutouillet, Matériau composite (nouveau blog)


Depuis des années, je produis des textes en revues, sur le web, au sein de collectifs, textes au statut souvent hybride, de critique et de création. Sans altérer cette douce dispersion, demeurant membre de remue.net, de la revue ce qui secret, des troupes du Général Instin, il m’a semblé important de regrouper ces productions hétérogènes en un même lieu.


03/09

Francis Royo sur Analogos, Le Chant-ru 10


Des mascarets de brumes / en fin d’été


02/09

Pierre Ménard sur Liminaire, Inventaire de nos murs


Logique des murs. Inutiles murs. Et dangereux. C’est là que je voulais être. L’érection des murs signe toujours le début d’effondrement d’un système. Ils s’écroulent toujours, et moins sous les assauts extérieurs que par l’effritement interne car les murs étouffent d’abord ceux qu’ils sont censés protéger. Le monde connaît une contraction inexorable. Des crevasses pouvaient se produire à tout moment dans l’écorce terrestre. En voulant l’endiguer et en murant le monde, on fissure et on mine ce dernier. Rêver de carottes sans bâton. D’où, aujourd’hui, divers ersatz improvisés d’icelle. Le cessez-le-feu, insistent-ils, doit être durtable, plutôt qu’immédiat. Dans un souci d’apaisement, j’apprenais qu’on nomme les vents selon la direction d’où ils viennent. Dénonçant la culture du secret.


01/09

Cécile Portier en Petite racine, L’otage


De cette photographie comme de celles qui suivront, je ne connais rien. Elles me sont étrangères, absolument. Je les ai trouvées dans un bac, une sorte de brocante de visages égarés, un marché seconde main de la photo de famille. Un euro la photo, au choix. Et j’ai choisi. Puis j’ai écrit comme si j’étais celui qui était derrière le viseur. Je suis sortie du document, pour rentrer, par l’oeil, par le je, dans la fiction.


Rainer Maria Rilke chez Arnaud Maïsetti, La Grande Solitude intérieure


Appliquez, cher Monsieur, vos pensées au monde que vous portez en vous-même, appelez ces pensées comme vous voudrez. Mais qu’il s’agisse du souvenir de votre propre enfance ou du besoin passionné de votre accomplissement, concentrez-vous sur tout ce qui se lève en vous, faites-le passer avant tout ce que vous observez au dehors. Vos événements intérieurs méritent tout votre amour. Vous devez pour ainsi dire y travailler, sans perdre trop de temps ni trop de force à éclaircir vos rapports avec les autres.


© Laurent Margantin _ 30 septembre 2012

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