Œuvres ouvertes

Insulaires (14)

les oiseaux, suite

On les trouvait sur les routes en corniche, au creux des ravines. Nombreux nids ovales suspendus aux branches comme des notes sur une partition, mais sans qu’aucune mélodie ne leur corresponde (limite de la métaphore). En effet, les chants, innombrables, étaient heurtés et trop aigus, venant d’on ne savait où car aucun oiseau n’apparaissait dans ce paysage à la fois paisible et strident : on se bouchait un instant les oreilles, et la vue était harmonieuse ; puis on fermait les yeux, et l’ambiance était électrique, l’air parcouru de mille cris (et non de chants) qui, on le devinait, étaient provoqués par votre simple présence, celle d’un observateur indésiré. Sur une branche bien haute, l’un d’entre eux, corps jaune et tête toute noire, vous scrutait, l’air inquiet. Alors on se sentait menacé par mille yeux à l’abri des nids, et l’on déguerpissait après avoir pris quelques photos à la va-vite, la tête encore pleine de cette mauvaise parade pendant plusieurs heures, plusieurs jours.

© Laurent Margantin _ 6 novembre 2010
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