Œuvres ouvertes

Il y a des mères qui mettent des vieillards au monde

extrait de : Conversations avec Krista Fleischmann

Ma grand-mère a mis trois enfants au monde, dont deux on survécu, ma mère et son frère, mon oncle. Et un enfant qui, à la naissance, m’a-t-elle raconté – je l’ai même évoqué dans un de mes livres – ressemblait à un octogénaire, avec un horrible visage tout ridé, comme celui d’un vieillard décrépit. Elle me l’a raconté. Ce doit être horrible pour une mère. Et l’enfant a même survécu huit ou dix jours – c’était à Salzbourg -, et ensuite – puisqu’il avait déjà quatre-vingts ans –, il est mort. On aurait dû en vérité le mettre dans un cercueil pour enfant, dans un cercueil blanc, car au fond il s’agissait bien d’un enfant, mais comme en même temps il avait plus de quatre-vingts ans, on l’a mis dans un cercueil de couleur foncée, parce qu’on n’en avait pas d’autre. Elle me l’a toujours raconté ainsi. Il y a ainsi des mères – et j’aimais beaucoup ma grand-mère – qui mettent des vieillards au monde. Cela existe aussi.

Illustration : L’étrange histoire de Benjamin Button (2008)

© Thomas Bernhard _ 7 novembre 2010

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