Œuvres ouvertes

Mariana Bernárdez : l´éclair et la brume

Une plongée poétique vers les échos de l’origine

S’il est convenu que la vérité se dissimule au fond d’un puits, serait-ce également au fond du « puits de [nos] yeux » (ou, plus exactement, des yeux du poète) que gît l’origine, ce qui se trouve avant l’avant ? C’est en fréquentant intensément les brumes du passé et de son propre passé, en naviguant « sur son radeau de papier », en parcourant et fouillant les limbes de la mémoire, en recomposant l’impossible puzzle que constituent les débris du souvenir, qu’avec le fil ténu et fragile de ces derniers Mariana Bernárdez parvient à tisser son palimpseste métaphorique et symbolique.
En juxtaposant, en combinant, en tissant habilement joies et douleurs, exaltations et dépressions, voyages dans la biographie personnelle mais aussi collective à l’occasion de visites de hauts lieux historiques (Petra, Budapest, la Médina…) ainsi que de réminiscences de certains chefs-d’œuvre dus à de grands artistes (Melville, Picasso…), l’auteure nous offre une passerelle poétique souvent frêle (comment en serait-il autrement ?) et teintée de mélancolie entre passé et présent, ainsi qu’une subtile peinture de l’existence humaine toute en finesse et en retenue – et qui ne se limite heureusement pas au seul chemin de croix de l’exil, du désamour, de la maladie, de la mort.
C’est un trait de lumière trouant la brume et reliant un mystère à l’autre : celui d’avant et celui d’après, des origines jusqu’au seuil derrière lequel règnent les ténèbres définitives. Un éclair entre deux obscurités, ou comme dirait magnifiquement Carlos Pellicer : « Tiempo soy entre dos eternidades » (je suis Temps entre deux éternités).
Mariana Bernárdez (Mexico, 1964), docteure en lettres modernes, essayiste, poète, enseigne à l’université et dirige un séminaire intitulé « poésie et connaissance ». Elle a publié, entre autres, Simetría del silencio (Symétrie du silence, 2009) ; Liturgia de águilas (Liturgie d’aigles, 2000) ; Sombras de fuego (Ombres de feu, 2000) ; La espesura del silencio (L’épaisseur du silence, 2005) ; Nervadura del relámpago (Nervure de l’éclair, 2013) ; En el pozo de mis ojos (Dans le puits de mes yeux, 2015) ; Rumor de niebla (Rumeur de brume, 2020) ; ainsi que les essais María Zambrano : una poética de la aurora (Maria Zambrano : une poétique de l’aurore, 2004) et Ramón Xirau. Hacia el sentido de la presencia (Ramón Xirau. Vers le sens de la présence, 2010).


Symétrie du silence

Esquilles (fragment)

Comment était le monde avant nous deux
avant l’avant dont nous ne savons parler
mais qui a tracé la cartographie de tes bras
soutenant avec force mon corps
qui est ton corps ou qui n’est qu’un corps
qui se perd dans l’anxiété de son insomnie

Le corps apprend et se souvient
il passe des itinéraires en revue
dessine des cartes explore l’espace
d’une falaise lui offrant la quiétude
même en risquant l’essoufflement.

Ce qui accuse
– cela qui est enfui –
sera-t-il toujours béance ?

Ne pas témoigner de la caresse réussie
Ne pas toucher le corps
et sentir qu’il désaltère
dans sa fragilité
Quand la nuit est au plus haut
et qu’en moi se brise son innocence.

Nous avons parcouru tant de désert
pour naître à nous-mêmes
que je n’ose pas te nommer
la brume pourrait dérober sa nuit
et me faire te perde.

Éloigne le monde
ne laisse pas son murmure salir
ce que nous ne sommes pas encore
Ferme portes et fenêtres
que la seule lumière soit celle de ta parole.

Six nœuds

Comment pourrais-je aller au-delà de toi
quand une bourrasque trouble ma vue
et la discrétion est une férocité inappropriée
où la voix s’abolit dans son vide

Comment me perdre et me lancer sans plus
à un vent tourbillonnant
quand il a fallu tant de jours
pour nous rencontrer

Ce qui a précédé a-t-il été flamme vacillante
dans le froid de l’eau ?

Prends soin de moi et de toi
il ne faudrait pas qu’à force de t’en aller
tu finisses sans le savoir
vaincu
à l’orée de notre corps.

Et puis
cette quiétude tendue
devant le fil sinueux
de ce qui n’est pas dit
parce qu’en révélant
les syllabes de son anatomie
resteraient les embruns d’une mer
jamais approchée
parce qu’une étreinte
n’a pas franchi la frontière du corps
ou que l’on a cru que c’était possible
et le souffle n’a pas suffi
ou bien le corps s’est dilué dans l’horizon
ou le destin a serré le nœud
et les extrémités de la corde
ont affirmé leur éclat
dans l’obscurité du cœur
quand le tremblement exonérait le bégaiement
de celui qui ne fuit pas
du fait de vouloir une lumière où s’inventer.

Je te connais depuis lors
au-delà de ce que nous sommes l’un pour l’autre
du contour précis
ou du brasier qui nous unit
au-delà du doute et de l’ombre
derrière tes yeux qui m’embrasent
là où la tourmente laisse ses premières traces
au-delà de l’instant où tes lèvres
béni/disent mon ventre.

*
On dit qu’il n’y a rien dans les bancs de brouillard
là où l’on distingue son atoll
se produit l’insaisissable
Qui s’aventure dans son espace
n’entend aucun accord
il n’y a ni phare ni guide qui envahisse sa brume
et inévitablement entre ses crêtes
son sauf-conduit sera vite égaré

Relégués à la clandestinité
ceux qui en sont revenus
ont sur le visage la flamme de l’égarement
et cherchent hâtivement à y retourner

On dit que lors de leur visite les feux de la Saint-Jean dansent
serait-ce à cause de la surface lisse de son eau ?
ou de la nostalgie infligée par son abandon ?

Je ne sais pas vraiment
mais parfois je me réveille avec des baies de lumière sur le corps.


Nervure de l’éclair

Une fois j’ai vu la lumière devenir transparente
là où la ligne tombe à pic
limite entre ciel et montagne
lorsque frémit la clarté.

Derrière le blanc
– l’oubli
Nervure de l’éclair
– crânement cranté
Balance en fuite
Un bras vers les nuages
et l’autre à ras de vol.

*
Lorsque la séduction de la mort s’estompe
la vie cesse d’être un cercle concentrique
elle devient jalon
pierres entassées signalant la croisée des chemins

[Ma sœur] disait
– ce qu’il y a de terrible dans l’amour
– c’est qu’à la fin il ne reste rien

Elle avait raison
l’intimité n’est plus qu’un vide
Ma maison est une pierre
et à sa porte arrivent les prières.

*
Tu as été ma Sœur, ma Mère, ma Grand-mère, et tu m’as ouvert l’âme d’un coup et tu l’as remplie de paroles pour que je n’aie pas peur, et tu as veillé sur ma respiration, et tu as soutenu mes mains durant la longue nuit jusqu’à l’aube
– et je t’ai offensée
parce que la promesse du jour allait me condamner à une vie où je sentirais le vide me dévorer :
désert dont le sable dévasterait jusqu’à l’oubli.


Dans le puits de mes yeux

Et l’ange est venu avec sa langue de feu
Et il a emporté mon corps dans son éclair
Et je n’ai en mémoire que l’entaille dans la poitrine

De ce que j’ai fait ou dit
je ne sais rien
ne peux témoigner
ni prêter serment
seulement que ma chair souffre en ses jointures de verre pilé

C’est bien peu comprendre…

Je dis ange par crainte de son autre visage
celui dont on ne prononce pas le nom
pour éviter le verrou
qui bloquerait la marche de l’aiguille
et dont la rumeur sans miséricorde déchirerait le rire

Et il est venu
Prostrée et éblouie je suis restée

Mieux vaut le vent et non la parole impuissante
lorsqu’au toucher on commence à avoir du mal à distinguer
entre peau et plumes.

*
Raclée par son souffle
incurable
– le dernier cercle de l’enfer
n’est pas le neuvième de Dante
mais celui annoncé
par le mugissement sourd
que révèle son passage
à travers la gorge de mon père
quand poursuivi par les Moires
il sait que son corps brisé
n’est pas la preuve irréfutable
des apories de Zénon.

*
Car le temps a manqué
pour sonner le glas
hommages minimes dont il ne reste
aucun vestige de poussière
ni bribes de prière enflammée

Le temps a manqué
car la mort arrache tout

et ce n’est pas son semblable que l’on perd
ni la force d’attraction du cœur

mais peut-être le rêve
où l’accolade est le limbe
le brisant qui se dresse
pour esquiver l’inaccompli.

*
Reflets irisés dans la plus haute nuit
lorsque cent chevaux emballés
franchissent le dernier ravin de la folie

Âpreté et roucoulement
du mot aube
presque virginal
mais parole quand même
qui glisse entre ses lèvres
pour frôler un vide dont la torche
afflige la pensée

Et si la plainte naissante prosternée
ressemblait à celle de Jacob ou à celle d’Ulysse
le démesuré abriterait son flanc

et Ève
et Circée

dessineraient l’argile de leur blessure
pour élever en un bûcher de révolte
l’histoire obscure de leur création.

*
Dans ta bouche la parole âpre de l’origine
tel Babel creusant une brèche dans le chaos
pour que la lumière fût et soit là où elle l’emporte
et non pas négation du discours du jour et son aurore

le temple n’a pas été construit dans la pure méditation
mais dans l’ex abrupto de la réjouissance haletante
qui a envahi les confins d’un non-espace
que le banc de sable a peu à peu décanté

Soit la graphie – la première sphère – soleil de soleils
dont rêve le copiste sur son radeau de papier
pour connaître le secret des braises
et goûter la buée du déluge qui a fait tourbillonner les mers
ou du présage qui a étouffé le psaume des sirènes
et les pleurs de Poséidon

Et maintenant étrange est le scintillement de ce lointain
qui parle de la grandeur de l’univers
et des cercles de l’enfer
– abreuvoir des ombres
où Tirésias prédit encore les temps à venir.

*
Excitée par la peur
je n’ai pas su si sa finesse
était davantage que firmament
ou incendie estimant son poids

Ni si dans la balance
se logeait le jeu ancien
d’une âme sauvant son paradis
ou s’il s’agissait d’un adieu soudain

Plus j’aiguisais mes sens
plus la clarté s’installait dans ma mémoire
et son brio et son piaffement furieux
étaient une invitation muette

Il y eut des moments où je déambulais
d’une chambre à l’autre
le cerveau mis à l’épreuve
à la limite de l’exacerbation
il n’aurait pas fallu que me soit accordée sa périlleuse grâce
et que distraite entre les pages d’un livre
je ne remarque pas sa présence tant désirée
ni toute sa sérénité en bloc
fustigeant le délire plus qu’incertain
d’avoir été une fois embrasée.

*
J’ai grandi dans les restes d’un nid
Et j’ai frôlé à maintes reprises
la paroi de la falaise
quand le cri de l’aigle
était prophétie de la chute

Il semble que dans le ciel
s’écroule
ce que sur terre
on croit y être pour toujours

et l’âme ?
serait-ce cette vie qui ne cesse pas ?

Pendant l’avalanche
le coup de fouet suffisait
pour effacer toute sérénité
des eaux abyssales
qui ont une fois accusé
la jouissance de leur mise au monde.

*
Ange de la mort
qu’il soit doux le vin que ta main offre à mes lèvres
lorsque le veilleur de nuit fait vibrer les cordes

Éloigne de ma bouche l’amertume de la ciguë
ou le remords qui saisit
celui qui n’a pas arraché l’épine de son front
ou n’a pas compris la rune première du détachement
ni la dernière
lorsque la lance a subverti le signe de la croix

Bé.nis.dis.moi
et soutiens-moi dans la lutte
comme qui lutte avec ta force
dans la révélation de l’extase
et l’emporte sur la longue nuit
dans l’étreinte de ta consolation.

*
Tu es arrivé avec ton sabre
Et après le repos du juste tu as incendié les rues
créant le chaos contre ceux qui faisaient trembler
le mendiant et l’assassin

Tu as invoqué une prière inaudible
excitant le tourbillon sans miséricorde
et la mousson qui de la montagne a fait une rivière

Dans ta furie tu as souillé
l’ignorant de l’écriture
le dépossédé des dieux
jusqu’à atteindre la déréliction
qui se transforme en malheur

Ton rugissement intensifiait les heures ultimes
et tu conservais entre les doigts
la semence dorée
afin une fois passé le délai
– et si nécessaire –
de livrer une nouvelle guerre de Troie
bien que Troie n’existe plus
que dans le mémorial de l’incréé

Où l’ensemencer
dans quelle rumeur décharnée –
murmurais-tu
tandis que de sombres nuages
présageaient un état d’esprit encore plus noir

Et le pardon ?

Je ne sais rien des anges
hormis la cendre avec laquelle je dessine leur audace.

*
Blesse-moi
– as-tu dit
laisse passer le grand vent et la tempête
murmure
les paroles terribles que tu accumules
à travers le treillage de l’interdit
distille toute la brume qui a fait son nid
transperce-moi avec la trille de la brûlure

Si avec ça on pouvait sauver le cœur
revenir à l’instant de la décision erronée
mais seul revient ce qui fait mal
comme si dans sa profondeur et son tranchant
l’incompréhensible était compris
ou l’inévitable confirmé
le rendez-vous ponctuel
qui renverse le hasard
par le caprice indolent
de celui qui ne distingue plus de soi
la frange de l’horizon
l’au-delà qu’il aurait à vivre
s’il ne confondait pas la ligne avec le point.

*
L’hypothèse repose sur le doute

Parfois on rêve
et les gestes se perdent
dans le brouillard de l’éveil

mais il est un arôme qui confirme
l’irréparable
l’enfui
et l’amertume de la plénitude évanouie

alors les sanglots s’étouffent
et la question est un port qui sauve
le peu de chemin parcouru

Cette polyphonie inaudible
équivaut-elle à la conscience en alerte
celle qui pousse à dépasser la limite
du non-lieu ?

On aimerait
que les doigts
suffisent pour embrasser
l’empire de la rupture
mais ce n’est qu’une pulsation
qui recouvre la perfection
du muscle et de l’os
du nerf et du sang
ce sont eux qui tracent le vide
et la célébration de l’inédit
myrrhe qui en brûlant ouvre le levant
de la goutte qui transmute
la friche en brin d’herbe.

*
Calligraphie de récifs terrestres
incision de rameaux ouverts

Entre les rochers de Petra
surgit au jour ta figure étonnée
comme si dans la pénombre
à l’abri d’une chaleur conduisant à la folie
tu avais été embrasée par l’interdit

40 jours et 40 nuits à tendre un arc sans flèche
simulant le voltigement de l’air
en plume détachée de ton aile brisée

pour veiller et protéger

Le profond n’est pas le présomptueux
ni la branche qui renonce à sa matière
c’est la cavité se creusant dans la poitrine
qui remonte en torrent étoilé
quand l’extase recouvre de son brouillard
l’accalmie après le déchaînement

et tu me racontes que tu as vu Gethsémani
avant d’avoir frotté la pierre de l’onction
que la chaleur alanguit jusqu’à la torpeur
et qu’au crépuscule le froid de la plaine
t’étreint et te marque à jamais

Tout écrit en nous
même à distance
même la main de Fatima
rapportée du marché de Jérusalem
dont la fabrication contient les siècles et le hasard
et conserve en son sein
la transe et la fortune

Je suis ta bien-aimée
et tu es parti vers le Jardin des Oliviers en pensant à moi.

*
Que reste à jamais parmi les hommes
dans cette frise de marbre et de stuc
le pouvoir accordé à tes mains
dont la force exceptionnelle t’a couronné
roi des rois
usurpant la gloire du clan des lions

Que reste à jamais inscrit dans l’histoire
ton exploit en étranglant le fauve du désert
symbole de couronnement et de règne

Que personne n’ose cesser de trembler
devant l’image de ta force
capable de soumettre les mers
et les ténèbres de l’abîme

Que chaque flèche incarnée en chant
soit la beauté immémoriale du terrible.

*
… L’ancien sédimente son passage
provoquant l’irisation
de la pierre abyssale
qui fonde le monde et son contrepoids

Rien n’échappe à son examen
ni le supplice de l’imprudent
ni la prégnance de l’amour ourdi dans son contraire

Fidèle à son équilibre
l’âme protège le plumage derrière son treillis
et d’autres fois
elle l’incinère pour qu’avance le tourbillon
car la forme qu’elle habite est comme les prémices
des temps où il n’y avait au Paradis point de tache
ni un seul commandement rien que le sifflement

Heureuses années celles-là où le clair et l’obscur
étaient les deux faces d’une pièce lancée au hasard
et roulant sur les échelons de pile ou face…

*
Je dors sous la protection de Melville
la transe serait-elle la recherche du Léviathan
ou étais-ce toi le capitaine Achab ?

Ce qui est sûr c’est qu’au plafond de la chambre
on lisait Call me Ishmael
et derrière sa réverbération affleurait l’ambre
de la photographie familière épargnée par la guerre
et aux visages pas encore griffés par la cruauté

il ne reste maintenant dans le puits de mes yeux
que le sel de son nom
et un coup sec
dans le diaphragme
au mitan de la nuit
qui me prévient du hasard et de ses manœuvres
mot de passe d’un ange haut placé
sur le contrefort d’un hôtel à Prague
figure qui devait s’égrener en éclats
dans un musée de Buda
sur le portique d’un immeuble de Pest
dans le soleil incandescent de Mérida et de Cadix
dans l’odeur de jasmin du quartier de la Santa Cruz
et face à la largeur de Cacela Velha
vestiges d’une nostalgie incapable de relier
sauf l’île du raccourci insatiable
dans l’audace féroce du survivant

– Nous fuyons dans les wagons de charbon
– Papá Séra médecin du navire Príncipe de Asturias
qui a naufragé au large des côtes du Brésil
Alphonse XIII avait signé sa nomination

J’ai peur que ma mémoire se lézarde
que par la fissure une rivière s’échappe
et que le vécu soit délavé et parte en chantonnant
sur les pavés des rues de la Médina

Je t’ai raconté que sur la Plaza de las Cruces
une femme chantait des bulerias

Étais-ce toi qui déambulais au milieu des ruines de al-Zahra ?

Les pronoms se délient dans la nuit des paroles
dans la netteté de la forêt Lacandona et des monts Azules

Seul le silence lave la lumière de l’oubli
Et les perles du komboloi filent comme des cailloux
éperonnés par les sabots des chevaux
– au galop du vent.


Rumeur de brume

La vastitude devra-t-elle disparaître ?
Les eaux se ramasseront-elles
d’entre leurs lettres
en une seule clarté ?

Tant d’horizon vert et bleu
pour finir face à une friche
asphyxiant dans sa transparence
la netteté du vacant

et nier la racine et le nuage
la fleur d’un jour
la main qui a claqué la porte
éteint la bougie et bouché la fenêtre
pour que la douleur se morde la queue


d’où ce vacarme
qui esquive l’aube
d’où cet embrasement
cette rafale
qui emporte
tant de vert et de bleu ?

*
Détruire le langage
Détruire l’être qui regarde derrière son store
Détruire pour le laver de ses souffrances

Que reste le blanc qui est également le noir

Sans contraste il n’y a pas d’éclat

Le débris est le principe du parler

Même si cela implique l’obscur

il peint dans le ciel enfumé de Guernica
l’ampoule irisée qui voit tout
la désolation qui accuse l’empire de la barbarie
qui couve en l’homme et non chez l’oiseau
qui s’accroît au point culminant de la ligne
pour alimenter la rivière de l’extrême

si le langage est faux également fausse est la création
la certitude serait la forme
le rayon qui traverse en névralgie le visage
grappe qui paralyse en exprimant la brutalité

belle victoire que de résister

Éteins la lampe Pablo
Éteins-la
et regarde.

© Philippe Chéron _ 12 février 2022