Œuvres ouvertes

Sur Thomas Bernhard / Ingeborg Bachmann

Trois extraits d’un texte de 1969 (publié dans le Zeit du 11 février 1999)

Je suis convaincue que les derniers textes en prose de Bernhard vont bien plus loin que ceux de Beckett, leur sont infiniment supérieurs à travers ce qui les contraint, leur caractère inévitable et leur dureté.

Pendant toutes ces années on s’est demandé à quoi le Nouveau allait bien pouvoir ressembler.

Le voici, le Nouveau. On ne peut pas s’en servir, on ne peut pas encore s’en servir, l’intégrer - non plus, il y a tout à l’intérieur.

Qu’à nouveau dans la langue allemande soient écrits la plus grande beauté, la précision, la manière, la profondeur et la vérité, des constellations du malheur le plus profond, qui font le bonheur du sens. Les mots, dans la façon qu’a Bernhard de les placer, retrouvent quelque chose de catégorique, il dit terrible, luxure à des endroits où ils sont vraiment nécessaires, où ils dérangent, les connaissances sont quasiment réprimées pour permettre de faire apparaître d’autant plus clairement les horreurs élémentaires, ce sont des livres sur les fins ultimes, sur la misère de l’homme, pas sur ce qui est misérable, mais sur la perturbation dans laquelle chacun se trouve.

Quand les questions sur ce que sont la modernité et le Nouveau cessent, alors cela signifie sans nul doute qu’ils ne sont pas lisibles de l’extérieur, qu’il ne s’agit ni d’une expérimentation verbale, ni de marques de courage calligraphiques, mais d’une radicalité qui réside dans la pensée et ce jusqu’à la plus extrême limite. Combien ces livres montrent l’époque, ce qu’ils ne cherchent absolument pas à faire, une époque ultérieure le reconnaîtra, comme une époque ultérieure a saisi Kafka. Dans ces livres, tout est exact, de la plus terrible exactitude, seulement nous ne connaissons pas ce qui est décrit si exactement, c’est-à-dire que nous ne nous connaissons pas nous-mêmes.

Les grands livres ne font pas honte aux moins grands ni aux livres vains, car ils apparaissent sur une autre planète. Mais sans ces livres, la littérature serait un ramassis d’écritures, car ils sont tellement nécessaires, c’est une évidence qu’ils doivent venir.

© Ingeborg Bachmann _ 21 juin 2010

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