Œuvres ouvertes

Un peu d’agacement numérique en cette saison des prix littéraires

parler des prix littéraires sur Internet ?

Le propre de la presse littéraire depuis des lustres maintenant, c’est, le temps d’un automne, automne conditionnant en fait le rapport à la littérature pendant tout le restant de l’année, d’être le véhicule de ce qu’on pourrait appeler le darwinisme éditorial : soit une idéologie pour laquelle c’est une dizaine d’œuvres qui doivent être reconnues par des jurys rassemblant le gratin du milieu et être offertes à l’attention du public. Le reste n’étant évidemment que portion congrue, dont on sélectionnera quelques éléments dans le creux de la vague (j’ai d’ailleurs des doutes sur son existence vue l’excitation commerciale permanente qui caractérise l’époque).

Voilà que cette poignée d’œuvres célébrées étant aussi accessibles en numérique, les blogs amis – auxquels je suis personnellement reconnaissant de mettre en avant des textes marginaux, dont un des miens – se laissent emporter dans la foire ambiante : ce n’est, disent-ils (voire ePagine), que provisoire, et puis ils continuent à promouvoir une littérature exigeante, et d’ailleurs, les œuvres récompensées cette année ne le sont-elles pas, exigeantes ?

Discours très glissant, car il valide en vérité le darwinisme éditorial : le problème n’est pas la nature des livres primés, la solution n’est pas que ces livres-là soient aussi en numérique, non, le risque qui saute aux yeux est que se reproduise à l’identique, mais avec une force de frappe encore plus redoutable, le système de promotion antérieur, pour lequel ne compte pas la diversité de la création littéraire, mais la success story de quelques-uns.

Personnellement, je redoute que parler des prix littéraires même lorsqu’ils se refont une virginité en primant des œuvres de qualité et qui plus est modernes puisque numériques consiste à entrer dans une logique pernicieuse, et j’ai par conséquent décidé de ne rendre compte d’aucune d’entre elles sur Œuvres ouvertes.

(en illustration une lecture qu’on recommande vivement aux esprits littéraires trop bouleversés par le réchauffement numérique)

© Laurent Margantin _ 4 novembre 2010

Messages

  • Merci Laurent, votre billet, votre réaction, votre point de vue sont pertinents, justes. Quoi dire de plus ? Quoi dire contre ?
    Le bémol que j’apporterais (car je suis d’accord avec l’ensemble) est que je ne suis pas journaliste mais libraire.
    J’essaye, via le blog ePagine, de rendre compte du quotidien d’ePagine : quels textes entrent au catalogue (les homothétiques comme on dit, les numériques, peu importe : pour moi le texte prime avant tout), quelle actualité autour de notre activité (la numérisation, les partenariats avec les éditeurs et les libraires, nos avancées du côté des bornes numériques, des applis...) ?, quels textes aimerais-je partager ?
    Je tente aussi le plus possible de répondre à toutes les demandes, à tous les goûts. Ce n’est pas simple mais j’y vais. Je m’engage.
    La saison des prix, comme Noël, la fête des mères, la rentrée des classes... sont des marronniers incontournables en librairie.
    Je ne peux pas ne pas communiquer autour des prix littéraires.
    Pour prendre l’exemple du roman de Maylis de Kerangal que j’ai lu début septembre et aimé, que dois-je faire au moment des prix ? Ne rien dire ? Faire comme si je ne l’avais pas lu ? Snober ce texte (j’ai déjà vu ça) parce qu’il vient d’être récompensé ?
    Non. Mon désir reste le même : le conseiller, le faire lire.
    Il est en numérique. Tant mieux pour ceux qui aimeraient le lire ainsi.
    Ce que je vois aussi : lorsque ce genre de textes passe en numérique, il me permet de toucher un public plus large ; un public que je parviendrai peut-être à fidéliser, qui, s’il a confiance, lira mes autres conseils.
    Voilà ce que je souhaite aussi.
    Sans doute (vous avez raison) n’aurais-je pas dû me justifier mais dans tous les cas je devais faire mon travail.
    Cette période est difficile pour tous les auteurs car le doigt se pointe sur quelques-uns seulement. Je sais ça.
    Je sais aussi que j’aimerais soutenir encore plus la création (qui pour moi n’est pas marginale) que je ne le fais déjà.
    Qu’il y ait des journées entières dédiées à la lecture.
    Des journées dédiées à l’écriture, au partage.
    Qu’il y ait des journées plus longues.
    Qu’il y ait des journées sans nuits.
    Qu’il y ait des options "Je dormirai plus tard".
    Mais je ne désespère pas.

    Lecteur de Thomas Bernhard, je ne peux qu’encourager vos lecteurs internautes de se ruer sur ses textes s’ils ne l’ont pas encore fait.

    Sincèrement,
    CG

    Voir en ligne : Les prix littéraires (Académie, Femina, Médicis) se lisent en numérique

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