Œuvres ouvertes

Mario Vargas Llosa, prix Nobel 2010 : Un réalisme au service du grotesque et de l’humour / Philippe Chéron

L’Amérique latine est de nouveau d’actualité, et pour une autre raison que la violence, le trafic de drogue, les mafias, la corruption, las catastrophes naturelles. Non, cette fois c’est purement littéraire, comme cela devrait être plus fréquent : le prix Nobel vient d’être décerné à Mario Vargas Llosa (1936).
Les derniers écrivains latino-américains en date à l’avoir reçu sont Gabriel Garcia Marquez (Colombien) et Octavio Paz (Mexicain). C’est donc maintenant un Péruvien (nationalisé Espagnol dans les (...)

L’Amérique latine est de nouveau d’actualité, et pour une autre raison que la violence, le trafic de drogue, les mafias, la corruption, las catastrophes naturelles. Non, cette fois c’est purement littéraire, comme cela devrait être plus fréquent : le prix Nobel vient d’être décerné à Mario Vargas Llosa (1936).

Les derniers écrivains latino-américains en date à l’avoir reçu sont Gabriel Garcia Marquez (Colombien) et Octavio Paz (Mexicain). C’est donc maintenant un Péruvien (nationalisé Espagnol dans les années 90) qui voit l’ensemble de son œuvre récompensé. Une œuvre de longue haleine, commencée très jeune et centrale dans le panorama des lettres continentales avec une projection universelle.

Romancier, dramaturge, essayiste, critique littéraire, on peut ne pas apprécier ses opinions politiques – plutôt conservatrices et néolibérales, c’est le moins qu’on puisse dire, et défendues avec un enthousiasme qui gagnerait à être employé à de meilleures causes – mais il y a un consensus général sur la qualité de l’écrivain et de son intelligence, son érudition, son activité inlassable dans le domaine des lettres et des débats d’idées.

Infatigable, doté d’une énergie enviable, Vargas Llosa a commencé à publier très tôt et n’a pas cessé d’écrire depuis lors. A son actif il y a quelques grands titres de la littérature latino-américaine qui ont fait parler d’eux à l’époque du fameux « boom » des années 60 mais qui ont su se défendre fort bien depuis ce phénomène en grande partie médiatique.
Ses romans les plus connus sont La ville et les chiens (1963), sur un drame dans un collège militaire de Lima (où l’auteur fit en partie ses classes) ; La maison verte (1966), histoire d’un bordel à la frontière avec l’Equateur ; Conversation à La Cathédrale (1969), roman totalisant qui dénonce l’oligarchie péruvienne ; La guerre de la fin du monde (1982), où est dépeint l’anéantissement de la rébellion de Canudos au Brésil ; Lituma dans les Andes (1993), sur le terrorisme de Sentier Lumineux et les superstitions inquiétantes des habitants de la sierra ; La fête du bouc (2000), qui retrace les crimes et autres méfaits du dictateur Trujillo en Républicaine Dominicaine.

Adepte d’un réalisme mêlant habilement la politique, l’histoire et la fiction, Vargas Llosa a toujours reconnu en Flaubert son maître et a même écrit un essai magistral sur l’œuvre de ce dernier : L’orgie perpétuelle (1975), où il rend un hommage appuyé à l’auteur de Madame Bovary. Un essai plus récent est d’ailleurs consacré à un autre grand du XIXème siècle français : La tentation de l’impossible : Victor Hugo et Les misérables (2004).

Or, à partir des années 70 ce réalisme s’est orienté chaque fois plus vers le grotesque, vers une prose truculente et pleine d’humour. Et en dernière instance le terrain de prédilection de l’œuvre de Vargas Llosa est la farce, comme le remarque son traducteur en français, Albert Bensoussan, qui signale qu’il « accomplit la tâche la plus caractéristique de tout romancier réaliste : la dégradation de l’épopée ».

© Philippe Chéron _ 8 octobre 2010

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