Œuvres ouvertes

Des engloutissements

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Des engloutissements, encore des engloutissements. Partout où il allait, partout où il venait. Des nuits il passait à engloutir, livres, images, idées d’autrui, mais aussi basses nourritures, paroles absurdes, paysages même, tant de paysages. Cesser d’engloutir lui était impossible : voulait-il stopper le flux qui menait tout ce qui l’entourait vers lui, en lui, alors il se sentait dépérir à très grande vitesse et devait reprendre son rythme habituel – frénétique – d’engloutisseur, avalant pierres, maisons, étuis à lunettes, sourires complices, couchers de soleil, oreilles décollées, énigmes depuis longtemps résolues, volcans en éruption, tout ce qui passait, tout ce qui s’offrait délibérément à lui pour finir englouti. Tout ça, on ne savait pas où ça allait, si ça finissait quelque part, s’il y avait une sortie ailleurs, même invisible. On savait juste que c’était là, mêlé au reste, se remêlant sans cesse dans l’immense broyeuse. Il aurait rêvé de désengloutir enfin tout ce qu’il avait englouti, il aurait rêvé de se libérer enfin de tant de matières, de tant de visions qui à présent le traversaient jour et nuit, il aurait rêvé d’en finir avec cette masse interne vivante et insoumise qu’il ne cessait d’enrichir, jour après jour, nuit après nuit, esclave de lui-même, mais c’était un rêve de plus, un rêve de plus à engloutir et broyer infiniment.

© Laurent Margantin _ 23 février 2011

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