Œuvres ouvertes

Une île appelée Tübingen (3)

Par quels détours on arrive à un lieu essentiel

Avant de venir m’installer à Tübingen à l’automne 1993, j’y avais déjà fait deux séjours. L’un au début de mes études, pour y rendre visite à un ami allemand dont j’avais fait la connaissance à Paris. Il vivait à quelques pas de la bibliothèque universitaire, dans une Wohngemeinschaft, et à l’époque, pour un Français, ces appartements loués à plusieurs par des étudiants étaient quelque chose de tout à fait original. M. m’avait fait découvrir la ville, et au coeur de ce centre universitaire, quelques cafés évidemment : le Boulanger, un vieux café fréquenté par des habitués où étaient venus également s’asseoir Hölderlin, Hegel et Schelling, mais aussi le Marquardtei où lui et d’autres étudiants en philosophie se retrouvaient.

Lors de mon deuxième séjour, en décembre 1992, j’avais passé un mois à Tübingen, logé à Dusslingen, un village à quelques kilomètres de la ville. Il neigeait, et je me souviens de marches glaciales entre la gare et la maison qui se trouvait au bout du village, à la bordure des champs. Je séjournais également dans une WG, à moitié vide celle-là, puisque les locataires qui y avaient vécu avaient fini leurs études. De la bande, car tout au long des années une espèce de communauté s’instaurait entre les étudiants, ne restait plus que S., étudiante en archéologie, qui peinait à trouver finalement sa voie, et plus généralement un sens à sa vie. Trentenaire, elle se demandait ce qu’elle allait bien pouvoir faire, attachée à cette maison de la jeunesse joyeuse quand le reste de la troupe l’avait désertée. L’hiver allait être rude.

Je faisais alors mon service civil d’objecteur de conscience dans une association française de l’Aveyron (implantée sur le plateau du Larzac où j’ai passé quelques mois) qui avait accepté de m’envoyer en toute illégalité en Allemagne, chez des partenaires à eux, et m’étais libéré quelques semaines pendant les deux années que durait ce que nous appelions nous « service pour la paix ». Une fois en Allemagne, j’avais appris que d’autres objecteurs comme moi avaient fait le choix de vivre et travailler dans une association outre-Rhin, et nous avions assez vite constitué un petit groupe qui s’est réuni une fois à Berlin, et une autre fois à…Tübingen. Je me souviens d’ailleurs que c’est là que, pour la première fois, un militant pacifiste m’a parlé d’Internet et des possibilités d’action qui apparaîtraient avec ce réseau nouveau. En faisant aujourd’hui des recherches sur le net, je découvre qu’un autre membre de ce groupe a créé sa boîte d’informatique spécialisée dans Mac à Berlin

Suite à ces deux années de service civil riches en voyages et en nouveaux contacts, j’ai ressenti le besoin de me concentrer sur un travail plus solitaire, et je suis venu vivre à Tübingen, où apparaissaient régulièrement de nombreuses traces de pacifisme et de militantisme qui avaient marqué la vie universitaire quelques années auparavant, notamment avec la présence d’Ernst Bloch.

(librairie alternative, pendant la guerre en Irak)

(sur la façade de la bibliothèque universitaire, été 2009)

© Laurent Margantin _ 13 avril 2010

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