Œuvres ouvertes

Novalis, le volume manquant

retour à la correspondance

Novalis, ça a commencé pour moi vers 16-17 ans – après trois ans d’allemand –, découverte d’une édition Aubier bilingue de fragments des Cahiers de Freiberg, et la fascination de lire un poète dit mystique se passionner pour les sciences, mais sans oublier la poésie, faisant de curieux mélanges : « L’eau est une flamme mouillée ».

Puis, quelques années plus tard, après Nietzsche, après Trakl aussi, le désir d’approfondir, de revenir à la fascination initiale pour une langue où le mélange science-poésie était possible : trois et finalement quatre années à travailler à Tübingen sur la question du système et de la classification minéralogique chez Novalis, livre bientôt suivi d’une anthologie du romantisme allemand pour laquelle j’ai réalisé les chapitres Science et Histoire, toujours à distance des écrits purement poétiques (mais rien n’est pur chez lui) de Novalis.

Au début des années à Tübingen, j’avais dû faire l’acquisition de quatre volumes de l’édition critique des œuvres, formidable travail de germanistes réalisé entre les années 30 et 60, notamment par Hans-Joachim Mähl que j’ai eu la chance de connaître dans la maison de Novalis à Weissenfels, dans l’ancienne RDA, maison transformée après la Réunification en archives et centre d’études. J’ai des photos quelque part, en argentique – je suis un homme du siècle dernier.

Mais de cette édition critique me manquait le volume de correspondance, épuisé, que je consultais régulièrement à la BU. J’ai photocopié les pages pour moi essentielles, notamment les lettres entre Friedrich Schlegel et Novalis, magnifiques : toujours en tête un passage pour moi révélateur de ce que fut le premier romantisme allemand. En 1796-97, les deux jeunes hommes ne jurent que par Fichte, dont ses premiers écrits sur la Doctrine de la science viennent de paraître. Ils s’échangent leurs réflexions, leurs premières critiques, notamment au cours de rencontres chez le plus jeune à Weissenfels. Schlegel arrive en diligence à quelques kilomètres, et lui écrit que, faute d’une calèche que lui enverrait son ami, il le rejoindrait à pied. La pensée, la vraie, la vitale, c’est cette adolescence, cette jeunesse, qu’on peut retrouver chez des gens plus âgés évidemment. Ces simples détails – une quantité – sont dans la correspondance, et sans eux, pas question de comprendre l’œuvre de Novalis, ses fragments nourris par la fièvre de vivre.

Alors la joie fut grande de commander ce volume à nouveau disponible l’été dernier, de le recevoir si loin et de m’y replonger, notamment ces jours levé aux aurores pour reprendre à zéro l’œuvre fractale (pensée pour Mandelbrot) de Novalis, déchirée-articulée autour de la philosophie, de la poétique, de l’histoire et des sciences. Je crois de moins en moins à une évolution linéaire de l’existence, mais en cercles concentriques, avec mille retours. Dans ces lettres écrites par Novalis à ses frères cadets auxquels il aimait donner des conseils de lecture, mais aussi à des amies comme Caroline Just, des merveilles, comme cet hommage à Montaigne que je n’avais pas vu jusqu’alors (mais je le relisais dernièrement), et la proximité ne m’étonne nullement :

"On peut lire et relire Montaigne avec bonheur à toute heure, à toutes les périodes de l’année et à tous les âges."

Eh bien moi, connaissant l’écriture agile et fragmentaire de Novalis, cette simple phrase repérée au milieu d’une lettre apparemment anodine me fait rêver…

© Laurent Margantin _ 18 octobre 2010
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